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130e année

Pouvoir d’achat : Zoom sur les propositions des candidats

Politique. Si elle a mis du temps à démarrer et malgré un contexte compliqué, entre pandémie et conflit en Ukraine, la campagne pour les élections présidentielles est désormais bien lancée pour les candidats.

Le Parti Socialiste s’appuie toujours sur la jeunesse et ses Mouvements des Jeunes Socialistes pour livrer campagne... DR

La caravane « du vivre mieux avec Génération Hidalgo », partie le 28 février de Bretagne, était de passage à Reims la semaine dernière, avec pour principal objectif d’inciter les jeunes à voter. Motivés malgré les intentions de votes à un niveau jamais atteint pour le parti socialiste (2% le 17 mars selon l’institut Elabe), la jeune génération défendait les mesures de sa candidate en faveur de la jeunesse et du pouvoir d’achat. « Pour moi, une des principales mesures en faveur de la jeunesse pour lui donner non seulement du pouvoir d’achat mais aussi les moyens d’effectuer des projets et de gagner en autonomie est le versement de 5 000 euros à tous les jeunes à partir de 18 ans », confie Sami Hmissi, étudiant en droit à Paris Assas et conseiller municipal à Vitry-le-François.

« Ce n’est pas un simple chèque, précise-t-il d’emblée, c’est surtout un outil. » Autre mesure d’Anne Hidalgo, pour redonner du pouvoir d’achat aux Français : « augmenter le Smic de 200 euros nets par mois. » Et à la question du financement d’une telle mesure et de l’impact sur les salaires, la réponse fuse : « Tout le programme a été budgétisé, à hauteur de 50 milliards d’euros, financés notamment par l’ISF, la réforme des droits de successions, et grâce à des négociations dans les différents secteurs professionnels », indique Éric Quénard, conseiller municipal de Reims et conseiller régional Grand Est.

Autre mesure évoquée, celle de verser un « minimum jeunesse » de 564 euros par mois sous conditions de revenus. Retrouver du pouvoir d’achat passe aussi par garantir un logement correct et adapté « en réduisant les dépenses pour le logement de 40 à 30% du budget d’un ménage ». Idem pour l’énergie avec une volonté « d’abaisser la TVA sur l’essence à 5,5% ce qui sur un plein actuellement à 2€ le litre, le ferait passer à 1,76€ ».

Repenser la notion même de « pouvoir d’achat »

Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France Insoumise (14% d’intentions de votes au 17 mars) compte aussi bloquer les prix de l’énergie pour répondre à l’urgence du conflit. Mais tout cela s’accompagne d’une volonté de se diriger non seulement vers « une indépendance énergétique » mais également « une sobriété énergétique ». Le « blocage des prix des produits de premières nécessités » est aussi abordé. « Nous développerons les projets alimentaires territoriaux et nous expérimenterons une garantie universelle d’accès à des aliments choisis, premier jalon vers une sécurité sociale de l’alimentation », explique Agnès Guyot, animatrice du groupe LFI de la section de Châlons-en-Champagne.

« Plusieurs secteurs ont vu leurs indices réévalués comme les professions médico-sociales et du secteur de l’éducation nationale »

Une des autres mesures phares est de « plafonner les marges de la grande distribution par un coefficient multiplicateur limité, pour garantir des prix rémunérateurs aux producteurs et des prix accessibles aux consommateurs », poursuit celle qui est aussi conseillère municipale dans la ville préfecture. Mais la France Insoumise tient également à redéfinir la notion de pouvoir d’achat, de manière plus vaste. « Cela repose sur la possibilité donnée par le code du commerce d’encadrer certains prix, comme cela a été fait pour celui des masques et du gel lors de la crise sanitaire ». Ainsi, le pouvoir d’achat n’est plus seulement celui de posséder des choses, mais plus largement celui par exemple, de pouvoir se loger décemment ou se soigner en limitant les dépassements d’honoraires cessé de reculer alors même que « tout le monde n’a pas les moyens de se payer une mutuelle », assure Agnès Guyot.

