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130e année

Des projets variés et originaux présentés lors du Grand Pitch !

Start-up. Forte de son succès à la Foire de Châlons-en-Champagne en septembre dernier, la CCI Marne en Champagne organisait Le Grand Pitch !, avec ses partenaires, où six porteurs de projets venaient présenter leur activité devant un jury de trois investisseurs, issus des Business Angels Marne Ardennes.

Les porteurs de projets : Paul-Etienne Meligne, Sophie Barbier, Antonio Raro, Alcée et Benoît Montfort, Youssef Gardam et Axel Girard. Nastasia Desanti

C’était un exercice complexe et intense, formateur et enthousiasmant, aux faux airs de l’émission télévisée « Qui veut être mon associé ? ». Tous les acteurs économiques de la Marne soutenant les nouveaux entrepreneurs et les start-up (Innovact, Oenotourisme Lab, Village by CA, French Tech, Réseau Entreprendre, Initiative Marne, Creativ’Labs, l’URCA et Neoma), étaient partenaires du « Grand Pitch ! », l’événement organisé par la CCI Marne en Champagne. L’objectif principal était « d’habituer les porteurs de projets à présenter dans un laps de temps très court - trois minutes - l’activité de leur entreprise devant un jury », explique Sylvain Mary, membre du bureau de la CCI et des Business Angels de la Marne.

Six porteurs de projets

Pendant trois minutes donc, suivies de dix minutes de questions de la part du jury, six porteurs de projets sont venus défendre leur future entreprise, dans des domaines aussi variés que l’alimentation, l’horlogerie de luxe, la solution innovante ménagère, l’animalerie, le tourisme et le domaine de la mobilité électrique. Tous viennent de créer leur start-up et sont en phase d’incubation ou d’accompagnement avec des organismes marnais afin de faire décoller leur entreprise. Ainsi à ce jour, Marius Oil Maker, présenté par Initiative Marne, qui propose un nouveau canal de distribution d’huile d’olive de qualité, via un réseau de boulangeries, a déjà levé 135 000 euros sur un besoin total de 500 000. En discussion avec un fonds d’investissement et venant de signer un partenariat avec un réseau de plus de 1 000 boulangeries, sa présence était plus l’occasion de se confronter à l’exercice du pitch.

« Notre objectif est d’ouvrir 300 points de vente à fin 2022 », explique Youssef Gardam, le fondateur de la marque. « L’argent dont nous avons besoin sert à financer l’installation de cuves de 30L par trimestre chez le boulanger, pour un coût de 250 euros. » Actuellement en phase de test, le chiffre d’affaires de Marius a atteint 6 000 euros fin 2021. Les porteurs du projet Maison Alcée (Réseau Entreprendre Champagne Ardenne), présentaient un objet unique en son genre, une pendulette de luxe, développée par des maîtres horlogers et Meilleurs Ouvriers de France, à assembler soi-même. « Nous enlevons la complexité liée à la minutie, qui nécessite des années de formation, pour proposer une pendulette de bureau, de laquelle le passionné viendra assembler le mouvement », explique Alcée Montfort, la fondatrice.

Benoît et Alcée Monfort, porteurs du projet Maison Alcée. Nastasia Desanti

20 coffrets sont en prévente, un choix savamment réfléchi, le produit s’adressant à des passionnés, plutôt aisés, dans la mesure où le premier coffret est proposé à 3 500 euros et le plus haut de gamme, à 10 000 euros. Alcée Monfort et son mari, associé, sont ainsi en discussion avec de grandes enseignes parisiennes pour distribuer leur produit comme La Samaritaine ou Le Printemps Haussmann, mais aussi des concepts store horlogers de luxe à Paris et Dubaï. « L’assemblage d’un tel objet est fait pour prendre le temps de s’attarder sur une pendulette que l’on construira soi-même. C’est le travail de ses mains et la passion du bel objet qui fait l’authenticité de ce que l’on propose. Nous avons fait le choix de l’excellence et de la fabrication française (à 85% et 15% Suisse). » Le marché que vise Maison Alcée est celui de la France, de la Suisse mais aussi et surtout des Etats-Unis très ancré sur le Do it yourself. Ce projet a récolté les félicitations de deux des membres du jury, très emballés par cette « nouvelle approche du luxe par le faire soi-même ».

Le marché prometteur de l’élevage de fourmis

Mais celui qui a sans doute le plus interpellé puis enthousiasmé non seulement le jury mais également le public présent, c’est le projet d’Antonio Raro, baptisé Ants Labs (Chambre des métiers et de l’artisanat) et s’intéressant au marché des fourmis. Au départ, les personnes présentes dans la salle lors du Grand Pitch ! étaient plus que circonspectes face à sa présentation, mais plus il expliquait et développait son propos, plus l’adhésion était importante. En effet, quoi de plus étonnant que de s’attaquer au marché de la fourmi. De son élevage certes, mais aussi de la création de son habitat, de sa nourriture, de la construction de sa colonie… « ll faut savoir que le marché des passionnés de fourmis existe réellement. Une reine vaut 500 euros », assène-t-il. Et quand celui qui est lui-même étonné de son succès révèle que la première année, juste avec des vidéos Youtube et un peu de matériel dans son garage, il a réalisé 9 000 euros de chiffres d’affaires pour atteindre 40 000 euros l’année dernière, l’intérêt est total.

