Collectivités

Le Pacte de Reims, un message fort aux candidats à l’élection présidentielle de 2027

Département. On retiendra de ces 95e Assises de Départements de France l’exaspération des 1 500 congressistes, présidents et conseillers. Une exaspération gonflée par l’absence de dernière heure du Premier Ministre et par le sentiment de n’exister ni dans le projet de budget 2027, ni dans l’esquisse d’une réforme territoriale de leur cœur qui s’appuierait, entre autres points, sur la démocratie de proximité commune-Département. Le Pacte de Reims, voté ce 16 octobre 2026, va loin vers une révision de la Constitution, en passant par la probable demande d’une démission du Gouvernement.

Lecture 11 min
Photo de Jean-Luc Gleyse, Françoise Gatel et Sébastien Lecornu
Jean-Luc Gleyse s’adressant à Françoise Gatel, Ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation (au centre), cette dernière palliant l’absence de Sébastien Lecornu : « Madame la Ministre, avec tout le respect que je vous dois, votre présence ici ne suffit-elle pas à masquer tout simplement l’absence du Premier Ministre ? » (Crédits : GD)

« Nous n’avons plus confiance en l’Etat ». En prélude aux conclusions des travaux de ces 95e Assises, Jean-Luc Gleyze, Président du groupe de Gauche, Secrétaire Général de Départements de France, Président du Département de la Gironde, et Nicolas Lacroix, Président du groupe Droite Centre et Indépendants, donnent le ton d’une matinée dense en invectives à l’égard du Gouvernement.

C’est d’abord l’absence du Premier Ministre que Jean-Luc Gleyze fustige : « Qu’est-ce qui nous vaut aujourd’hui le dédaigneux mépris du Gouvernement ? » Puis, s’adressant à Françoise Gatel, Ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, cette dernière palliant l’absence de Sébastien Lecornu : « Madame la Ministre, avec tout le respect que je vous dois, votre présence ici ne suffit-elle pas à masquer tout simplement l’absence du Premier Ministre ? »

Abordant le fond de la colère des Départements, il pointe dix ans d’incohérences et d’insuffisances : « En deux mandatures, le Président de la République et ses gouvernements successifs ont fait le choix de l’assèchement des finances des collectivités territoriales… On nous avait promis une nouvelle étape de décentralisation et on nous livre une recentralisation que l’on nous facture. »

La colère alimentant les raccourcis, Jean-Luc Gleyze se lâche : « Le Gouvernement renie sa parole. Il agit par filouterie… Nous construisons des collèges quand le Gouvernement construit des acronymes. Le Gouvernement nous arnaque… Madame la Ministre, n’êtes-vous pas plutôt l’émissaire de la recentralisation et de la mise au pas budgétaire des collectivités territoriales ? »

« Où s’arrêtera le pillage du Gouvernement ? »

Narquois, Nicolas Lacroix appuie, lui aussi, sur l’absence du Premier Ministre : « Personne n’aime assister à l’enterrement de ses promesses. » Quant au Président de la République : « Emmanuel Macron, cela fait dix ans qu’il nous snobe. C’était aujourd’hui pour lui sa dernière séance. Tant pis pour lui ! » Et sur le sujet chaud du RSA : « Qui décide doit payer et pour cela nous demandons le gel du RSA pendant au moins cinq ans, afin de remettre le travail au coeur de l’émancipation. »

Le Président du Département de la Haute-Marne s’en prend au projet de loi de finances et à ses conséquences sur les Départements : « Là, nous passons de l’inapplicable à l’inacceptable. » Constructif, il dévoile presque la philosophie des conclusions à venir de ces 95e Assises : « Ce que nous aurions demandé au Premier Ministre ? Un financement plus juste et plus prévisible de nos dépenses sociales, une liberté accrue dans l’organisation de nos politiques publiques, un véritable partenariat de responsabilités entre l’Etat et les collectivités. »

Il conclut quasi solennellement : « Nous sommes arrivés à un point de non-retour. Madame la Ministre, hier, au sein du groupe DCI (Droite, Centre et Indépendants) nous avons évoqué la démission du Gouvernement. Si rien n’est fait, au nom du groupe DCI, je demanderais aux parlementaires la censure de votre Gouvernement. » L’applaudimètre déjà chaud monte dans les tours.

« Un État qui ment, qui triche et qui rackette »

« Dans le contexte étatique de la maltraitance départementale, des mots personnels au préalable… » À la tribune, Jean-Léonce Dupont, Vice-président délégué de Départements de France, Président du Département du Calvados, charge d’entrée le tableau noir de la colère, évoquant le Gouvernement d’un État en faillite qui met en faillite les Départements : « Tous les éléments de la défiance sont en place. Vous êtes devenus, gouvernements successifs, les communicants d’une “technocrature” qui ment, triche, et rackette ! » L’applaudimètre est au bord de l’explosion. Va-t-il résister ?

