Informations régionales économiques et juridiques
130e année

Législatives : des circonscriptions à enjeux

Elections. Les élections législatives des 12 et 19 juin prochains s’annoncent tendues dans certaines circonscriptions marnaises, dont la première et la deuxième.

Elections législatives

Ils étaient nombreux parmi la majorité municipale à être sur les rangs et c’est finalement Xavier Albertini qui a décroché l’investiture de la majorité présidentielle dans la première circonscription marnaise. Adjoint au maire de Reims et ancien conseiller régional, cet avocat de 52 ans se lance donc dans les élections législatives sous la bannière Horizons (majorité présidentielle). Investi en politique « depuis toujours », il a démarré auprès de Jean-Claude Etienne et de Catherine Vautrin au tout début des années 2000 et se définit comme « un homme politique local, ancré sur ses valeurs européennes et humanistes, la proximité et des réalisations concrètes ». Partant du constat que « le pays est fracturé car il ne trouve plus le lien qui fait sa grandeur », le candidat estime que le quinquennat d’Emmanuel Macron est dans une quasi-obligation d’aller de l’avant. « J’aime l’idée que pour aller vers l’avant on doive se pencher, et trouver un certain déséquilibre ».

Pas question en revanche, en matière de majorité présidentielle, d’imaginer la moindre forme de déséquilibre à l’issue du deuxième tour des législatives. « L’objectif est d’avoir une majorité stable pour passer les réformes nécessaires au pays, sur les enjeux environnementaux, sociétaux et économiques, par des textes rapidement et concrètement établis, de façon pragmatique ». Soutenu « de manière inconditionnelle » par Catherine Vautrin et Arnaud Robinet, quand on lui demande son positionnement face à sa collègue de la majorité municipale et députée sortante Valérie Beauvais (LR) il insiste sur la nécessité de mener une campagne loin des attaques personnelles. « Hors de question de venir sur des petites phrases ou des attaques ad hominem », insiste-t-il pour clore le sujet. Et de préciser dans un sourire : « Une campagne électorale n’est pas une guerre. La seule chose qui peut être blessée, c’est votre ego. Et on s’en remet ».

Xavier Albertini et Valérie Beauvais
Xavier Albertini (Ensemble - Horizons) se présente sur une circonscription où la députée sortante Valérie Beauvais (LR) a été élue en 2017.

Rompu aux nombreuses campagnes qu’il a organisées depuis 1995, Xavier Albertini mobilise son équipe de plus de 90 personnes sur l’importance de bien figurer au premier tour pour « virer en tête » au soir du 12 juin. Le grand jeu des investitures réserve toujours son lot de surprises, avec les gagnants et les perdants d’une loterie qui n’en est pas vraiment une. Car contrairement à la loterie pas de place au hasard dans les investitures, juste des calculs arithmétiques et des interventions humaines. Ce n’est pas Aina Kuric, députée sortante de la 2e circonscription de la Marne qui dira le contraire. Jeudi 5 mai, 18h30, dans la salle des fêtes de Saint-Brice-Courcelles, la jeune femme lance sa campagne. Membre du parti Horizons, issue de la majorité présidentielle avec laquelle elle a été élue en 2017, elle n’est alors pas encore officiellement investie par cette même majorité, qui sort des listes au compte-goutte. Disposant d’un « accord oral » des responsables nationaux de son mouvement, c’est en toute confiance qu’elle avance ses pions dans la campagne.

Xavier Albertini investi par la majorité, Aina Kuric dans son couloir

Si quelques bruits lui parviennent, laissant entendre que d’autres candidats ou candidates convoitent également l’investiture sur cette circonscription, Aina Kuric dévoile son équipe de campagne et le nom de son suppléant, Franck Jacquet, chef d’entreprise et maire de Chenay. Ce n’est que deux jours plus tard que la députée apprend la nouvelle : elle ne sera pas investie par la majorité présidentielle. Un premier coup de massue, accompagné d’un second : c’est Laure Miller, adjointe à la Ville de Reims et conseillère départementale qui l’est. Une déflagration, quand on sait que l’élue rémoise avait demandé, quelques semaines auparavant l’investiture auprès du parti Les Républicains mais que la formation politique lui avait préféré un autre adjoint rémois, Stéphane Lang.


 » A LIRE : Arnaud Robinet dans la peau d’un manager.


Pour la députée sortante, la manœuvre est « une honte, un scandale quand on sait que Laure Miller a lutté contre Emmanuel Macron pendant cinq ans et pendant la dernière campagne présidentielle ». Mais elle ne se démonte pas et poursuit sa campagne, dans son couloir. « J’ai prévenu mes équipes et nous avons décidé de poursuivre ensemble », explique Aina Kuric, qui a reçu de nombreux soutiens de collègues sortants, d’élus locaux de tous bords et de membres du QG de campagne national. Officiant désormais sans étiquette mais en tant que « députée sortante de la majorité présidentielle », portant « une candidature libre et indépendante », elle défend le bilan du dernier quinquennat et de son action personnelle : Défense de l’appellation champagne, réforme du RSA, bouclier énergie, réduction du taux de chômage, baisse des impôts de production, primes Macron, loi Pacte…

Aina Kuric et Laure Miller
Aina Kuric, députée sortante de la majorité présidentielle face à Laure Miller, investie par Ensemble, un duel à suivre dans la 2e circonscription, où se présente également l’élu rémois Stéphane Lang (LR).

Depuis les annonces des investitures elle multiplie les sorties à la rencontre des électeurs et les réunions publiques deux fois par semaine dans les communes de sa circonscription. « Cet épisode renforce ma conviction qu’il faille faire de la politique autrement. Ce genre de petits accords entre amis renforce l’abstention et celle-ci bénéficie aux extrêmes ». Une abstention qui risque aussi de jouer un rôle d’arbitre pour les deux élus rémois et la députée sortante. Avec le risque non négligeable que deux, voire trois d’entre eux soient éliminés dès le premier tour en raison de la division de leurs voix, au profit de Lynda Meguenine (LFI, NUPES) et Anne-Sophie
Frigout (RN). Un scénario catastrophe imaginé et même redouté en coulisses.

Benjamin Busson