Informations régionales économiques et juridiques
130e année

Think Tank : pollution lumineuse, arrêtons d’éblouir !

Environnement. La pollution lumineuse de nos agglomérations atteint un niveau insupportable. Impossible de voir la voie lactée de nos balcons, même par une nuit de beau temps. Il faut maintenant aller au milieu de la campagne pour avoir la chance de voir quelques étoiles.

Think Tank : pollution lumineuse, arrêtons d'éblouir !
(Crédit : DR)

La pollution lumineuse est la conséquence de la présence nocturne anormale de la lumière, essentiellement due à l’éclairage artificiel nocturne des zones urbaines et périurbaines.

Divers facteurs entrent en jeu :

  • Une augmentation forte de la production d’électricité, depuis plusieurs dizaines d’années, production qui ne peut pas être stockée et qui était donc proposée pendant de nombreuses années à prix réduit la nuit par les opérateurs. Quid aujourd’hui de la réalité de ce prix réduit, est-il toujours d’actualité ?
  • Une demande de sécurité forte, de la part du public et des élus, pour un éclairage public surdimensionné.
  • Une surabondance des publicités lumineuses, néons, magasins, édifices publics.

Cette pollution lumineuse, en dehors de priver nos enfants et nos petits-enfants de pouvoir admirer la voie lactée, a des conséquences sur la faune, sur les oiseaux, sur les mammifères, sur les reptiles, sur la vie aquatique, sur les insectes, et sur la santé des humains. Il a été montré en 2019, par Thomas le Tallec (Impacts de la pollution lumineuse sur les comportements, les rythmes biologiques et les fonctions physiologiques d’un primate non-humain) que l’éclairage nocturne change le comportement, le rythme biologique et les fonctions physiologiques en inhibant les comportements locomoteur et alimentaire, en altérant la perception de la photopériode, en perturbant les rythmes d’activité et de thermorégulation (le sommeil).


>LIRE AUSSI : Saint-Quentin accueille son premier salon du développement durable


La médecine, en particulier la médecine du travail, reconnaît qu’une exposition durable à un éclairage artificiel, de nuit, affecte la santé humaine de plusieurs manières :

  • En perturbant la régulation de la synthèse de la mélatonine (hormone du sommeil), qui un rôle antioxydant, qui stimule le système immunitaire, qui intervient dans la régulation de la pression artérielle…
  • En perturbant le rythme circadien (l’horloge interne du corps humain, qui régit certains processus physiologiques comme le sommeil et l’alimentation). Avec des conséquences néfastes et désastreuses sur la santé humaine.

FACE À CES DANGERS, QUE FAIRE ?

1/ Entamer une véritable réflexion et agir sur l’intensité de l’éclairage public.

Il est grandement temps de réfléchir sérieusement à un éclairage public moins omniprésent, moins polluant et moins couteux. Chaque coin de rue est largement éclairé, alors qu’il est possible de créer un sentiment de sécurité avec moins d’éclairage (un lampadaire sur deux, éclairage à led solaire, et plus directionnel en éclairant vers le bas). Il est des heures où l’éclairage pourrait être « à la demande » avec des détecteurs de mouvements. Aujourd’hui, les technologies nouvelles permettent de mieux réguler l’éclairage public, en permettant d’économiser l’argent public. Pourquoi s’en priver ?

2/ Réguler, voire limiter, l’éclairage publicitaire.

Il est temps de se poser la question de l’utilité de tous ces panneaux publicitaires lumineux, qui fleurissent à chaque coin de rue. Ils fonctionnent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, y compris dans les zones commerciales, qui sont des lieux désertés la nuit. Pour quel besoin ? Est-il indispensable d’avoir de la publicité ou des « informations » à trois heures du matin ? Nous pouvons même nous poser la question de l’utilité économique de cet affichage nocturne. Quel intérêt pour les annonceurs ? Quel intérêt pour les consommateurs, si ce n’est de les inciter à surconsommer ?

3/ Faire un geste pour la planète

Intervenir sur la pollution lumineuse urbaines et suburbaines, est un geste essentiel pour lutter contre la pollution et le dérèglement climatique. Toutes ces sources lumineuses nécessitent la production d’électricité, d’écrans lumineux. Ils nécessitent l’utilisation de différents métaux, et de terres rares. Les différents points lumineux produisent de la chaleur, qui est rejetée dans l’atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement de la planète. À l’heure où chacun doit faire des efforts pour limiter le réchauffement, il est donc indispensable d’intervenir sur ces différentes émissions de chaleur. Prendre au sérieux et limiter la pollution lumineuse nocturne, c’est donc agir au bénéfice de la santé publique. C’est limiter les effets de la lumière sur toute autre forme de vie (animale ou végétale). C’est limiter les incidences de la surconsommation. C’est faire un geste pour limiter le dérèglement climatique et c’est aussi économiser de l’argent public. Alors coupez le courant !

Think Tank "Droits de Cité"