Informations régionales économiques et juridiques
130e année

Les déchets aubois ont de l’énergie à revendre

Infrastructure. Plus moderne UVE de France, Valaubia produit de la chaleur pour l’industrie et le logement ainsi que de l’électricité.

Les déchets aubois ont de l'énergie à revendre
Valaubia élimine les déchets ménagers aubois par incinération en produisant de l’énergie en même temps. (Crédit : L. Locurcio)

Dans le contexte énergétique actuel, les poubelles peuvent valoir de l’or. Dans l’Aube, collectivités et industriels se félicitent d’avoir fait le choix d’une UVE (Unité de Valorisation Énergétique). Par rapport à un incinérateur ayant comme seule fonction de brûler les déchets, l’UVE Valaubia située sur la zone industrielle de La Chapelle-Saint-Luc présente l’énorme avantage de produire de l’électricité et de la chaleur pendant le processus de combustion. Une production très importante puisqu’elle atteint 60 GWh thermiques par an, redistribués aux deux gros clients industriels proches, Michelin et Accuride, ainsi qu’au réseau de chaleur urbain de TCM. Une production représentant la consommation annuelle de 12 000 foyers.

Une aubaine dans le contexte actuel d’envolée des prix de l’énergie. Le prix de la chaleur, fixé pour 12 ans et demi, ne fluctue pas avec ceux des énergies fossiles et du gaz notamment. De plus, la TVA est ramenée à 5,5 % pour les abonnés du réseau. L’UVE est aussi un gros producteur d’électricité avec une capacité de 41 GWh par an, l’équivalent de la consommation de 50 000 habitants. Tout cela à partir des 60 000 tonnes de déchets traités en une année, soit 55 tonnes d’ordures ménagères et 5 000 tonnes de déchets d’activités industrielles. Ce n’est pas tout puisque rien ne se perd et tout se transforme. Les mâchefers issus de la combustion sont utilisés pour les travaux routiers et les métaux sont extraits pour être recyclés.

Faire des déchets une ressource

Gérée par Veolia pour le compte du SDEDA, le syndicat départemental d’élimination des déchets de l’Aube, l’usine qui vient d’être inaugurée est ce qui se fait de mieux en la matière, tant sur le plan du rendement énergétique que de la préservation de l’environnement. « C’est aujourd’hui l’une des plus belles UVE de France, une référence technologique et une vitrine de notre savoir-faire », indique Jean-François Nogrette, directeur général Veolia France et déchets spéciaux Europe. « C’est une unité emblématique qui, dans la période particulière que nous traversons, prend une dimension toute particulière avec sa capacité à produire de l’énergie », souligne François Baroin, président de TCM, insistant sur le modèle aubois qui a mutualisé la problématique de l’élimination des déchets au niveau départemental. « Nous voulons faire des déchets une ressource pour le territoire », rappelle Pascal Landréat, président du SDEDA. Une stratégie lancée il y a une dizaine d’années, notamment par Danièle Boeglin lorsqu’elle était à la tête du syndicat.


>LIRE AUSSI : L’électrification sur la bonne voie en attendant Troyes


Il aura fallu dix ans pour opérer les choix techniques, mener à bien les démarches administratives et réglementaires, convaincre la population et enfin construire le site. Un investissement financier de 86 millions d’euros aura été nécessaire pour la construction de l’unité à laquelle une cinquantaine d’entreprises auboises auront participé. « Cette usine rend concret un chaînon essentiel de la chaîne de l’économie circulaire par la valorisation des déchets », rappelle Cécile Dindar, préfète de l’Aube. Une unité qui ouvre largement les portes pour expliquer son fonctionnement grâce à un parcours pédagogique ouvert aux visiteurs. L’objectif étant aussi de faire évoluer les comportements dans un contexte réglementaire où l’enfouissement devra céder la place à une réduction des déchets et à leur valorisation.

La taxe sur l’enfouissement va s’envoler à l’horizon 2025 pour atteindre 65 euros la tonne contre 15 euros seulement pour l’incinération en UVE. Conséquence, enfouir les ordures ménagères va devenir de plus en plus coûteux pour les collectivités à cause de cette augmentation dissuasive pour inciter à des pratiques de réduction et de valorisation. Le SDEDA cherche à faire évoluer les comportements pour que le volume de déchets produits par les foyers aubois – 75 000 tonnes par an – se rapproche des capacités de Valaubia.

Laurent Locurcio