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130e année

Sobriété : Saint-Quentin enfile le bleu de chauffe

Énergie. Emboîtant le pas de la capitale de Haute Picardie, la communauté d’agglomération du Saint-Quentinois s’est engagée dans un vaste plan de restriction de la consommation d’électricité, de gaz et de carburants.

Sobriété : Saint-Quentin enfile le bleu de chauffe
À l’instar des marches du théâtre Jean-Vilar, les arcades de l’hôtel de ville restent éclairées, la nuit, « pour des questions de sécurité des personnes ». Les autres bâtiments patrimoniaux de Saint-Quentin sont concernés par les mesures de sobriété énergétique. (Crédit : Office de Tourisme de Saint-Quentin)

Dans un contexte déjà tendu de compression des recettes publiques, la hausse brutale de la facture énergétique fait peser une contrainte supplémentaire sur les dépenses de fonctionnement des collectivités territoriales. Alors que l’hiver approche, l’envolée des prix d’électricité et du gaz, liée à la conjoncture économique de reprise post-Covid et au conflit militaire entre l’Ukraine et la Russie, inquiète au plus haut point les élus locaux, dont beaucoup regrettent l’absence d’un « bouclier tarifaire » mis en place par l’État. Lors du dernier conseil communautaire, le 28 septembre dernier, les élus de l’Agglo du Saint-Quentinois ont adopté une série de mesures visant à tenter de maîtriser au plus juste une facture qui ne cesse de grimper. Au 1er septembre, elle représentait déjà un surcoût de 1,2 million d’euros pour l’établissement public de coopération intercommunale (EPCI), une augmentation considérable amplifiée par l’inflation.


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Baptisé « 100 jours pour diminuer nos consommations d’énergie », ce plan de sobriété énergétique se veut à la fois pragmatique et imaginatif. Baisse des températures de chauffe dans les bâtiments patrimoniaux et les gymnases, sensibilisation des associations utilisatrices, réflexion conjointe avec les délégataires de service public, diminution de la température des bassins des piscines Jean-Bouin et de Gauchy, limitation des dépenses de carburants des agents, l’intercommunalité axonaise entend bien actionner tous les leviers de « décroissance » en sa possession. Une étude est, par ailleurs, menée par les services techniques pour accélérer la conversion d’une partie du parc automobile au carburant B100 - un biodiesel alternatif à base de colza - en cours d’expérimentation, depuis un an, sur huit véhicules de ramassage d’ordures ménagères. « Cela a déjà permis d’économiser 12 000 euros et les externalités sont vertueuses puisque dans le même temps, ce sont 43 000 tonnes d’émissions de gaz à effet de serre évitées. »

Extinction des feux

Dès le 6 septembre, la ville de Saint-Quentin avait adopté des mesures similaires en éteignant l’éclairage extérieur de ses bâtiments patrimoniaux comme la basilique, le Palais de Fervaques et le musée des beaux-arts Antoine-Lécuyer. La maire de la cité et présidente de la communauté d’agglomération, Frédérique Macarez, justifiait déjà cette décision par des « coûts actuels de l’énergie » non absorbables « sans une lourde augmentation d’impôts ». Cette première salve s’était accompagnée, 15 jours plus tard, par l’extension de cette extinction à l’éclairage public dans plusieurs quartiers de la ville. Ainsi, de 23h00 à 5h00 du matin, le centre-ville, le Faubourg d’Isle, Remirecourt et le Faubourg Saint-Martin sont, à présent, plongés dans le noir et cela, jusqu’au 31 décembre prochain.

En concertation avec les chefs d’entreprises concernés, le Parc des Autoroutes et les différentes zones d’activités économiques ont été soumis au même régime. « L’éclairage public a été coupé la nuit à des horaires différenciés en fonction des prises de poste des salariés », précisent les collectivités du nord de l’Aisne. « Les abribus et panneaux d’information sont également éteints. » Des restrictions tout sauf anecdotiques. Selon les projections de la municipalité, avec un prix du mégawatt-heure multiplié par 20 en l’espace de trois ans, la facture de l’éclairage public passerait, si rien est fait, de 572 000 euros en 2021 à 4,35 millions d’euros, l’an prochain…

Stéphane Bourdier