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Serge Laurent

« À force de rester, je ne suis plus parti ! »

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Photo de Serge Laurent
Une retraite qui s’annonce active pour Serge Laurent, directeur de Mon Logis depuis 19 ans (Crédits : MBP)

Il devait rester cinq ans, il part au bout de dix-neuf. Directeur général de Mon Logis depuis le 30 juin 2007, Serge Laurent scelle son chapitre du logement social le 30 juin 2026 pour une retraite qui n’en aura que le nom, déjà positionné sur de multiples activités. « Dix-neuf ans à la direction, c’est trop long ! Je l’ai dit à la dernière réunion du personnel. C’est trop long pour tous. Le regard est moins acéré. Une entreprise, c’est bien quand cela bouge à tous les étages. Je pense que la mobilité est une agilité. » Il va continuer d’apporter sa pierre à l’édifice de la société. Plus dans le bâtiment, mais dans la justice, comme conciliateur. « Tout ce qui peut désengorger les tribunaux est bien ! Alors si je peux apporter ma contribution pour éviter que les conflits n’arrivent jusqu’au tribunal… » Puis il se partagera aussi entre sa famille, ses enfants et petits-enfants, la natation et la pétanque. Et, pour ne vraiment pas avoir le temps de s’ennuyer, il retournera à son premier métier, instituteur. « Je donnerai des cours d’alphabétisation comme bénévole dans une association. J’ai été instituteur pour des CE1/CE2 avant et après l’armée ! »

Né à Villefranche-sur-Saône, il suit des études de Droit à Lyon 3 puis entre dans la filiale crédit de la banque d’affaires Lazard. Il y reste presque quatre ans. « Cela marchait très bien, on m’avait proposé une promotion à Paris à un moment où, dans ma vie personnelle, il était compliqué de bouger. »
Achat de maison, épouse enceinte, Serge Laurent choisit alors de quitter la banque et met un pied dans le logement social. Il entre à l’OPAC du Rhône comme responsable juridique et contentieux auprès de son nouveau directeur Jean-Pierre Fort. « Une carrière professionnelle, c’est avant tout de belles rencontres. Je suis arrivé dans un contexte de transformation et, petit à petit, je suis devenu directeur des ressources humaines et juridiques. Au bout de quinze ans, je me suis posé la question de la suite. » Alors, Serge Laurent cherche des opportunités. « J’avais des propositions aux ressources humaines de grands groupes, mais il fallait faire des plans sociaux. Je n’avais ni la mentalité, ni l’envie, ni l’âge pour dire : vous faites deux ans de galère et à la fin, c’est vous qui partez. »

Il quitte Lyon pour Troyes

Finalement, lui qui n’avait pas voulu quitter Lyon quinze ans plus tôt fait ses valises pour Troyes avec son épouse qui quitte son travail pour le suivre et ses enfants qui partent faire leurs études. Changement radical. Et, quitte à changer de vie, il s’installe à la campagne au milieu de 100 âmes. « La première année, mon épouse voulait repartir, mais maintenant, c’est elle qui veut rester ! L’Aube est un très beau département qui gagne à être connu. Ce qui m’avait marqué en arrivant, c’est que les gens se dépréciaient beaucoup et me demandaient ce que je venais faire ici ! »

Quand il arrive chez Mon Logis, recruté par le président Claude Cuinet, il vient de quitter l’OPAC du Rhône, ses 40 000 logements et 1 000 salariés après quinze ans à la direction RH et juridique. Quand il arrive, Mon Logis est à l’arrêt et fonctionne mal. « J’avais comme feuille de route de pouvoir ramener de la sérénité en interne et notamment le dialogue social. Et, en externe, de redonner de la perspective en se développant et en redéveloppant de l’offre nouvelle. La situation n’était pas brillante, mais elle n’était pas désespérée non plus, sauf ce climat social assez délétère. Avec Claude Cuinet, on s’est donné un contrat de confiance de cinq ans. » Trois ans pour redevenir profitable et à cinq ans pour être dans la norme de la profession. Mission accomplie, en 2012, à force de kilomètres parcourus et de contacts noués ou renoués, « les premières victoires arrivent. Vous produisez des logements et devenez à nouveau rentable. Mon Logis s’est remis en forte dynamique de croissance ».

« Une entreprise, c’est bien quand cela bouge à tous les étages. »

Serge Laurent a 50 ans et s’apprête à se remettre sur le marché du travail dans une perspective de rebond professionnel. Mais, Claude Cuinet est victime d’un grave accident. « Ce fut très difficile pour lui et pour le groupe. Alors, même si personne n’est irremplaçable, j’ai pensé que ce n’était pas le moment de partir. » À ce moment-là, Mon Logis intégrait le Groupe Action Logement et se préparait à changer de dimension. « Nous rejoignions une structure de plus d’un million de logements, aujourd’hui ce sont 1 250 000 logements. C’était intéressant de contribuer à des groupes de travail transversaux par la richesse que peut dégager l’appartenance à un groupe. Avec les compétences des uns et des autres, vous êtes toujours à la pointe de ce qui se passe dans les différents domaines. À force de rester, je ne suis plus parti ! »

La responsabilité de 140 familles

Mon Logis est passé de 9 500 logements à 18 000 avec 140 salariés. « En vingt ans, nous avons presque doublé le patrimoine. Nous avons une responsabilité sociétale de faire vivre 140 familles, soit près de 400 personnes, et en tenons compte dans toutes nos décisions. » Le directeur est aussi fier de la contribution du bailleur à l’économie locale avec 50 à 100 millions d’euros d’investissement par an qui préservent l’emploi et font travailler les entreprises.

Des moments forts, Serge Laurent retient les premières acquisitions de patrimoine existant pour répondre aux tensions de la demande de logement HLM, qui n’était pas une pratique du logement social. « Cela a permis d’avoir du patrimoine disponible plus rapidement comme la résidence Sainte-Jeanne à Troyes, l’Hôtel des Angoiselles au centre-ville, c’est du patrimoine avec une valeur historique. » Côté constructions neuves, Serge Laurent salue l’initiative qui associe des personnalités locales ou majeures à des opérations : Sandrine Dominguez pour le tennis et originaire de l’agglomération troyenne, l’économiste Jean Tirole ou encore le professeur Axel Kahn. « Lors de l’inauguration, il avait donné une conférence sur le génome aux élèves de terminale du département. Je suis aussi fier des déconstructions et des reconstructions dans le cadre des chantiers ANRU ».

Arrivé un 30 juin, il quittera Mon Logis le 30 juin prochain. Serge Laurent va transmettre le relais à son adjointe Céline Varenne. « Elle est chez Mon Logis depuis dix-huit ans et directrice adjointe depuis huit ans. Elle connaît tout l’écosystème aubois. » Serge Laurent a le sourire et quitte la maison pour de nouveaux horizons dans le bénévolat. Le Lyonnais restera dans le département que lui et son épouse ne veulent plus quitter et de conclure avec le sourire et le sentiment d’une mission bien accomplie : « Je vis sereinement cette étape, sans anxiété ni euphorie. »