« Nous sommes essentiellement là, pour soutenir des projets qui ne sont pas soutenus par des banques mais dans lesquels nous voyons un réel potentiel de développement et de succès. »

« Je suis devenu artisan d’art en construisant des habitats pour les fourmis, en investissant dans trois machines à découpe laser et pour le travail du verre. Je réalise des petits tubes avec du matériel haut de gamme. » Son besoin est clair : trouver un hangar entre 600 et 1 000 m2 pour y installer son atelier et ainsi produire en plus grande quantité : « Je suis arrivé au maximum de ce que je peux faire seul », relève Antonio Raro cherchant aussi aujourd’hui à embaucher et avoir un appui logistique et financier. Après le marché de la fourmi, celui du linge de maison. Rien d’original, peut-on penser. C’est sans compter l’invention simple mais pourtant excessivement pratique de Sophie Barbier et de sa « Quick couette », projet présenté par la CCI de la Marne : une housse zippée sur trois côtés dans laquelle deux pinces ont été ajoutée afin de tenir la couette pour ne pas qu’elle retombe au fond.

Sophie Barbier présente son projet : la "Quick Couette" Nastasia Desanti

Elle est non seulement « destinée à la ménagère mais surtout aux personnes en situation de handicap, avec des troubles chroniques musculosquelettiques ». L’invention s’adresse ainsi notamment aux hôteliers souhaitant valoriser leur RSE et soulager le travail fastidieux de leurs employés mais aussi aux établissements médico-sociaux voulant faciliter la tâche à leurs résidents : « En l’utilisant, les établissements entrent dans une démarche éducative de valorisation de l’autonomie. De plus, la CPAM prend en charge une partie des coûts pour les professionnels mettant en place des démarches et l’achat de produits luttant contre les TMS. » 100% française, la Quick couette est fabriquée dans les Vosges, région traditionnelle du linge de lit et réputée pour la qualité de ses produits. « Cette fabrication exclusivement française, c’est aussi ce qui me distingue de mes concurrents », relève Sophie Barbier.

Un besoin de financement

Ses articles sont disponibles en précommande via la plateforme KissKissBankBank. Côté distribution, pour l’instant, Sophie Barbier compte sur la vente à domicile, sur le modèle des réunions Tupperware, modèle plus facilement accessible aux personnes âgés. Au niveau des tarifs, la housse grande taille avec deux taies est affichée à 180 € « un prix coïncidant à la qualité et la confection de la couette. » Soutenu par oenotourisme Lab, Paul Etienne Meligne est venu présenter Qross, une « plateforme écoresponsable de création de circuits touristiques digitalisés ». « L’opérateur touristique créera des circuits qu’il pourra actualiser en temps réel quand le touriste aura accès via des bornes connectée à tout un panel de visites natures thématisées et personnalisées. » Toutes les cases du tourisme moderne sont cochées avec une solution « universelle », « durable », « accessible » et « éco-responsable » donc. « Plus besoin d’application ni de QR Code qui deviennent obsolètes en quelques mois, il faut juste pour l’utilisateur se connecter sur le site internet. »

Si l’utilisation peut paraître basique, le développement, en revanche se révèle plus complexe comme ont pu le souligner les membres du jury des Business Angels marnais. Dernier porteur de projets à pitcher son activité, Axel Girard pour l’entreprise Drapeau noir (Innovact), dont l’objet est de « rétrofiter des vieilles motos à l’abandon pour en faire des modèles électriques ». Là encore, le projet s’inscrit totalement dans l’air du temps, avec les malus écologiques et instaurations de ZFE dans les collectivités. « Une moto électrique c’est 204 700 tonnes de CO2 en moins par rapport à un véhicule thermique. »

Alex Girard, pour l’entreprise Drapeau Noir. Nastasia Desanti

Axel Girard se concentre sur un type de moto en particulier, la DTMX 10 000, une moto 125 cm3, « avec de nombreux modèles sur le marché, donc aussi de nombreuses pièces détachées pour remettre les motos à neufs », détaille-t-il. Le modèle moyen transformé coûte 11 000 euros. « Notre cible est le jeune citadin, plutôt aisé, soucieux de l’environnement et de circuler dans un modèle élégant, car entièrement personnalisable. » Le besoin direct de financement de Drapeau Noir correspond non seulement à l’achat de pièces mais surtout à la certification et à l’homologation des batteries et des motos, ces dernières étant vendues clé en main, prêtes à l’utilisation et avec carte grise.

Accompagner l’originalité et l’innovation

« Nous sommes attentifs à tous ces projets qui sortent des cadres », appuie Sylvain Mary. « Nous sommes essentiellement là, pour soutenir des projets qui ne sont pas soutenus par des banques mais dans lesquels nous voyons un réel potentiel de développement et de succès. » Patrick Delabarre rebondit : « La première question que je me pose c’est “Est ce que je connais des gens dans mon entourage qui seraient intéressés par ce produit ?” C’est notamment comme ça que j’ai la réponse si je dois investir ou pas. » Les membres du jury doivent se réunir d’ici quelques jours pour échanger de nouveau sur les projets et éventuellement soutenir un candidat comme cela avait été le cas à la Foire de Châlons, avec la start-up Vitiz, proposant une nouvelle approche en matière de réduction des pesticides.

Nastasia Desanti