Après la fin du tabou sur le nucléaire - mettant un terme à des années de déni écologiste sur la nécessité de produire une énergie décarbonée en masse - la France serait-elle en passe de mettre aussi fin au tabou de la production de matériel militaire ?
Il semblerait que oui. Avec le début de la guerre en Ukraine en février 2022, la triste actualité géopolitique nous a rappelé que nul n’est à l’abri d’un conflit de grande ampleur, pas même l’Europe qui pensait pourtant avoir définitivement tourné la page des guerres après les deux catastrophes meurtrières de 14-18 et 39-45. Depuis quatre ans maintenant, les centaines de milliers de morts aux portes de l’Europe (le Center for Strategic and International Studies estime que le conflit a fait deux millions de morts, blessés et disparus dans les deux camps dont près de 450 000 morts russes et 125 000 ukrainiens) nous ramènent à la réalité.
Résultat, quand l’industrie militaire était jusqu’alors encore cantonnée en France à quelques grands groupes, de nombreux sous-traitants préférant jouer la carte de la discrétion quant à leur implication dans ce secteur d’activité, les mentalités semblent évoluer. Pour preuve, la décision de Renault de s’engager dans la production de drones en début d’année. Plus récemment, Valeo et Forvia, deux grands équipementiers automobiles français, ont eux aussi annoncé avoir noué des partenariats avec des entreprises spécialisées pour assurer la fabrication de drones à destination militaire.
Sans grande surprise ces annonces ont fait bondir certains syndicats chez Renault, opposés à cette nouvelle orientation. Si ces derniers ignorent sans doute ce qui se joue du côté de Kiev, peut-être devront-ils aussi prendre conscience rapidement des difficultés croissantes du secteur automobile européen.