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129e année

Avenue de Champagne, l’écrin du roi des vins

Champagne. Inscrite depuis 2015 sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO dans la catégorie “Paysage culturel évolutif vivant”, l’Avenue de Champagne d’Épernay offre chaque année de plus en plus de (bonnes) raisons de s’y rendre.

Successivement baptisée Boulevard des Folies (architecturales) puis Rue du Commerce, l’Avenue de Champagne d’Épernay est aujourd’hui la voie la plus prestigieuse de la ville d’Épernay, Capitale du Champagne. Sous son kilomètre de voie pavée, rénovée entre 2006 et 2008, s’étendent 110 km de caves où sommeillent et s’affinent plus de 200 millions de bouteilles du précieux nectar effervescent. De quoi faire d’elle l’Avenue la plus riche du monde, par son sous-sol !

Un peu d’histoire...

Dès la fin du XVIIème siècle, les premières caves ont été creusées dans la craie, sous cette avenue. Un siècle plus tard, la plupart des pionniers viendront s’y installer. La première maison de Champagne d’Épernay est fondée en 1729 par un certain Nicolas Ruinart, marchand drapier, qui tente l’expérience de la production des vins mousseux. C’est en 1743 que le premier livre de comptes de la Maison de Champagne Moët & Chandon est ouvert. Les Maisons de champagne ont alors, au cours des siècles suivants, installé leurs bâtiments d’exploitation sur cette avenue, dans un premier temps en raison de la présence de la craie dans le sous-sol permettant de creuser de grandes surfaces de caves sur plusieurs niveaux.

La craie constitue en effet le sous-sol idéal des vignobles, permet de creuser les caves et assure la température et l’humidité constantes nécessaires à la vinification. La durée de stockage des bouteilles de champagne en cave est de 2 à 3 ans pour les cuvées courantes, 4 à 5 ans pour les millésimes voire 6 ans et plus pour les cuvées spéciales.

« Historiquement, les bâtiments techniques se sont implantés du côté sud de l’avenue, là où il était possible de creuser dans la craie. Le côté nord était, quant à lui, plutôt réservé aux folies architecturales, avec les hôtels particuliers que l’on retrouve encore aujourd’hui comme l’Hôtel de ville, le Château Perrier, la Maison Belle époque », souligne Hubert de Billy, directeur commercial et relations publiques du Champagne Pol Roger et président du Comité de l’Avenue de Champagne.

Le passage de la route de Paris à Strasbourg et la voie ferrée à quelques pas de l’avenue contribueront également à faciliter les expéditions et donc l’essor du commerce des Maisons. Pour l’anecdote, les caves du Champagne Mercier sont si larges que la marque Renault y a organisé une course de voitures à l’occasion de la création de la 4 CV en 1950.

Prestige des missions

Année après année, les Maisons de Champagne ont édifié, de part et d’autre de cette avenue devenue emblématique, leurs sièges et parfois leurs sites de production de champagne. « Le champagne est un vin de marque car il est le seul vin à avoir été créé par des commerçants et non pas par des vignerons », rappelle Hubert de Billy. « Cette notion d’image de marque, c’est d’ailleurs la grande différence entre le champagne et les autres vignobles : la création des marques, c’est du commerce. Et l’Avenue de Champagne est la vitrine de ces marques ». Moët & Chandon, Perrier- Jouët, Boizel, de Venoge, Demoiselle- Vranken, Pol Roger, Mercier, De Castellane, Comtesse Lafond, Esterlin pour ne citer que les plus grandes Maisons ou coopératives, sont encore présents sur cette voie historique.

« L’Avenue de Champagne a longtemps été le royaume du Négoce. »

Si certaines ont dû déménager leurs sites de production ou en créer d’autres à quelques kilomètres de la ville pour faire face à leur insolente croissance rencontrée au cours des dernières décennies, toutes ont choisi de rester présentes sur l’Avenue, symbole de leur attachement à la Capitale du Champagne. Mieux encore, depuis sa réfection totale par la Ville en 2008, le site a rencontré un regain d’attractivité. Autrefois réservée aux grandes Maisons, l’avenue est aujourd’hui de plus en plus prisée d’autres acteurs du champagne.

C’est ainsi que le Syndicat Général des Vignerons y a installé son siège dans l’avenue fraîchement rénovée, suivi dans la foulée par d’autres maisons familiales (A. Bergère, Leclerc-Briant, Collard- Picard, Michel Gonet, Elodie D, Richard Janisson, Patrick Boivin, Vincent Testulat…). « L’Avenue de Champagne a longtemps été le royaume du Négoce. Elle s’est démocratisée depuis qu’elle a été refaite et elle s’est ouverte au vignoble pour le plus grand bien de tous, et d’Épernay en particulier », estime le président du Comité de l’Avenue de Champagne.

Classement à l’UNESCO

Visites de caves, dégustations, bars à champagne, boutiques… grâce à la création de plus en plus de prestations au cours de la dernière décennie, l’Avenue est en effet devenue un rendez-vous très prisé des touristes, des amateurs de vin et des gastronomes à la recherche d’une expérience authentique au coeur même de la Champagne. Chaque année, ce sont d’ailleurs plus de 450 000 personnes venues du monde entier qui visitent Épernay et sa célèbre Avenue.

Depuis 1998, elle accueille à la mi-décembre, la manifestation Habits de Lumière (photo) organisée conjointement entre la Ville et le Comité. Un week-end de festivités, défilés, spectacles, sons et lumières, animations, gastronomie, qui a rassemblé 55 000 personnes pour sa dernière édition organisée en 2019, Covid oblige. Reconnue "Site Remarquable du Goût" depuis 1994, l’Avenue a été élevée au rang de patrimoine national. Et depuis juillet 2015, le bien "Coteaux, Maisons et Caves de Champagne" est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO dans la catégorie “Paysage culturel évolutif vivant”.

L’Avenue fait partie des trois sites parmi les plus représentatifs des espaces et du travail de production, d’élaboration et de commercialisation du vin de Champagne. Culturelle, évolutive et vivante, l’Avenue de Champagne ne l’a jamais été autant qu’aujourd’hui…

Benjamin Busson