Jeunes et addictions : Comment mieux les protéger ?
Think Tank. La société de l’immédiateté, une actualité anxiogène et les injonctions contradictoires données aux jeunes favorisent l’usage des substances et des comportements addictifs. Le tabac et l’alcool restent cependant les premiers produits consommés par les jeunes et sont responsables de nombreuses pathologies et morts prématurées en France
Il n’y a pas un jour sans qu’il y ait des informations sur les ravages commis par les substances psychoactives telles que l’alcool, le tabac, le cannabis, la cocaïne et par l’usage des écrans et des réseaux sociaux.
La société de l’immédiateté, une actualité anxiogène et les injonctions contradictoires données aux jeunes favorisent l’usage des substances et des comportements addictifs. Le tabac et l’alcool restent cependant les premiers produits consommés par nos jeunes et sont responsables de nombreuses pathologies et morts prématurées en France. Ils représentent également un coût sociétal très important. Il est donc nécessaire de protéger nos jeunes des incitations à la consommation de produits psychoactifs et des risques liés aux comportements addictifs tels que les jeux et les écrans.
Cette prise de conscience n’est pas nouvelle et des actions de prévention et d’information sont effectuées chaque année mais elles sont confrontées à d’importantes pressions des lobbyistes qui ne souhaitent pas voir leurs gains diminuer et ne se soucient en aucun cas de la santé de nos jeunes et de la population en générale. La première protection mise en place a été la loi Évin qui a montré son efficacité notamment au niveau du tabac par sa dénormalisation.
Le 10 janvier 1991, la loi Évin relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme, établit le principe d’interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif, ainsi que dans les lieux collectifs de transport, interdiction de publicité en faveur du tabac et concernant l’alcool, elle limite fortement le droit de faire de la publicité pour les boissons alcoolisées afin de protéger les jeunes des opérations de marketing. Elle renforce l’interdiction de vente d’alcool et tabac au moins de 18 ans.
Mais en 2009, la loi Bachelot autorise la publicité en faveur de l’alcool sur Internet (à l’exception des sites Internet dédiés aux sports et à ceux ciblant la jeunesse), et en 2015, la loi Évin a, une fois de plus, été assouplie à l’issue d’un intense lobbying viticole, les boissons alcoolisées justifiant d’une appellation de qualité, d’origine et de terroir ou d’un héritage culturel, gastronomique ou régional ne sont plus soumises aux restrictions sur la publicité prévue par la loi Évin.
La loi Évin n’encadre pas les contenus publiés sur les réseaux sociaux. Or sur des milliers de contenus faisant la promotion de l’alcool, « la moitié émanaient d’influenceurs » (selon Addictions France). À l’issue d’un accord en commission mixte paritaire, la « proposition de loi visant à lutter contre les arnaques et les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux » a été définitivement adoptée le 1er juin 2024 au Parlement. Mais les sénateurs se sont vigoureusement opposés à un amendement proposant d’apposer le message « L’abus d’alcool est dangereux pour la santé » sur les contenus des influenceurs, message pourtant visible sur les publicités dans les magazines et les panneaux publicitaires. Cette loi a donc été détricotée par les lobbies pour leur permettre de continuer leur business sans s’occuper de l’impact sur la santé des jeunes.
Une première mesure pour mieux protéger les jeunes serait donc de revenir à une loi Évin plus stricte notamment pour les réseaux sociaux et les influenceurs.
