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130e année

François Baroin en guerre contre la recentralisation

Politique. Discours musclé du président des maires de l’Aube en présence de son successeur à l’AMF, David Lisnard.

François Baroin en guerre contre la recentralisation
David Lisnard, président de l’AMF, lors de son discours devant l’assemblée des maires de l’Aube (Crédit : L. Locurcio)

Le verdict des urnes a laissé des traces profondes dans l’Aube. « On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé, c’est une nouvelle donne complète pour notre département », affirme d’emblée le président des maires de l’Aube, faisant référence à l’élection de deux députés RN. Un bouleversement politique dont il tient pour responsables François Hollande et Emmanuel Macron dont les décisions ont généré « un sentiment d’abandon et d’éloignement » des citoyens, notamment en milieu rural.


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« Le projet initial de la loi NOTRe était la mort des communes », « la doctrine de Bercy est de tuer la décentralisation », « l’État est dans une logique de recentralisation extrême », François Baroin a multiplié les punchlines tout au long de son discours. Il a aussi égrené toute une série de propositions pour inverser le cours de cette recentralisation rampante. « Je demande une grande loi sur les libertés locales, une révision totale de la politique de santé qui redonne la main aux communes et aux départements, un transfert de la politique du logement sous l’autorité des maires », lance-t-il en souhaitant que les politiques de la culture, du sport et du tourisme deviennent une compétence communale - « de toute façon ce sont déjà les communes qui paient dans tous ces domaines ».

Le pouvoir au terrain

Il en appelle aussi à l’unité face au risque de voir s’opposer, au sein d’un même territoire, communes rurales et agglomération urbaine. « Je veux dénoncer des mensonges : la prison de Lavau n’a pas été échangée contre la fermeture de Clairvaux, Troyes n’a pas piqué l’implantation de Garnica à la commune du Chêne », insiste-t-il. Même chose pour le fonds de péréquation dont bénéficie Troyes, mais eu égard seulement à des critères nationaux de taux de pauvreté de la population et de taux de logements sociaux. « On n’est trop petits pour se payer le luxe de divisions », rappelle-t-il. Une ligne combative reprise par son successeur à la tête de l’Association des maires de France, David Lisnard qui a repris le flambeau l’année dernière après un septennat du maire de Troyes à la présidence de l’AMF. Un maire de Cannes qui rappelle d’emblée que sa ville ne se résume pas aux projecteurs du festival du cinéma et que le taux de pauvreté de la population se situe à 21 %, au dessus de la moyenne nationale de 13 %. Pour lui aussi le pouvoir doit revenir au terrain.

« Les communes et les intercommunalités sont l’avenir d’un service public porteur de sens et d’espérance », explique-t-il. Dénonçant lui aussi la recentralisation, « les excès bureaucratiques qui dévitalisent les communes » et cet « État qui phagocyte les communes », David Lisnard s’oppose au « délire de verticalité » qui prive les maires d’autonomie, sur tous les plans. Une situation qui engendre à la fois une « crise de civisme », et des tensions de plus en plus fortes au sein même des territoires. Le président du Département, Philippe Pichery a pris la parole pour évoquer justement les tensions qui naissent désormais autour des projets d’énergies renouvelables dans les communes. « Nous devons travailler ensemble pour établir une cartographie des territoires par rapport à chaque type de projet et la possibilité ou l’impossibilité de proposer une implantation selon les zones », estime-t-il.

Laurent Locurcio