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130e année

Avec Ardennutris, la bioéconomie s’implante à Rethel

Industrie. En cours de construction sur le parc d’activités de l’Etoile à Rethel, l’usine Ardennutris, filiale d’Agronutris, qui sera un des plus importants sites de production français d’huiles et de protéines d’insectes conçues à partir de mouches soldat noir, émerge progressivement et sera opérationnel en mai 2023.

Avec Ardennutris, la bioéconomie s'implante à Rethel
La SAS Ardennutris exploitera à Rethel un élevage de coléoptères, diptères et orthoptères à l’échelon industriel (Crédit : P. Rémy)

« Nous sommes dans les temps et tenons notre calendrier, même s’il y a un contexte compliqué au niveau des approvisionnements et de la logistique. L’usine devrait être ouverte au cours du second trimestre 2023 », confie Mehdi Berrada, le président d’Agronutris, rappelant les objectifs de la pépite française créée en 2011 dans la banlieue de Toulouse et forte de dix ans de R&D. « Ici, grâce à notre procédé de transformation, nous ambitionnons de convertir 70 000 tonnes de biorésidus par an, destinés à l’aquaculture, la nutrition d’animaux domestiques (petfood) et la création de fertilisants naturels et éligibles à l’agriculture biologique. Cela en valorisant des co-produits locaux (pulpes de betterave, pelures de pommes de terre, solubles de blé, drêches humides de distillerie, céréales…), issus de proches usines agroalimentaires pour produire des farines à forte teneur de protéines, des huiles à valeur ajoutée et un engrais organique. »

Onze emplois de technicien maintenance déjà pourvus

Des accords de partenariat d’approvisionnement ont ainsi été signés avec le fabricant d’ingrédients ADM, Cristal Union, Néalia et Bühler pour l’équipement de l’usine. En lançant dans les Ardennes au prix d’un investissement de 40 millions d’euros, une usine de 16 000 m2 sur une emprise foncière de 9 hectares, Agronutris va faire de Rethel un pan stratégique de la bioéconomie. L’entreprise rethéloise qui sera dirigée par Rafael Smia, générera 60 emplois.


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Commencé en février, le plan de recrutement a déjà permis à Valéry Quintard, exploratrice en richesses humaines, d’embaucher les onze premières recrues dédiées à la maintenance. Plus tard, un leader efficiency, dix postes d’éleveurs, trois de réceptionnaires préparateurs caristes, 35 conducteurs de ligne d’élevage et de process viendront grossir l’équipe. L’effectif global comprendra 50% de femmes et tiendra compte de l’inclusion et de la diversité. Contribuant fortement aux enjeux de transition écologique et de souveraineté alimentaire du plan de relance, le projet Frenchfeed a reçu, dans le cadre du « soutien à la résilience de l’industrie », une subvention d’Etat de 8,3 millions d’euros. Au regard de son enjeu économique et de son caractère innovant, il a aussi fait l’objet d’une levée de fonds record en collectant 100 millions d’euros, parmi lesquels Bpifrance et Mirova. Enfin, il bénéficie de l’aide d’Engie Solutions (14 millions d’euros) pour exploiter les installations énergétiques de l’usine dont la chaufferie biomasse.

À Pomacle-Bazancourt en 2024 ?

Persuadé de trouver la demande à l’échelle européenne, Medhi Berrada se dit confiant en l’avenir d’autant qu’en janvier 2021, Agronutris a été la première entreprise à obtenir de l’Autorité sanitaire européenne, l’autorisation de commercialisation de son ver de farine pour la consommation humaine. Du coup, la start-up occitane ne veut pas en rester là. Elle envisage la réalisation d’ici 2024 d’une seconde usine avec 100 à 120 emplois supplémentaires dans le Grand Est. Le site de Pomacle-Bazancourt fait partie des trois sites prospectés. « Là-bas, nous avons déjà les gisements et les contrats. Il ne nous resterait plus qu’à trouver un terrain. Mais, c’est notre projet préférentiel », soulignait il y a peu Mehdi Berrada.

Pascal Remy