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130e année

« Deux mots d’ordre : l’hyperréactivité et l’hyperterritorialité »

Commerce. A quelques jours de dévoiler le plan stratégique de son réseau, Alain Di Crescenzo, Président de CCI France vient à la rencontre des entreprises marnaises à l’occasion de l’assemblée générale de la CCI Marne en Champagne sur la Foire de Châlons.

« Deux mots d'ordre : l'hyperréactivité et l'hyperterritorialité »
Alain Di Crescenzo : « Notre réseau est en marche et motivé parce que jamais les entreprises n’ont eu autant besoin de nous. » (Crédit : DR)

Comment se portent les 122 CCI de France en 2022 ?

« Les CCI sont au combat car actuellement c’est un véritable challenge que nous avons autour du soutien aux entreprises avec à la fois de l’urgence, du court et du moyen terme. Les chambres de commerce vont bien, elles sont réorganisées et restructurées. On est passé entre 2013 et aujourd’hui de 1,3 milliard d’euros de budget à 525 millions et nous devons absolument stabiliser ce budget parce que nous avons devant nous un mur d’augmentation des coûts qui sera en 2023 de l’ordre de 5% de nos coûts, soit 100 M€. Nous allons bien quand nos entreprises vont bien. Les chambres sont sur le terrain, je n’ai jamais vu un réseau autant mobilisé qu’aujourd’hui. Notre réseau est en marche et motivé parce que jamais les entreprises n’ont eu autant besoin de nous. »

Comment aborder à la fois l’inflation et les difficultés d’approvisionnement ?

« Les chefs d’entreprises qui ont entre 30 et 50 ans aujourd’hui n’ont jamais connu ce qui nous arrive aujourd’hui : ils n’ont pas connu l’impact d’une guerre sur notre territoire, l’inflation, la pénurie de matières premières, les difficultés de recrutement… Connaître ces situations dans la foulée du Covid, fait que les entreprises demandent d’avoir une boussole, un soutien et un retour vers l’humain, un peu à l’image de la Foire de Châlons. C’est pour nous une grande responsabilité, une source de motivation et de satisfaction à démultiplier avec deux mots d’ordre : l’hyperterritorialité et l’hyperréactivité. »

Les coûts et l’approvisionnement en énergie des entreprises vous inquiètent durablement ?

« 90% des entreprises sont inquiètes pour l’énergie. En amont du discours d’Elisabeth Borne nous avons lancé une campagne de communication sur le thème : « Au pays des Lumières on sait aussi les éteindre ». Si quelque chose ne doit pas arriver c’est bien les coupures d’électricité en fin d’année ! Novembre et décembre ne sont pas des mois comme les autres, ce sont des mois à forte saisonnalité avec les fêtes de fin d’année. Pour de nombreuses entreprises, si on « plante » novembre et décembre, on va planter toute leur année. »

« C’est pourquoi nous mettons en place dès maintenant des opérations pour faire en sorte que les entreprises puissent faire des économies d’énergie sans investir. Mais on oublie aussi de dire que le marché de l’énergie n’est plus un monopole : et quand il y a un marché, on peut négocier. On veut préparer aujourd’hui nos entreprises à la négociation avec les opérateurs pour avoir le bon service au bon prix. Aujourd’hui le prix de l’énergie est déconnecté de son prix réel : comment peut-on imaginer qu’en une année le prix de l’électricité est passé de 87 euros à plus de 1 000 euros le MWh ? On est dans la spéculation car les gens anticipent. La meilleure façon de faire baisser les coûts est donc de diminuer la consommation et cela passe par des économies d’énergie. »

Quelles sont les mesures les plus urgentes à engager par les entreprises pour lutter contre l’inflation ?

« Aujourd’hui, les entreprises font ce qu’elles peuvent pour faire face à l’inflation. Il y a deux types d’entreprises : celles qui peuvent adapter leurs prix de vente au prix d’achat, c’est la grande minorité. Et il y a celles qui ne peuvent pas car leurs clients ne peuvent pas payer. Elles sont alors contraintes de baisser leurs marges. à l’heure où nombre d’entre elles doivent rembourser des PGE, cela pose un problème de trésorerie : 45% des entreprises nous ont partagé leurs craintes quant au maintien de leur trésorerie pour le deuxième trimestre 2022. Il y a aussi la question de l’emploi et du recrutement, puisque 90% des entreprises de notre réseau ont des difficultés à recruter et 25% à conserver leurs collaborateurs. On demande aussi aux entreprise de se déclarer rapidement dès qu’elles sont en difficulté. »


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On parle beaucoup de la réindustrialisation de la France. Quelles en sont les clés ?

« Aujourd’hui, 80% de l’international, 80 % de l’innovation dépendent de l’industrie. On est arrivé au bout de la capacité de la France de payer 100 milliards d’euros de déficit du commerce extérieur. On est arrivé au bout de la dépendance à certains produits. Or il n’y a jamais eu autant d’opportunités : les gens ont compris avec le Covid, la crise ukrainienne et les pénuries qu’il fallait produire local. Il faut aussi tenir compte de l’importance de l’environnement et de la facture carbone qui va faire en sorte que produire chez nous sera plus simple. Sans oublier les coûts logistiques. La dernière opportunité c’est France 2030 et ses 54 milliards d’euros disponibles pour réindustrialiser la France. »

« Dans le Plan de relance, plus de 80% des projets ont été détectés par les CCI et 50% des entreprises ont été accompagnées par les CCI. On a identifié 50 produits à développer en France (aspirine, cartes électroniques, de la plasturgie…), ce qui permettrait une réduction de 118 milliards d’euros de nos importations. »

La formation est aussi un élément clé de l’activité des CCI… En fait-on assez aujourd’hui ?

« Un pays sans formation est un pays qui n’évolue pas. Les CCI sont les premiers formateurs après l’Education nationale : chaque année nous formons 400 000 personnes, jeunes et adultes dans nos 104 CFA, 143 établissements de formation professionnelle,18 EGC, 16 grandes écoles de commerce et 9 écoles d’ingénieurs. Mais il y a encore beaucoup de choses à faire dans l’anticipation, l’orientation et l’exécution. Ne faisons pas les erreurs du passé : il faut avoir une veille sur les métiers d’avenir et en tension. »

Mi-septembre, vous allez présenter un nouveau plan stratégique, que contient-il ?

« Le réseau des CCI est une grande entreprise de 14 000 collaborateurs et 4400 élus, qui accompagnent 450 000 entreprises. Dans ce cadre, on ne peut pas ne pas avoir de démarche et de plan stratégique à la fois fort et ambitieux. 150 élus et collaborateurs ont donc travaillé sur ce plan stratégique. On a questionné nos clients pour obtenir pas moins de 1360 propositions, qui ont fait l’objet de 150 000 votes pour les classer. Nous en avons extrait 10 messages clients et 8 projets totem. Il sort de ce plan 70 projets, et ce qui est très important, des éléments de mesure d’impact économique, de pénétration de marché, de satisfaction client, d’effet levier, etc. Ce genre d’initiative est ce que les entreprises et notre écosystème attendent de nous ».

Benjamin Busson