Symbole des luttes sociales, le 1er mai plonge ses racines dans l’histoire ouvrière américaine. En 1884, des syndicats appellent à la mobilisation pour imposer la journée de huit heures. De l’autre côté de l’Atlantique, la France s’approprie progressivement cette revendication : en avril 1919, le Parlement entérine cette avancée majeure et consacre le 1er mai comme journée chômée. Instituée Fête du Travail en 1941 et supprimée à la Libération, la mesure est définitivement inscrite dans le droit en 1948 comme jour férié, chômé et payé. Depuis, le 1er mai s’est imposé comme un acquis social majeur. Mais voilà que la réalité vient pourtant rattraper cette date sanctuarisée. Tandis que les cortèges défilent – souvent en famille – des vendeurs éphémères de muguet jalonnent les rues offrant à chacun une promesse de bonheur. Or, les fleuristes dénoncent une concurrence déloyale et revendiquent le droit d’ouvrir leur commerce. Aux fleuristes, s’ajoutent les boulangers et pâtissiers. Ainsi, dans une société dominée par le réflexe de consommation, l’idée même d’une journée sans commerce semble devenue difficilement acceptable... Les professionnels invoquent eux, la liberté de travailler, notamment dans un contexte économique compliqué. Mais à ouvrir la boîte de Pandore, à vouloir calmer les revendications des uns, on peut être certain que d’autres s’engouffreront dans la brèche, balayant du même coup, des années de lutte pour les droits des salariés. Face à ces contradictions, le gouvernement avance prudemment et faute de temps pour légiférer en profondeur, il envisage des ajustements sous forme de dérogations ciblées. Car la règle est stricte : employer un salarié sans autorisation ce jour-là coûte une amende de 750 euros infligée par… d’autres travailleurs mobilisés le 1er mai, les inspecteurs du travail.