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129e année

Montpellier : l’hôtel de Belleval

Un été en France. La Fondation d’entreprise GGL Helenis vient de frapper fort en rouvrant au public l’hôtel Richer de Belleval. Rénové, celui-ci abrite désormais un espace d’exposition, un restaurant gastronomique, un restaurant bistronomique et un hôtel Relais & Châteaux 5 étoiles.

Abandonné durant des dizaines d’années, la fondation a fait restaurer l’hôtel Richer de Belleval durant quatre ans par l’Atelier d’architecture Philippe Prost (l’Atelier de Ricou étant chargé de restaurer certains plafonds) et y a installé des œuvres d’art pérennes, sous la direction artistique de Numa Hambursin.

Un peu d’histoire

Niché sur la place de la Canourgue à Montpellier, l’hôtel Richer de Belleval fut érigé au XIIe siècle. Il fut successivement la propriété de Guilhem VI, seigneur de Montpellier, de Charles de Boulhaco, conseiller à la cour des comptes, puis de Pierre Richer de Belleval, botaniste qui recréa le jardin des Plantes de Montpellier et médecin d’Henri IV. De 1816 à 1975, l’édifice abrita l’hôtel de ville de Montpellier, avant de devenir une antenne du palais de justice jusqu’en 2010, puis d’être laissé à l’abandon.

Un palais aux multiples facettes

L’hôtel Richer de Belleval rénové accueille en son sein un espace d’expositions temporaires de prestige animé par la fondation GGL Helenis (promoteur immobilier). Deux à trois fois par an, des expositions d’illustres artistes contemporains nationaux et internationaux s’y tiendront. Des conférences pourraient également y être organisées. La première exposition temporaire est consacrée à l’Américain Jim Dine, qui a également créé une œuvre en céramique composée de 105 cœurs apposés sur le plafond du hall d’entrée, intitulée Faire danser le plafond.

Côté gastronomie, des chefs étoilés ont investi le rez-de-chaussée et proposent une trentaine de couverts dans un décor luxueux, aux plafonds restaurés par l’Atelier de Ricou. La clientèle est accueillie par le plafond contemporain Prima Materia réalisé à l’encre par l’artiste montpelliérain Abdelkader Benchamma. Evoquant les 4 éléments – terre, eau, feu, air –, cette œuvre s’étale en majesté sur une voûte. Et l’ancienne salle des mariages, avec son puits de lumière somptueusement enrichi par une œuvre composée de milliers d’élytres de scarabées créée par Jan Fabre, accueille quelques tables à destination bistronomique.

Enfin, un hôtel 5 étoiles Relais & Châteaux de 16 chambres et 4 suites décorées par le créateur d’ambiances Christian Collot complète cet ensemble raffiné et de très haut standing. « L’art de l’émotion » prôné par le directeur artistique Numa Hambursin est pleinement à l’œuvre dans de nombreux points de la bâtisse, et s’harmonise superbement avec l’architecture. Le pari d’inscrire les œuvres pérennes dans l’histoire de cet édifice est tenu.

Visite des lieux

L’Hommage à Un esprit libre, de Jan Fabre, est sans doute l’œuvre la plus spectaculaire de l’hôtel. Située dans le lanternon, véritable puits de lumière du salon à l’italienne, elle retrace en relief l’histoire de Montpellier. Son panneau principal, serti de milliers d’élytres de scarabées aux reflets chatoyants, représente deux immenses phœnix tenant un serpent dans leurs serres. Il symbolise la renaissance de Montpellier après une longue période de peste, mais aussi la renaissance de l’hôtel Richer de Belleval. Les quatre autres panneaux symbolisent respectivement la médecine, l’histoire de Montpellier, l’ancienne destination du lieu, qui servait de salle des mariages, et Guilhem VI, qui fit bâtir l’édifice. Jan Fabre a offert 16 dessins préparatoires à la fondation. Ils sont exposés dans ce salon-bar bistronomique appelé à devenir le lieu « branché » de Montpellier.

L’hôtel Richer de Belleval croque la pomme avec délice grâce au plafond peint par Marlène Mocquet, agrémenté de hérons sculptés, perchés près des corniches. Une œuvre à regarder avec des jumelles (fournies) tant elle se situe en hauteur, et joliment intitulée Longue-vue. « Marlène Mocquet est l’une des meilleures artistes de sa génération », selon Numa Hambursin. Pour créer cette œuvre rappelant l’atmosphère des contes de notre enfance, l’artiste s’est inspirée des planches de botanique de Richer de Belleval, de la faune occitane mais aussi d’un dessert qui a fait les beaux jours des frères Pourcel, la Pink Lady pomme d’amour. Posées sur la corniche, des piles de pommes sculptées sont une grande tentation pour de petits animaux : écureuils, pigeons, colombes… Son œuvre cohabite harmonieusement et joyeusement avec les bustes de César.

« Olympe Racana-Weiler s’attelle ici à la question de l’abstraction à travers des recherches sur la couleur à l’acrylique et à la bombe »

Les murs et plafond du boudoir qui relie les chambres de l’hôtel 5 étoiles Relais & Châteaux ont été magnifiés par Olympe Racana-Weiler. Des effets de matière, de all-over mais aussi quelques manques signent la présence de l’artiste peintre trentenaire dans cette œuvre immersive aux couleurs vives, envisagée comme une caverne où l’on trouverait des peintures pariétales.
« Chouchou des critiques d’art parisiens, espoir de la peinture française, Olympe Racana-Weiler s’attelle ici à la question de l’abstraction à travers des recherches sur la couleur à l’acrylique et à la bombe », analyse Numa Hambursin.

Le patio et sa verrière agrémentée de lustres à l’ancienne mènent à l’espace d’exposition de la fondation GGL Helenis. L’exposition d’ouverture, consacrée à Jim Dine, s’y tient jusqu’au 4 décembre 2021. Agencée par l’artiste lui-même, « elle synthétise une vie de recherche, le parcours de cet artiste jusqu’à son œuvre magistrale, qui figure dans le hall d’entrée », indique Numa Hambursin. On y retrouve le motif récurrent du cœur, mais aussi des Vénus. Des gravures, tableaux et sculptures, comme la superbe Love and grief. Cet artiste fondateur du pop art avec Andy Warhol et Roy Lichtenstein a fait sien le motif du cœur et travaillé sur le néo¬classicisme, là où d’autres s’intéressaient à la société de consommation et à la culture pop.

Virginie Moreau pour RésoHebdoEco