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130e année

Les restrictions d’eau impliquent de nouvelles pratiques

Environnement. Depuis le 5 août, un arrêté de mesures de restrictions d’eau est entré en vigueur, suite au déficit pluviométrique enregistré dans le département de la Marne. Restrictions aussi bien pour les particuliers, les collectivités que les entreprises.

Élodie Detournay, devant des massifs de plantes vivaces, plantés il y a deux ans. (Crédit : Nastasia Desanti).

Les étés se suivent et ne se ressemblent pas. Là où celui de 2021 connaissait de fortes pluies et des débordements de réseaux d’eaux pluviales, 2022 est particulièrement marqué par la sécheresse et les records de températures. C’est d’ailleurs la première fois que tous les départements de France sont touchés par des restrictions d’eau informe le Centre d’information sur l’eau. En effet, entre septembre 2021 et avril 2022, un déficit de pluviométrie et de neige entre 30 et 40% a été enregistré selon les régions. Les nappes phréatiques ne se sont donc pas rechargées et les cours d’eau ont perdu du débit. La préfecture de la Marne a ainsi publié un arrêté appliquant des mesures de restrictions d’usage dans de nombreux bassins hydrogéologiques et hydrographiques, classés soit en seuil d’alerte, soit en seuil d’alerte renforcée.

À Reims, au service des espaces verts, logiquement fortement impacté par ces mesures, on a déjà anticipé une nouvelle manière d’aborder la nature en ville, avec la plantation de nouvelles espèces et variétés. « Lorsque nous nous réunissons pour établir un nouveau projet de plantation, nous prenons en compte les variétés les mieux adaptées aux fluctuations climatiques mais aussi celles qui peuvent s’épanouir dans le sol crayeux de la région », explique Élodie Detournay, cheffe du service Aménagements à la Mairie de Reims.


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« Depuis quelques années, nous adaptons notre palette végétale en sélectionnant des plantes rustiques, résistantes, mais qui néanmoins vont être fleuries. » Exit donc les parterres colorés de fleurs nécessitant un arrosage intensif. Place aux plantes vivaces, avec un air de campagne à la ville. « Nous allons privilégier une gamme végétale qui ne nécessite pas d’être replantée annuellement », précise celle qui est aussi ingénieure paysagiste.

« Les bonnes plantes au bon endroit » est le leitmotiv du service Aménagements. Ainsi, le long de plates-bandes, parkings et places, des ilots ont été installés avec plantation d’arbustes et de plantes vivaces comme des Amélanchiers, des Gauras blancs et roses ou encore des Aster Alpinus. Le gazon est aussi remplacé à certains endroits par des trèfles ou des couverts très tapissant. L’avantage de ces variétés est qu’une fois plantées, elles n’ont quasiment plus besoin d’être arrosées. En pleine terre, elles puisent assez loin pour se nourrir de l’eau stockée dans les nappes phréatiques.

Aujourd’hui, la stratégie est bel et bien d’avoir recours à une gestion à la source des eaux pluviales, au plus près de son point de chute (comme le stipule l’arrêté du 21 juillet 2015, relatif aux systèmes d’assainissement, conférant la primauté à ce type de gestion) c’est-à-dire, en la laissant s’infiltrer, en la récupérant ou en la réutilisant pour qu’elle retrouve son cycle naturel, avec de nombreux bénéfices à la clé : ouvrages coûteux évités, plus de nature en ville, des îlots de fraîcheur en été, des nappes qui se rechargent, etc. « C’est pourquoi, quand vous regardez attentivement, on évite de poser des renforts en béton autour des arbres ou autour des places de parkings comme on le faisait avant. On laisse aussi s’infiltrer l’herbe dans les joints des pavés. »

Mais ce côté champêtre , n’est pas du goût de tous les riverains. « Nous avons de temps à autres des plaintes comme quoi les massifs sont trop hauts ou donnent une impression de ne pas être entretenus, mais nous faisons de la pédagogie en expliquant la politique de verdissement de la ville conjuguée aux économies en eau », indique Élodie Detournay, prenant en exemple des arbustes taillés dans une rue du Val de Murigny : « Ça, on ne le fait plus par exemple. Une mono-espèce, quand il y a une maladie, tout est décimé, et une taille rase en pleine été, cela stresse la plante et elle brûle beaucoup plus vite, perdant son intérêt de stockage de CO2. »

« ARROSER EN PLEINE JOURNEE PAR 40 DEGRES N’A PAS DE SENS »

Question arrosage, les services de la Ville appliquaient déjà les bonnes mesures en amont : « Arroser en pleine journée par 40 degrés n’a pas de sens car l’eau va s’évaporer rapidement et n’aura pas le temps d’aller irriguer la terre. C’est pour cela que l’on arrose plutôt la nuit, par des sessions de 30 minutes », détaille la responsable du service Aménagements. Toujours dans un esprit d’économie d’eau, une cuve de 300m3 a été installée au niveau des serres municipales récupérant l’eau de pluie des toitures. « Avec les orages du mois de juillet, elle a été totalement remplie. »

Concernant les usages agricoles, l’arrêté doit encadrer une réduction de l’irrigation dans les parcelles allant de 10% dans les bassins des affluents crayeux de la Marne à 50% dans la Brie et le Tardenois. L’arrêté indique toutefois que ces restrictions ne s’appliquent pas « aux cultures sous serres, au maraîchage et à l’horticulture, ni aux vergers ou expérimentations agronomiques ». Et face aux conditions climatiques vouées à se répéter, le principal syndicat agricole, la FNSEA, souligne par la voix de sa présidente Christiane Lambert, la nécessité du « développement des outils et technologies optimisés ainsi que le choix d’assolements et d’itinéraires adaptés identifiés dans la charte d’engagements des filières lors du Varenne Agricole de l’Eau ».

Nastasia Desanti