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130e année

VitiBot veut continuer à accélérer

Viticulture. Spécialiste française de la robotique viticole, l’entreprise rémoise marque déjà la Champagne et les autres terroirs de son empreinte décarbonée mais veut aller encore plus loin.

VitiBot veut continuer à accélérer
Bakus dispose d’une dizaine d’heures d’autonomie et des outillages permettant d’effectuer tous les travaux de la vigne. (Crédit : VitiBot)

Que de chemin parcouru depuis la création de VitiBot ! Fondée par Dominique Bache, viticulteur aubois et son fils Cédric, ingénieur en robotique, la jeune entreprise a pris vie en 2016 dans une maison châlonnaise, où se tassaient, dans chaque pièce, jeunes ingénieurs et stagiaires. Un esprit start-up un peu artisanal qui a néanmoins permis à l’entreprise de sortir son premier enjambeur trois ans plus tard, après un déménagement en 2018 dans un bâtiment de la zone Farman plus adapté à la production industrielle.

D’une demi-douzaine de salariés à sa création, VitiBot a vu ses effectifs passer à cinquante personnes en 2022, réparties entre le bureau d’études et les ateliers rémois, « une belle implantation dont on est relativement fiers », souligne Bernard Boxho, Directeur général délégué de VitiBot. Grâce à deux levées de fonds, pour un total de 11 M€, en 2018 et 2019, l’entreprise dispose aujourd’hui d’une force de frappe industrielle lui permettant de s’imposer sur le marché de l’enjambeur 100% électrique et autonome. Malgré la période du Covid qui a compliqué la sortie du Bakus, l’année 2020 aura été celle de la consolidation du projet avec une centaine de démonstrations réalisées un peu partout dans l’Hexagone. « En 2021 nous sommes allés à l’étranger, notamment en Italie », explique Bernard Boxho.

« Bakus a alors commencé à interpeller le monde européen de la viticulture ». Pour accompagner ses clients au plus près sur le terrain dans le bordelais et le cognaçais, VitiBot a également créé un établissement secondaire à Bordeaux. « Plusieurs distributeurs sont venus frapper à notre porte, en particuliers dans le Val de Loire et aujourd’hui, il s’agit d’une des régions où nous avons le plus de machines en fonctionnement. Une dizaine de distributeurs assurent notre commercialisation un peu partout en France ». A la fois robuste et issu d’un concentré de technologie (capteurs, antennes wi-fi, GPS...), Bakus est une prouesse marnaise, conçue à 100% par les équipes de VitiBot qui fait la part belle à la production française voire même locale. Tandis que les équipes des bureaux d’études réalisent les programmes des différentes fonctionnalités, les batteries sont produites en Nouvelle-Aquitaine.

100% électrique et autonome

« Les pièces de fonderie viennent des Ardennes, et pour la mécanosoudure, nous travaillons avec le même partenaire depuis le début, qui est une entreprise de Sainte-Menehould. Au total, plus de 80% de la valeur matière vient de France et l’assemblage est entièrement réalisé dans nos ateliers ». Rognage, prétaillage, effeuillage, désherbage… VitiBot propose aux viticulteurs de réaliser de nombreux travaux de la vigne grâce à un enjambeur 100% électrique et autonome, dont le pilotage se fait grâce à un smartphone dédié. La machine de deux tonnes se déplace à une vitesse maximale de 6km/h pour 10 heures d’autonomie et dispose de dispositifs spécifiques destinés à assurer la sécurité des utilisateurs et la qualité du travail de la vigne.


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« Nous avons pour vocation d’offrir à notre clientèle une plateforme avec l’ensemble des outils nécessaires pour proposer tous les travaux de la vigne », note le Directeur général délégué. « Bakus est aussi équipé de nombreux capteurs, qui permettent notamment le travail en douceur sous le rang sans blesser les ceps de vignes, avec une grande rectitude et une régularité du travail ». Un outil qui a un prix (180 000 euros tout équipé, prix public) et qui permet à son propriétaire de bénéficier d’un suivi en temps réel de son activité et de sa maintenance, en direct depuis le centre de contrôle basé dans l’atelier rémois.

Echanges de savoir-faire

« Notre ambition c’est la réussite du projet », précise Bernard Boxho. Une raison pour laquelle l’entreprise a décidé, en accord avec ses investisseurs historiques (les Maisons de Champagne Rœderer, Martell Mumm Perrier-Jouët, Laurent-Perrier, Piper-Heidsieck et Charles Heidsieck) de s’adosser à un partenaire pour réaliser des synergies commerciales et industrielles. C’est ainsi qu’à l’été 2022, VitiBot s’est rapprochée du groupe Same Deutz Fahr (SDF), qui est l’un des principaux constructeurs mondiaux de tracteurs, de machines à vendanger et de moteurs thermiques et un leader reconnu dans le domaine de l’agriculture spécialisée.

« Le groupe Same a trouvé chez nous un savoir-faire qui pourra lui permettre d’accompagner ses produits vers l’électrification, la conduite autonome et le pilotage de flotte de tracteurs, grâce à des équipes de collaborateurs hautement qualifiés », précise Bernard Boxho. Un rapprochement synonyme d’accélérateur en matière d’innovation pour SDF Group et qui va générer des synergies significatives pour les deux activités complémentaires. L’opération devrait aussi assurer à VitiBot une consolidation de sa position en tant que leader de la robotique viticole. Au sein du groupe SDF, VitiBot gardera d’ailleurs sa pleine autonomie en matière de développement technique, industriel et commercial et les investisseurs historiques de l’entreprise restent actionnaires et membres du Comité Stratégique, pour continuer à accompagner l’entreprise dans la suite du projet.

Devenir une licorne locale

Et pour continuer à assurer la production (deux Bakus sortent du site de production rémois chaque semaine après 220 heures d’assemblage ) l’entreprise recrute, encore et toujours. Si elle a pris l’habitude d’embaucher bon nombre de ses stagiaires en CDI dès la fin de leurs études, elle reste toujours en recherche de plusieurs postes hautement qualifiés (ingénieurs et techniciens) à pourvoir immédiatement.

A ce jour, VitiBot a distribué plus de 50 machines, présentes partout en France, en Italie et bientôt en Espagne. « Nous avons aussi une machine en Slovaquie, une en essai aux Etats-Unis. Bakus sera même présenté au FIRA (Forum international de la robotique agricole) aux Etats-Unis juste après le salon Viti Vini, fin octobre ». Et les ambitions restent élevées puisque l’entreprise rémoise compte doubler sa production comme ses effectifs d’ici fin 2023. « Notre enjeu du moment c’est de définir comment faire en sorte de poursuivre l’aventure à Reims tout en montant en puissance en tant que centre de compétence et centre de services. Avec un objectif : devenir une vraie licorne locale ».

Benjamin Busson