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130e année

ViliaSprint², un projet qui va plus vite et plus loin

Construction. Après les maisons individuelles en murs béton imprimé 3D, sorties de terre en juin dernier à Reims, Plurial Novilia se lance un nouveau défi technique et technologique avec un immeuble collectif sur deux étages en béton 3D, imprimés non plus en usine mais sur le site lui-même.

ViliaSprint², un projet qui va plus vite et plus loin
Le projet ViliaSprint² alliera les murs imprimés béton et d’autres éléments en matériaux biosourcés. (Crédit : Hobo)

Vous connaissiez ViliaPrint, ces maisons en murs imprimés en 3D, qui ont poussé à Reims, en juin dernier. Voici ViliaSprint², avec un « S » en plus, pour mettre en avant la construction « plus rapide en temps mais aussi plus urgente en termes de nécessité de construction de logements sociaux et d’urgence climatique », insiste Johnny Huat, directeur général de Plurial Novilia. « Es ist eine Revolution », ose même l’Allemand Timo Leukefeld, spécialiste européen de l’autonomie et des opportunités dans l’impression 3D. Si le projet ViliaPrint a vu le jour dans le quartier innovant Rema’Vert, ViliaSprint² sera quant a lui édifié à Bezannes, ville pionnière en matière de logements innovants et peu consommateurs en énergie. Déjà en collaboration avec Plurial Novilia, la ville avait accueilli le projet emblématique KONEKTI, mettant en œuvre des maisons connectées qui réinventaient la manière de se loger. Le programme Esperanto alliait quant à lui culture et modernité, faisant appel à 5 cabinets d’architectes venus des 5 continents, chacun imaginant sa maison.

« L’innovation a toujours été notre fil rouge. Nous nous efforçons de penser hors cadre en conviant à nos projets des spécialistes et des start-up », souligne Fabien Petit, président de Plurial Novilia. Des propos abondés par Dominique Potar, maire de Bezannes depuis 2020 : « Ce projet est dans la continuité de l’esprit de Bezannes. Aller de l’avant et innover pour une ville toujours en expansion avec un nombre croissant d’habitants. Nous sommes passés de 1 500 à 4 500 habitants en 10 ans et nous atteindrons probablement les 6 000 habitants d’ici 4 ans. C’est pourquoi il est important de concilier croissance et cadre de vie. »

Rendre le bâtiment le plus vertueux possible

L’urgence écologique évoquée plus haut implique une construction de logements « intelligents », non seulement pauvres en consommation d’énergie mais aussi pour pousser plus loin, producteurs eux-mêmes d’énergie. C’est ce qui est ambitionné avec la pose de panneaux solaires sur les toits de ViliaSprint². « Les habitants doivent non seulement se sentir bien mais également gagner en pouvoir d’achat, réinjectés dans les commerces de la ville. C’est un cercle vertueux », observe Dominique Potar. « Notre objectif est bien de rendre le bâtiment le plus vertueux possible », exprime Jérôme Florentin, directeur de la maîtrise d’ouvrage. Car avec un bâtiment de deux étages, 12 logements collectifs et 1 700 m2 de surface habitable, le défi est de taille. « Nous entrons dans une autre dimension architecturale et technique. » Le chantier se veut ainsi encore plus exemplaire que le premier, en imprimant in situ les murs en béton.


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C’est pourquoi l’équipe s’est entourée de nouveaux partenaires, comme le groupe allemand PERI, détenteur du matériel et de la technologie de l’impression 3D ainsi que la société Holcim qui fournit le béton spécial et peu carboné. « L’impression des murs sur site, sur plusieurs niveaux en hauteur, nécessitera notamment l’installation d’un système de portique mobile au codeur du chantier et l’utilisation d’un béton imprimable différent de celui utilisé pour Viliaprint », détaille Fabian Meyer-Broetz, directeur du groupe allemand. « Le béton imprimé produit non seulement 50% de matière en moins, mais le fait que les murs soient imprimés sur place, cela va encore réduire les déplacements, les déchets et donc le bilan carbone du chantier », note Jérôme Florentin.