Poursuite et continuité

Du côté du président de la République, Emmanuel Macron (crédité de 31% au premier tour), qui a attendu 25 jours avant l’élection présidentielle pour présenter devant la presse — et non lors d’un meeting avec des militants — son programme, ses mesures pour favoriser le pouvoir d’achat restent « dans la droite ligne de ce qui a été présenté dans en 2017 », relève Quentin Spooner, coordinateur de la campagne pour la majorité présidentielle. « La revalorisation des minima sociaux, la suppression de la taxe d’habitation, des mesures de baisse d’impôts sur le revenu pour 18 millions de Français et la mise en place de primes… tout cela avait été annoncé et a été fait lors de son mandat. »

Durant les deux ans de la crise sanitaire, les mesures du « quoi qu’il en coûte » ont, de l’avis de la majorité présidentielle, permis de conserver le pouvoir d’achat des Français « en limitant les défaillances d’entreprises et en soutenant les secteurs en souffrance ». « Selon les formats du foyer, en moyenne, le pouvoir d’achat des Français a augmenté de 330 euros par an. » « Plusieurs secteurs ont vu leurs indices réévalués comme les professions médico-sociales et du secteur de l’éducation nationale », juge Quentin Spooner. Sur cinq ans, le taux de chômage a baissé de 9 % à 7,5% et Emmanuel Macron, ambitionne sur un second mandat s’il est élu « d’atteindre le plein emploi ». Concernant l’énergie, la mise en place de mesures permettant de réduire la facture telle que MaPrimeRenov’ sont couplées avec des mesures d’urgence comme celle « d’appliquer une remise de 15 centimes par litre sur tous les carburants pendant quatre mois ».

Au quotidien, après la suppression de la taxe d’habitation, c’est celle de la redevance télé qui est annoncée. Au niveau de l’activité, l’actuel locataire de l’Elysée, souhaite que les bénéficiaires du RSA aient « une obligation de 15 à 20 heures d’activité par semaine » dans l’optique d’une insertion professionnelle, et afin de transformer le dispositif en « revenu d’activité ». L’ensemble des mesures présentées le 17 mars représentent un coût annuel de 50 milliards d’euros, avec des baisses d’impôts à hauteur de 15 milliards. Un programme notamment financé « grâce à la croissance, devant dégager 15 milliards d’euros par an », la réforme des retraites et la réforme de l’assurance-chômage.

Jeanne d’Arc en secours...

Marine le Pen avait choisi Reims le 5 février dernier pour lancer sa campagne, lieu emblématique du sacre de Charles VII mené par Jeanne d’Arc, personnage cher au cœur de la présidente du Rassemblement National. C’est là qu’elle a dévoilé les contours de son programme en matière de pouvoir d’achat et d’énergie notamment. Mesure d’urgence concernant l’énergie : « Baisser la TVA de 20% à 5,5% sur les produits énergétiques (carburants, fioul, gaz et électricité) en tant que biens de première nécessité », a annoncé Marine Le Pen qui est créditée au 17 mars de 18% des intentions de votes.

Toujours concernant le pouvoir d’achat, la présidente du RN compte « permettre aux entreprises une hausse des salaires de 10% (jusqu’à 3 smic) en exonérant cette augmentation de cotisations patronales. » Renationaliser les autoroutes pour baisser de 15% les péages et privatiser l’audiovisuel public pour supprimer les 138 € de redevance sont aussi au programme. Concernant le secteur agricole, le RN reprend les propositions de la FNSEA concernant les mesures de « la ferme à la fourchette » qui imposent de laisser 4% de jachère de terres et qui projette des baisses de rendements de 10% à 15% pour les céréales et l’élevage bovins et porcins. « Pas envisageable dans un tel contexte », juge le Rassemblement National.

Diminution des charges et suppression de fonctionnaires

Quant à Valérie Pécresse, elle se présente comme « la candidate du pouvoir d’achat » avec comme proposition numéro 1 « d’augmenter de 10% le salaire net pour les salaires en dessous de 2 800 € nets par mois ». « Ce qui permet d’augmenter d’environ 500 euros par an un salaire médian », précise Patrick Fostier, référent Ardennes de la campagne de Valérie Pécresse et vice-président Ardenne Métropole. Au programme aussi, la conversion des RTT en salaire pour ceux qui le souhaitent. Valérie Pécresse veut « développer l’intéressement et la participation des salariés pour en faire un dividende salarié ».

Autre mesure en faveur du pouvoir d’achat, mais des seniors cette fois-ci : « La candidate des Républicains propose l’absence de limitation du cumul emploi / retraite qui aujourd’hui, ne doit pas dépasser l’ancienne rémunération », indique Patrick Fostier. Dernière mesure de la candidate aux estimations de vote à 11,5%, « la suppression de toutes les charges et de tous les impôts sur les heures au-delà de 35 heures. » Question financement, toutes ces mesures sont financées par « la volonté de débureaucratiser la France » avec « la suppression de 500 organismes publics, 200 000 poste de fonctionnaires ainsi que l’accélération de la digitalisation des entreprises ».

Nastasia Desanti