À distance, les oreilles de Sébastien Lecornu bourdonnent peut-être. « Il y a un an, à Albi, le Premier Ministre souhaitait lancer un nouveau souffle de décentralisation et de déconcentration. Il me semble que le Premier Ministre est un asthmatique chronique au souffle coupé. » Frisons-nous la malséance ?

Maîtrisant une certaine éloquence insolente, Jean-Léonce Dupont conclut, avant la présentation de la résolution des Assises : « Madame la Ministre, si par malheur et Dieu m’en garde, j’avais été nommé ministre d’un gouvernement dans lequel la technocrature m’impose des décisions à l’opposé de ce que je pense, de ce en quoi je crois, de ce pourquoi je me suis toujours battu, j’aurais adopté un comportement chevènementiste. Je n’aurais pas fermé ma gueule et j’aurais démissionné. » Durement secoué, l’applaudimètre explose. Une bonne minute de standing ovation s’ensuit.

« Que l’Etat commence à faire mieux avec moins »

En montant à la tribune, après le vote de la résolution du Congrès, François Sauvadet, Président de Départements de France, interroge : « Madame la Ministre, qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui dans ce pays ? » Puis répond : « Je vais vous le dire ! » À la manière d’un certain Nicolas Sarkozy qui fait sourire dans la salle : « Cela fait des années qu’on alerte et rien ne bouge et tout s’aggrave. Mais c’est au Premier Ministre que je m’adresse. J’ai reçu une lettre, drôle de méthode pour échanger. Et dans ce courrier : une rencontre proposée le 16 novembre sur certains points seulement… Une méthode détestable ! Pas un seul contact avec Sébastien Lecornu depuis le mois de juillet. » François Sauvadet se dit atterré : « On nous propose des mesures qui sont un foutage de gueule. »

Il poursuit sa lecture de la lettre du Premier Ministre à l’ensemble des présidents des départements : « L’effort demandé aux collectivités est quatre fois plus modéré que celui que s’impose l’Etat », avant cette question : « Quels efforts d’économie de la part du Gouvernement sur le fonctionnement de l’Etat en deux ans ? » L’applaudimètre sature.

Pour le Président de Départements de France, prélever exagérément les Départements c’est une injustice, pire une faute politique. Plus tard, évoquant le fameux mille-feuille territorial, il affirme : « Le mille-feuille en France n’est pas territorial, il est administratif ! Et c’est celui-ci qui coûte cher à la France. On a des procédures pour tout et des solutions pour rien. La norme est devenue une drogue dure. »

Agenda oblige, François Sauvadet y va de son message aux candidats à la présidentielle : « Vous allez poser devant des collèges que nous avons rénovés, vous allez parcourir des routes que nous entretenons, vous allez visiter des SDIS que nous équipons, vous allez croiser des personnes âgées ou handicapées que nous aidons… Partout où vous irez, vous constaterez l’action des Départements. Aucun Département n’acceptera d’être le fusible d’un projet national écrit sans nous. »

Une réforme s’impose. Que l’Etat commence à faire mieux avec moins. Au terme de son intervention, François Sauvadet esquisse le crédo des Départements : « Nous croyons que la République n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle est à portée de nos compatriotes, comme le sont les communes et les départements. C’est ce Pacte de Reims, c’est ce que nous voulons pour la France. »

« Je ne ferme pas ma gueule », parole de ministre

« Je suis très heureuse d’être ici aujourd’hui. » Après plus de deux heures d’invectives des intervenants contre le Gouvernement, Françoise Gatel, Ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, s’en prend aux thuriféraires des départements, principalement à Jean-Léonce Dupont : « Il y a des mots qui sont très difficiles à entendre. Je ne démissionne pas et je ne ferme pas ma gueule. Je ne peux pas non plus laisser dire que le Premier Ministre n’aurait pas osé venir ici aujourd’hui. »

Françoise Gatel rappelle l’invitation du 16 novembre et précise : « D’ici à cette date, il nous appartient à tous d’améliorer la copie du projet de budget, dans le respect et le dialogue. » Regrettant cinq décennies de gouvernements ayant tous joué trop facilement la cigale de la fable, la Ministre confesse « la nécessité pour l’Etat de lâcher ce qu’il fait mal » et conclut sur l’urgence : « Qui ose imaginer une campagne présidentielle sans budget ? »

Voir la suite de l’article : « Ce que nous voulons pour la France » : résolution à l’attention des candidats à la présidentielle de 2027