Humeur

Fracture continentale

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Benjamin Busson
Benjamin Busson.

Ça n’est pas vraiment nouveau mais l’Europe cristallise régulièrement les mécontentements auprès des populations de différents pays, accusée d’être à l’origine de nombreux maux. Bureaucratie excessive, déconnexion de la réalité des citoyens, lourdeurs normatives... Parfois exagérés, ces reproches sont aussi une manière pour les dirigeants politiques des différents pays comme pour leurs opposants d’ailleurs, de désigner un bouc émissaire quand tout va mal : emploi, immigration, concurrence...

Mais il faut aussi reconnaître que les institutions européennes font preuve d’une extraordinaire capacité à se rendre impopulaires. Dernier exemple en date avec la décision d’appliquer provisoirement l’accord avec le Mercosur malgré le vote inverse acté par le Parlement. Tout un symbole puisque cela confirme la prédominance de la Commission (dont les 27 représentants sont nommés par leurs gouvernements) sur le Parlement qui, rappelons-le est, lui, élu au suffrage universel direct. Cette décision représente aussi la victoire des manoeuvres égoïstes en coulisses puisqu’elle satisfait les Allemands comme les Espagnols, favorables au Mercosur les premiers désireux de relancer leur industrie à la peine, les seconds y voyant l’entretien des bonnes relations historiques avec l’Amérique du Sud et une manière de promouvoir leur vin et leur huile d’olive... Pour la solidarité européenne, on repassera. A ce petit jeu, les agriculteurs français se sentent bernés, lésés, floués, et il y a de quoi !

Si la Commission avait voulu faire le jeu des populistes, elle n’aurait pas agi autrement. Mais s’en soucie-t-elle vraiment ?