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Planet A place l’agriculture au cœur du concept de « santé unique »

Débat. Châlons Agglo et les Petites Affiches Matot Braine ont organisé un diner-débat conviant Caroline Defaut, la Directrice de Planet A, sur le thème « Accélérer les transitions vers une agriculture durable dans un monde en profonde mutation ». L’occasion de faire un point sur les missions et les projets de l’association, notamment grâce à son Institut.

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Photo de Caroline Defaut
« L’agriculture doit être un levier fort et essentiel de la concrétisation de l’approche One health », indique Caroline Defaut, directrice de Planet A.

Depuis sa création en 2017, Planet A fait l’objet d’interrogations sur ses activités et son impact sur le territoire. Pourtant, contre vents et marées, la structure a continué ses projets et ses formations avec comme credo de placer « l’agriculture au cœur de la santé unique ». « Dans la nature, tous les éléments sont liés. Les sols, les plantes, les animaux, les personnes, les écosystèmes et les territoires forment un tout indivisible. Et penser la santé aujourd’hui implique de penser ensemble les interactions du vivant. C’est cette approche holistique de santé unique que défend Planet A », explique Caroline Defaut, Directrice de l’organisme.

Et pour diffuser cette approche, choix a été fait de créer un Institut spécialisé avec comme objectif, de proposer des thèmes de recherche et de réflexions autour de l’agriculture.

« L’institut s’est fixé comme mission de faire de Châlons-en-Champagne le carrefour de réflexions, travaux de recherches et d’actions autour des grands enjeux auxquels est confrontée l’agriculture de demain. » Partager la connaissance et fédérer les initiatives nécessite pour l’institut de « ratisser large », en faisant intervenir tout un panel d’experts, professeurs, climatologues, sociologues, mais aussi entreprises et pouvoirs publics. « Notre programme permet d’appréhender et de comprendre les impacts et les enjeux liés à l’agriculture », précise Caroline Defaut.

Et les agriculteurs dans tout ça ?

« On demande beaucoup à l’agriculteur. On lui demande de nourrir, de produire de l’énergie, de ne pas émettre de CO2, d’aménager le territoire… Il faut donc l’associer bien sûr. Mais nous ne nous positionnons pas comme des donneurs d’ordres, nous apportons plutôt un éclairage sur une situation donnée. »

Le territoire premier échellon de réflexion

Ainsi, question est posée de considérer l’agriculture comme un modèle de réparation des sols abimés. Planet A veut y croire. « Il y a plusieurs domaines dans lesquels il faut que l’on accélère. Il ne faut pas avoir peur d’aborder les sujets qui fâchent, comme par exemple les OGM. Sans prendre position, il faut réunir autour d’une table, ‘‘les pour et les contre’’ pour discuter
sans tabou de problématiques complexes. »
Or pour discuter, il faut déjà commencer par réunir les acteurs d’un même territoire avant de s’attaquer à l’échelle nationale, européenne et mondiale, ce qui est pourtant la raison d’être de Planet A.


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« L’enjeu du territoire c’est d’intégrer tous les acteurs. La Région Grand Est l’a fait en mettant tout le monde autour d’une table sur les biofertilisants. C’est un premier pas », reconnait Caroline Defaut qui insiste aussi sur la nécessité de développer l’innovation.

C’est pourquoi Planet A a développé un document qui regroupe un ensemble de propositions et de préconisations, remis au Président de la République, début janvier. « Le document a été présenté à Emmanuel Macron, par un conseiller agriculture du Conseil scientifique où l’on propose quelques leviers essentiels à la concrétisation de l’approche ‘‘One health’’. La question de la formation revient aussi beaucoup. Qui forme un agent ou un élu aux enjeux de l’agriculture ? » Car l’objectif est bien de former tout un tissu économique à accompagner les transitions agricoles.

Carbonthink avec des applications très concrètes

« Ici, dans la Marne, nous travaillons beaucoup sur les grandes cultures, à remettre des haies, favoriser la circulation de la faune, remettre de la biodiversité dans les grands espaces. En Bretagne en revanche, ils vont plutôt travailler sur la problématique des algues. Celles-ci ont en effet une forte capacité de captation de carbone et, en plus, elles se régénèrent extrêmement facilement. » De manière plus concrète, l’une des solutions vertueuses portée par Planet A est le développement du projet CarbonThink.

« L’agriculteur, selon un référentiel validé par le Ministère de la Transition écologique valide différentes méthodologies (balisages, forêts, haies) donnant accès à un set de pratiques à mettre en œuvre ainsi qu’aux techniques pour calculer la réduction des émissions mais aussi le potentiel additionnel de stockage de carbone. »

Le dîner-débat de Caroline Defaut
Élus, agriculteurs et acteurs économiques du territoire étaient venus écouter Caroline Defaut. (Crédit : ND)

Avec CarbonThink, l’agriculteur fait un bilan initial et peut alors connaître le différentiel entre ce qu’il a consommé et ce qu’il a stocké. « Ce qui est intéressant, c’est que cela peut aussi être un outil de financement pour l’agriculteur. Pour faciliter la démarche, Planet A a essayé d’œuvrer pour que le Label Bas Carbone soit moins exigeant sur certains critères comme la double comptabilité. Le crédit carbone, c’est une seule fois. On milite aussi pour que des filières puissent avoir une prime ou pour que les multinationales puissent opérer une fongibilité des crédits ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »

Planet A n’est pas seule sur le sujet puisque le consortium qui porte toutes ses mesures comprend également Terrasolis, l’INRAE, l’Institut pour le climat et Agrosolutions. Ces acteurs sont incontournables, notamment lorsqu’il s’agit de donner du sens à la recherche. Planet A n’ayant pas de laboratoire à proprement parler, l’organisme passe « commande » à l’INRAE sur un certain nombre de sujets.

« Nous voulions par exemple mesurer les flux, par rapport aux couverts de sols. Nous avons travaillé avec le Cesbio (Centre d’Études Spatiales de la Biosphère) à Toulouse. Ils ont réussi à modéliser la corrélation entre la durée de la couverture de sols, par typologie, et les flux de CO2 à 10 mètres de résolution par observation satellite. Ce qui est intéressant, c’est que dans le rapport que nous allons produire fin mars, nous sommes en capacité, selon les pratiques agricoles et la durée de couverture engagée, de mesurer le potentiel de stockage de carbone. »

Cette étude a ainsi permis de déterminer des seuils de stockage de carbone par région. « Cela peut permettre de réfléchir au choix des cultures par typologie climatiques, pour agir aussi sur les intrants. » Cet indicateur des sols est aujourd’hui raccroché à la méthodologie du label bas carbone comme un des éléments constituant du verdict final sur les émissions.

Mais l’ultime enjeu de Planet A est de savoir comment sont utilisés tous ces résultats de recherche. Et selon les mots de Caroline Defaut, la boucle est en quelque sorte bouclée, puisque ceux-ci vont être présentés par l’Institut dans la formation des cadres, élus, entreprises. « Quels secteurs d’activité ne touchent pas au secteur agricole ? On a des enjeux de souveraineté alimentaire, d’énergie, de machinisme, de biotechnologie, de chimie… L’agriculteur n’est pas tout seul, il a tout un écosystème. »