Des actions nationales de prévention comme le mois sans tabac et le Défi de Janvier (Dry january) sont devenus des rendez-vous annuels connus des jeunes adultes qui se sont emparés des outils proposés et des messages. Mais en ce qui concerne le Défi de Janvier, que les jeunes s‘approprient, certains élus parfois poussés par les lobbies de l’alcool et/ou par méconnaissance des mésusages d’alcool, s’autorisent un discours particulièrement virulent contre cet outil de prévention et d’information cependant très utile pour permettre aux jeunes de prendre conscience de la place de l’alcool dans leur vie, des conséquences sur leur santé physique et psychique et des bénéfices à diminuer leur consommation. Il y a une contradiction notoire à voir ces actions de prévention en partie sabotées par les représentants de l’Etat…
On peut se poser la question de l’insuffisance de formation des élus sur la problématique des addictions qui pourtant peut impacter fortement leur ville ou leur région. Certains maires s’impliquent cependant dans la prévention et inscrivent des objectifs sur les conduites addictives dans leur contrat local de santé (2023- 2028), notamment en ce qui concerne la ville de Reims : renforcer les connaissances des jeunes en matière de conduites addictives, renforcer les connaissances de la communauté éducative sur le CBD, renforcer l’accessibilité aux services des CSAPA pour les étudiants, renforcer l’accessibilité financière des aides au sevrage, aménager des zones sans tabac autour des écoles. Ces objectifs sont travaillés avec des partenaires agréés, mais cela reste cependant assez confidentiel. L’implication des maires pourrait être plus importante et plus médiatisée auprès de la population.
Des actions de prévention locales, au plus près des publics concernés, sont portées par des organismes tels qu’Addictions France, les services d’addictologie et de tabacologie hospitaliers et autres structures agréées. Ces actions permettent d’informer les collégiens et lycéens des risques encourus avec les consommations ou les comportements addictifs et de faire connaître les structures de soins. Mais ces actions, financées en partie par l’agence régionale de santé sur appels à projet pluriannuels, restent précaires. Or, la prévention demande de la continuité, du temps et une bonne connaissance du public visé et de son environnement. Elle doit aussi être effectuée par des personnes expérimentées et formées. Il faut donc renforcer la prévention en milieu scolaire par des financements plus pérennes pour permettre aux équipes de prévention d’effectuer un travail de long terme.
Les jeunes doivent être informés mais aussi les parents qui ne savent pas toujours quelles positions ils doivent adopter. Eux aussi subissent des informations contradictoires et les pressions des lobbyistes. Les habitudes sociétales et familiales contribuent également à la persistance de fausses idées. Une information claire et précise doit leur être donnée telle que : pas d’alcool avant 18 ans, pas d’écran avant 3 ans, pas de jeux de grattage et d’argent avant 18 ans, pas d’alcool lors d’une grossesse, par exemple. Des informations sur les risques du cannabis, des cannabinoïdes de synthèse, de la cocaïne et des addictions comportementales doivent aussi être faites auprès des parents souvent mal informés. Pourquoi de ne pas envisager un bus d’information allant dans les villages et villes destiné à informer les parents et jeunes sur la problématique des addictions ?
L’actualité met aussi en avant le narcotrafic et les conséquences d ‘insécurité qu’il entraîne. Si la fermeté est nécessaire pour lutter contre les narcotrafiquants, la politique de la culpabilisation et de la répression des consommateurs est à double tranchant avec un risque de voir nos jeunes avoir du mal à en parler et à accéder aux soins par culpabilité ou peur de la sanction. Il est à noter que la politique du tout répressif depuis des années n’a pas empêché jusqu’à maintenant la progression de la consommation des substances illicites et du narcotrafic. Où en est-on sur la réflexion de la libéralisation encadrée du cannabis ? Nous n’en parlons plus actuellement, submergés par les infos concernant les narcotrafiquants et leur répression alors que cette possibilité doit être abordée et débattue maintenant dans notre société en fonction des expériences des autres pays qui ont franchi le pas.
Nous avons donc tous un rôle à jouer en tant que citoyen dans la lutte contre les addictions des jeunes avec avant tout une cohérence de discours et d’exemplarité et ne pas se laisser influencer par les lobbyistes et narcotrafiquants qui savent toujours inventer de nouveaux produits et discours pour attirer les jeunes. Sur le plan territorial, les élus doivent plus s’impliquer en ayant une bonne connaissance des risques addictifs de leur territoire, avoir une politique de prévention cohérente et sur le long terme en s’aidant des structures de prévention agréées et ils doivent mieux soutenir les campagnes nationales. Ils peuvent également s’engager pour devenir des zones tests d’expériences de prévention innovatrices. Citoyens, parents, élus engageons-nous pour protéger nos jeunes des risques addictifs.