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130e année

Des débats houleux lors de la session du Conseil Régional pour le budget 2022

Budget. Les débats de la dernière session du Conseil régional ont duré un peu moins de quinze heures, timing nécessaire à l’examen de la vingtaine de dossiers étudiés, dont le Budget Primitif 2022 et le Contrat de Plan Etat Région. Est-ce la proximité de la prochaine élection présidentielle ? Il semblerait bien que certains conseillers en aient profité pour se défouler plus que de coutume.

Jean Rottner, Président de la Région Grand Est a été la cible privilégiée de ses collègues du Conseil Régional lors du vote du budget. DR

Du budget primitif 2022, voté par la Région, nous avons tout dit ou presque dans notre édition du 24 janvier, quant aux conditions et à l’ambiance des 14 heures et 50 minutes de séance, beau record, force est de les évoquer à présent. Malgré un contexte national de campagne présidentielle, avec les mots indélicats frisant souvent la diffamation et des demandes à tour de bras de suspensions de séances, pas mal pour une session en distanciel, la politique régionale a cependant surnagé.

L’enjeu, 3 534 M€ pour le BP et 4 836 M€ pour le CPER 2021-2027 méritait vraisemblablement toute la patience du Président et le respect du mandat pour les élus bouillonnants. Les querelles dans ce genre de situation débutent toujours dans le prélude que sont les interventions liminaires des Présidents des groupes politiques. Visé par un article du Canard Enchaîné évoquant son ralliement à Valérie Pécresse et des menaces élyséennes de rétorsion du style Grand Est démembré et Brexit Alsace, Jean Rottner, regrettant par avance « Les débats qui sont ceux de la Nation et pas ceux de la Région », lâche : « Je sais que pour beaucoup d’entre vous je vais être une cible de choix ».

Le défoulement des présidents de l’opposition

Le pronostic se vérifie avec Laurent Jacobelli qui ne fait pas dans la dentelle en évoquant les dépenses de communication : « Vous vous êtes servi de cette Région pour en faire l’otage de votre promotion ». Le Président du groupe RN insiste en visant le supputé candidat ministre : « Apparemment la fonction de Président ne vous intéresse plus ». Son final est à la hauteur : « Vous avez trahi l’Alsace » avec cette menace claire : « Si Macron repasse ou si Marine Le Pen est élue l’Alsace retrouvera sa liberté ». Christophe Choserot au sortir d’un hommage évident à la politique gouvernementale fait cette remarque destinée à Jean Rottner : « Vous avez les moyens et les marges financières, mais vous sous-investissez dans les politiques stratégiques. Vous ne tenez pas votre rôle de stratège ».

Cependant, le Président des Centristes et Territoires reconnaît à la Majorité ses efforts en matière d’écologie et de transition énergétique, avant de conclure fustigeant le manque d’ambition du budget : « Notre région n’est et ne sera jamais une grande région européenne ». Eliane Romani, au nom des Ecologistes, s’en prend aux belles phrases et aux beaux discours sur l’écologie, sans aucune action dans l’ensemble des rapports présentés : « Vous nous proposez un budget suiviste qui se contente d’obéir aux ordres du Gouvernement ». Pour son groupe, ce budget est une déception qui ne parle que d’urgence. « Vous n’aimez pas les débats des séances plénières », ainsi débute l’intervention de Michaël Weber, lequel s’interroge sur la nécessité d’une seule journée pour tant de dossiers.

« Je sais que pour beaucoup d’entre vous je vais être une cible de choix »

Le Président de La Gauche Solidaire et Ecologiste regrette le manque de solidarité dans le budget : « Où sont vos préoccupations pour le pouvoir d’achat ? », avant d’ironiser à son tour : « Votre regard est désormais tournée vers Paris, avec le Grand Est comme faire-valoir ». C’est une Valérie Debord, affaiblie et qui quittera la salle de la Maison de la Région de Strasbourg quelques minutes plus tard, Covid apprend-on par la suite, qui clôt pour la Majorité Les Républicains, Centristes et Indépendants ces propos liminaires des Présidents de groupes. Reprenant, très critique, les affirmations de Laurent Jacobelli et d’Eliane Romani, elle martèle : « Nous sommes à l’écoute des citoyens, qu’il s’agisse de l’écologie ou de l’emploi … Vous ne voulez pas construire … Ce qui serait bien, c’est de vous mettre au travail ».

Des mots parmi d’autres en oubliant certaines outrances

Pour le reste et la vingtaine de dossiers abordés, nous n’entrerons pas dans les détails de ces quasiment quinze heures de débats qui ont permis aux habitués de l’exercice comme aux néophytes de se défouler. Mais comment résister aux mots des uns et des autres, assumés ou regrettés. Les voici, dans le strict respect de leur anonymat. Du côté des déclarations attendues, on citera celles-ci : « Le Grand Est mérite mieux que vos postures », « Plantez des caméras de sécurité plutôt que des troènes », « Monsieur, vous êtes un cancre », « Vous êtes une contrefaçon », « Vous mentez en prospérant sur la peur », « Vous êtes un triste Cassandre », « Vous n’êtes qu’un petit maire, un roquet », « Vous êtes déconnecté de la vie réelle », « Nous sommes contraints de subir votre logorrhée », « Vous êtes là pour choisir la couleur des trains », « Prudence, le quoi qu’il en coûte, les Régions vont le payer demain » ou encore « La sécurité c’est la première des libertés ».

Dans le style respectueux : « J’ai beaucoup à apprendre de vous, surtout en matière de mauvaise foi », « Vous avez la monomanie de la transition écologique », « Se déplacer n’est pas un gros mot », « Nous avons la mobilité heureuse et travailleuse », « L’Ecole de la 2e chance, en attendant celle de la 3e chance ? ». Et dans l’impertinence, l’inattendu, ou le saugrenu, cette dernière livraison : « Rendez l’Alsace », « À quoi servez-vous ? », « Vous ripolinez au vert », « Jean Rottner, le fils naturel de Yannick Jadot », « Vous faites les poches des familles », « Entassez des gens dans les trains, c’est mettre en danger la vie d’autrui », « Les Ardennes avant la Tanzanie », « Extrême droite ? Vous insultez le RN », « RN ou FN, vous êtes un affront national », « Vous nous présentez un budget obèse et indigeste, mais c’est vrai, vous n’êtes pas nutritionniste ». Et pour les perles, sans qu’elles fassent rire tout le monde : « Inch’allah ! », « Vous faites un monologue solitaire » ou cette dernière : « Pas de foie gras, pas de steak, mais des pastèques à volonté ».

Rien d’exhaustif dans tout cela et chacun se reconnaîtra. Dans les joies des assemblées en visioconférences, nous ajouterons les pannes d’images et de son, les abstentions d’alerte pour expliquer que l’on aurait pu voter pour ou contre, les suspensions de séance de trois secondes, ces locutions, pièges à l’oral, comme l’éco-incitativité ou la réinternationalisation. Et pour finir, cette reproduction d’une fausse une « Tintin à Madagascar », en arrière-plan du bureau d’une conseillère. Caméra indiscrète oblige. « Il est 23 h 15, annonce Jean Rottner, je vous souhaite une bonne soirée et à bientôt ». 27 janvier 2022. Dans trois-quarts d’heure, le Président, né la même année que Valérie Pécresse, aura 55 ans. Une journée longue d’avant anniversaire.

Gérard Delenclos