Comme l’explique le spécialiste de la géopolitique Bruno Tertrais en page 3 de ce numéro, le Monde retrouve en partie ce qui a pu l’animer lors des siècles précédents, à savoir la compétition entre les grandes puissances. Et si en première ligne des conflits mondiaux actuels on trouve toujours les Etats-Unis et la Russie, la puissance chinoise qui a surgi ces dernières décennies marque la planète de son empreinte économique.
Un pouvoir grandement visible dans notre quotidien avec l’avènement des sites de e-commerce et plus récemment le déferlement des véhicules électriques chinois dans les rues européennes. Mais l’affaire Mbappé qui a secoué la planète la semaine dernière symbolise bien plus cette puissance que les dizaines de milliers de petits colis amassés dans les espaces de stockage de nos aéroports.
En associant le nom de Mao au qualificatif de « dictateur » dans une vidéo a priori anodine, le capitaine de l’équipe de France s’est attiré les foudres de la diplomatie chinoise, entraînant une foule de réactions en chaîne, de la remise en cause de ses contrats de sponsoring avec des marques chinoises à l’annulation de la diffusion des matches du championnat espagnol à la télévision chinoise. Le joueur a même vu certaines marques de luxe françaises faire disparaître son image ou son nom de campagnes de publicité sur le sol chinois.
Un séisme économique qui prouve qu’un pays est capable, par sa seule volonté de faire jouer sa puissance économique et diplomatique, de faire plier n’importe quelle institution, même pour faire taire une vérité pourtant historiquement admise, si l’on en juge par le bilan humain du régime du dirigeant, estimé entre 50 et 70 millions de morts.