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130e année

Medacces s’attaque à la désertification médicale avec pragmatisme

Santé. À Saint-Quentin, l’association agit pour une meilleure répartition des professionnels de santé sur le territoire en accompagnant les collectivités territoriales et en suscitant des vocations auprès des jeunes des territoires sous-dotés.

Medacces s'attaque à la désertification médicale avec pragmatisme
Medacces travaille de concert avec l’Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France afin de tenter de résorber cette « fracture médicale » (Crédit : DR)

Malgré la multiplication des dispositifs d’incitation à l’installation de nouveaux praticiens dans les zones à caractère rural et les villes moyennes, le constat reste le même : les inégalités territoriales d’accès aux soins s’aggravent. Selon un sondage de l’institut BVA de 2019, « 63 % des Français ont renoncé ou reporté des soins en raison notamment de délais d’attente trop longs ou de distances trop importantes à parcourir ». Il y a cinq ans, un collectif de professionnels de santé a choisi de lutter contre cette situation endémique en créant dans la capitale de Haute Picardie, l’association Medacces.

« Cela fait 15 ans que j’observe les différentes politiques de santé et que je travaille sur la question de la désertification médicale. Résultat : Nous avons toujours autant de difficultés à attirer de jeunes médecins hors des grandes métropoles », explique Jean-Christophe Seube, chirurgien-dentiste à Saint-Quentin et président de la structure. « Nous avons beau ouvrir des maisons de santé et allouer des aides importantes, cela ne les fait pas venir pour autant ! » L’Aisne, à l’image de l’ensemble des Hauts-de-France, n’échappe évidemment pas à la règle et souffre d’un manque criant d’attractivité aux yeux des jeunes diplômés.

Le pied à l’étrier

Pour l’association, qui compte aujourd’hui près de 500 membres, le mal doit se traiter à la racine. « Lorsque nous recoupons les différentes données de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques), nous nous apercevons que l’un des trois principaux critères évoqués par les étudiants en médecine ou en dentaire pour leur future installation est de pouvoir exercer là où ils ont grandi. Or, ces étudiants sont majoritairement originaires des grandes villes et bien souvent issus d’un environnement familial où l’un des parents appartient au monde médical. Notre rôle est de lever les blocages psychologiques, sociaux et financiers en suscitant des vocations localement. »


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Les membres de Medacces interviennent, pour cela, dans les établissements scolaires des communes sous-dotées afin d’inciter les futurs étudiants, parfois issus de milieux défavorisés, à entreprendre des études vers les filières médicales. Un accompagnement global, et en particulier financier, peut leur être proposé pour qu’ils poursuivent le cursus dans des conditions optimales de réussite. « Nous leur disons simplement : pourquoi pas vous ? »

Diagnostic territorial

L’association axonaise intervient principalement dans le nord de la France mais a aussi élargi son champ d’action au niveau national en dressant, par exemple, des passerelles avec des collectivités territoriales de la Creuse, du Tarn ou de Normandie. Les praticiens établissent alors un audit, qui préconise le cas échéant la création d’une maison de santé pluridisciplinaire (MSP). « Les élus se retrouvent face à des administrés en demande pour lesquels ils n’ont pas de solution. Nous leur faisons des propositions qui s’adaptent aux besoins de leur territoire, notamment pour attirer des médecins généralistes ».

Medacces travaille de concert avec l’Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France afin de tenter de résorber cette « fracture médicale » qui ne tend qu’à s’élargir. Car le temps presse. Dans l’Aisne comme ailleurs, près de la moitié des médecins et des dentistes en exercice devraient partir à la retraite dans les prochaines années.

Stéphane Bourdier