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130e année

Le Département de la Marne contraint à nouveau de financer le fret ferroviaire

Logistique. Dernière séance avant les vacances d’été pour le Conseil départemental de la Marne, un programme léger, à l’exception du sauvetage provisoire de deux lignes du réseau capillaire ferroviaire de fret nécessitant un engagement de 13 millions d’euros.

Le Département de la Marne contraint à nouveau de financer le fret ferroviaire
Christian Bruyen : « Les signaux envoyés par le Gouvernement me laissent interrogatif. » (Crédit : G. Delenclos)

C’est un Président aussi sceptique qu’optimiste qui ouvre les débats de cette session d’été d’un Département toujours aussi studieux et encore plus droit dans ses bottes, loin de l’impatience d’enfiler ses tongs à deux pas de la plage méritée. Sceptique Christian Bruyen ? Disons, un léger ton au-dessous, dubitatif ! « Mes chers collègues, au lendemain des élections, les premiers signaux envoyés par le Gouvernement laisse… interrogatif ».

Et, en introduction des devoirs de vacances de l’exécutif national, ce petit rappel : « Oui, c’est une évidence, le Département contribue largement à un aménagement équilibré du territoire, reconnaissant le rôle des entités urbaines mais prenant en compte les difficultés que vivent les ruralités. Il est aussi un atout formidable pour la France ». Dans le millefeuille français, la crème serait-elle le Département ?

Un Département qui paie sans être consulté

Une crème laissée pour compte par un Gouvernement en quête de régime amaigrissant après le « Quoi qu’il en coûte » ? Le plaidoyer de Christian Bruyen le laisse entendre clairement : « L’Etat décide sans nous consulter ». Et le Département devra payer. La preuve : les revalorisations des salaires des professions de l’aide à domicile, la hausse de 3,5% du point d’indice des fonctionnaires, la hausse de 4% du RSA. Une quasi-litanie qui déclenche cette question du Président Bruyen : « Elle est où la valorisation du travail ? ». L’optimisme boucle cependant le propos introductif : « Je reste fondamentalement optimiste ». Avec cette perspective : « Le Président de la République saura enfin reconstruire avec les collectivités locales ce pacte de confiance sur lequel il s’était engagé en 2017 ».


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Dans un ordre du jour relativement léger, les conseillers départementaux attribuent 0,9 M€ de subventions d’investissement aux douze collèges privés (systèmes de sécurité, services de restauration, salles de musique ou polyvalentes, réhabilitations d’installations diverses…), adoptent le règlement intérieur départemental des transports des élèves et étudiants handicapés ou approuvent l’aide à la création (80 000 euros) d’un Réseau Artistique Numérique Départemental. Différents projets d’aménagement du territoire (extension de l’école Val de Vesle, école primaire de Fère-Champenoise, pôle scolaire de Tinqueux et construction d’un groupe scolaire à Bezannes) bénéficient de 2,7 M€ de la part du Département dans une enveloppe globale prévisionnelle (Etat et Région notamment) de près de 19 M€.

75 M€ pour la modernisation du réseau de fret ferroviaire

Deux lignes du réseau capillaire de fret ferroviaire de la Marne, Coolus-Luyères et Oiry-Esternay, sont menacées, faute de travaux, de fermeture d’ici à fin 2022. Pour le Département de la Marne, la première citée présente « un véritable intérêt stratégique pour notre territoire et offre des potentialités de développement puisqu’elle relie notamment la plateforme aéroportuaire de Vatry qui s’inscrit dans une démarche de croissance ». Le coût global des travaux sur cette ligne est estimé à 45,9 M€. Il est partagé par l’Etat (45%), le Grand Est (27,5 %), le Département de l’Aube (12,5%), le Département de la Marne (12,5%) et les EPCI (2,5%). La Marne prend donc en charge 5,7 M€, pour une pérennité estimée à dix ans.

Les travaux sur la ligne Oiry-Esternay sont estimés par SNCF Réseau à 29,2 M€, pour une pérennité à cinq ans, avec un financement partagé par l’Etat (45%), la Région (27,5%), les EPCI (2,5%) et le Département de la Marne (25%). Pour ces deux chantiers d’un coût global de 75 M€, le Département de la Marne assure 17,3% de l’investissement, soit près de 13 M€ qui seront inscrits dans les autorisations de programme de la prochaine décision modificative de la Marne.

Ce n’est pas la première fois que le Département de la Marne finance des travaux de ce genre. Le contexte dépasse d’ailleurs le département pour s’étendre à toute la région Grand Est, première région française pour l’importance de son réseau capillaire ferroviaire fret. Le Grand Est en totalise aujourd’hui plus de 450 km, soit 15% du réseau national. La Région a subi, depuis 2015, la fermeture de 170 km de lignes de ce type. La guerre des nerfs est ouverte entre le Grand Est et SNCF qui annonce un montant de travaux de l’ordre de 289 M€ sur ce réseau, montant contesté par la Région. Devant ce que le Conseil départemental évalue comme une faillite, le conseiller départemental Julien Valentin évoque une situation qui fait remettre des camions sur la route, faute de trains. Charles de Courson interroge : « Quel avenir pour le fret SNCF ? ». Le président Bruyen en rajoute : « Une attitude scandaleuse de la SNCF, ou vous mettez du fric, ou on ferme la ligne ». Et cependant, tous disent l’intérêt de garantir la pérennité de ces lignes.

Gérard Delenclos