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130e année

Arnaud Robinet dans la peau d’un manager

Politique. Le maire de Reims est à la tête d’une équipe municipale qui compte pas moins de quatre candidats aux législatives qui opposent les partisans de la majorité présidentielle à laquelle il s’est rallié, à ceux du camp LR.

Arnaud Robinet dans la peau d'un manager
Arnaud Robinet n’a pas hésité à mettre en garde les candidats de son équipe municipale : en cas de débordements, ils se verront retirer leur délégation.

Pour Arnaud Robinet, la situation est inédite. Engagé sous la bannière Horizons, soutien de la majorité présidentielle, le maire de Reims est à la tête d’une équipe municipale qui compte pas moins de quatre candidats aux législatives pour deux postes de députés. Sur la première circonscription, la députée sortante, conseillère municipale de la majorité, Valérie Beauvais (LR) est opposée à l’adjoint de la Ville de Reims Xavier Albertini. Ce dernier a reçu l’investiture de la majorité présidentielle sous la bannière Horizons. Dans la deuxième circonscription, l’adjoint Stéphane Lang, investi par LR juste avant les présidentielles, et Laure Miller, adjointe elle aussi, briguent tous deux le poste de député.

« Je ne suis là pour brider personne, ma majorité est plurielle. En revanche ce qui m’importe c’est l’unité de la majorité et je serai garant de la cohésion municipale »

Deux duels entre membres de la même majorité, cela a de quoi surprendre. Alors comment gérer une telle situation pour éviter les guerres fratricides au sein d’une équipe qui semble œuvrer depuis 2014 à l’échelle municipale dans la sérénité ? « Bien évidemment, depuis plusieurs semaines, les élus concernés m’ont fait part de leur volonté, explique Arnaud Robinet. Je ne suis là pour brider personne, ma majorité est plurielle. En revanche ce qui m’importe c’est l’unité de la majorité et je serai garant de la cohésion municipale ». Depuis les élections présidentielles où les élus se sont engagés les plus souvent en faveur d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse, le maire rappelle régulièrement ses règles du jeu.

« Je refuse qu’il y ait la moindre attaques ad hominem sur les réseaux sociaux par exemple. Je veux une campagne propre et toute incartade pourra être sanctionnée », prévient le maire. « Au moindre débordement je prendrai mes responsabilités. Les candidats qui ne respecteront pas la charte des élus ou qui mettront en danger l’unité municipale pourront se voir retirer leur délégation ».

Un soutien et une neutralité

En cas d’élection, les adjoints devront de toute façon quitter leur délégation pour respecter la règle du non-cumul des mandats, ce qui s’appliquera également aux vice-présidents du Conseil départemental. Arnaud Robinet ne sombre toutefois pas dans la neutralité. Il a clairement apporté son soutien à son adjoint Xavier Albertini face à Valérie Beauvais, dont il était pourtant suppléant. Pour rappel, en 2017, En Marche n’avait pas présenté de candidat face au duo qu’elle formait avec le maire de Reims, proche d’Edouard Philippe, et qui pouvait présenter des gages de compatibilité avec la majorité présidentielle. Mais son ancrage à droite durant tout le mandat a changé la donne du côté des marcheurs qui ont cette fois choisi d’investir un candidat face à elle.

Sur la 2e circonscription en revanche, le maire de Reims n’a pas tranché entre ses deux adjoints, sans doute gêné aux entournures par la méthode d’investiture de Laure Miller, opposante assumée d’Emmanuel Macron lors de la dernière campagne présidentielle et qui avait demandé l’investiture LR, en vain, avant de solliciter et d’obtenir l’investiture de la majorité présidentielle dans la foulée. Arnaud Robinet, qui se serait bien passé d’une telle situation, joue donc les managers auprès de ses équipes, espérant que les oppositions de projets l’emporteront sur les attaques personnelles.

Car le maire est aussi parfaitement conscient que de nombreux élus de son équipe sont pris entre deux feux, eux aussi en attente de la fin de la campagne, en espérant que celle-ci, ne laissera pas trop de traces entre les vainqueurs et les vaincus. Le pire scénario pour la majorité rémoise étant sans doute qu’il ne reste que des vaincus, qui se regarderont en chien de faïence jusqu’à la fin du mandat, les uns reprochant aux autres leurs défaites éventuelles. Et Arnaud Robinet le sait pertinemment, quatre ans dans ces conditions, ça peut être long...

Benjamin Busson