« La performance énergétique associée à la performance environnementale n’est plus une option », appuie Jérôme Florentin. « Elle est préalable au sujet de l’impression 3D, et aujourd’hui, on se veut d’être plus ambitieux que la RE2020. On souhaite anticiper les réglementations à l’horizon de 2025 avec de nouvelles avancées techniques. » La certification ATEX sera elle aussi différente du premier projet puisque pour des logements collectifs, il y a d’autres normes à respecter, d’isolation thermique et phonique notamment mais aussi en normes incendie.

Liberté esthétique et technique

L’avantage de l’impression 3D est qu’elle permet notamment aux architectes une réelle liberté esthétique. « Le projet est « bio inspiré », on a eu l’image d’une guêpe maçonne, avec la nature qui a pour habitude de ne pas gâcher la matière. La liberté des formes est mise au profit de l’esthétique, de l’économie de matière et de la performance des systèmes mis en œuvre, comme le confort thermique avec des façades adaptées aux orientations », explique Frédérik Dain, architecte au cabinet Hobo. « On peut produire de manière rapide, de série, adaptée au contexte, séquencée avec une organisation industrielle et différencié en termes d’usages et de performance. »

La forme suit l’énergie grâce aux panneaux photovoltaïques. Aujourd’hui l’architecture est dans une vision plus frugale, plus économe en matière énergétique. « L’époque nous oblige. L’architecture est guidée par cette recherche aujourd’hui en rupture avec celle des 40 dernières années. Avec ses formes arrondies, son recours aux matériaux biosourcés, et son orientation pensée pour un ensoleillement optimal, ViliaSprint² s’inscrit pleinement dans une approche harmonieuse de l’architecture visant à utiliser le bon matériau au bon endroit », poursuit-il.

Nouvelle manière de travailler

ViliaSprint², un projet qui va plus vite et plus loin
Johnny Huat, directeur général Plurial Novilia et Jérôme Florentin, directeur de la maîtrise d’ouvrage. (Crédit : Plurial)

Ce nouveau mode de construction implique une nouvelle manière de s’organiser pour les acteurs du bâtiment. Là où le travail était auparavant « plus séquentiel », les différents intervenants sont obligés d’avoir un management « global et interdisciplinaire », note Florent Haas, à la tête de l’agence Grand Est Demathieu Bard. « Ce projet est une première française et internationale de par son ampleur car il va être habité et oblige à de nombreuses certifications. Tout comme le premier, il est ambitieux car il oblige à fonctionner en mode collaboratif et non pas un interlocuteur après un autre. Ce retour d’expérience est très positif. Il permet aussi, pour les équipes, un vrai gain en termes de pénibilité de travail et le fait d’appréhender une nouvelle technologie, de nouveaux matériaux. Cela permet aussi d’aller chercher des jeunes, le recrutement étant un enjeu fort dans les métiers de la construction. »

Et pour mieux saisir cette nouvelle manière de travailler, deux chantiers vont être menés de front : celui de ViliaSprint² et un autre en construction traditionnelle, avec du béton « normal ». « Nous avons une approche quasi universitaire dans la conduite de ces deux chantiers », poursuit-il. « Sur un même site, puisque les deux chantiers seront voisins, nous pourrons faire une comparaison d’ordre aussi bien technique qu’économique pour à l’issue du projet, dresser un comparatif complet, en toute transparence », relève Johnny Huat. « L’idée est de comparer deux mondes et deux sujets sur un même site avec les mêmes contraintes, géologiques, climatiques. » Au niveau du calendrier, le développement technique, les différentes certifications, tout ce qui touche à l’administratif comme le permis de construire seront traités tout au long de l’année 2023 pour un début de chantier fin 2023 et une livraison des projets fin 2024.

Nastasia Desanti