Il ne faut pas attendre de Philippe Gayet qu’il disserte pendant des heures sur des sujets absconds. Homme discret et réservé, il est plus à l’aise dans l’action que dans de longs discours. C’est sans doute une des raisons de son élection en décembre 2025 à la tête de la FFB du Grand Est. Les problématiques du terrain, il les connaît. Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’oeil à son bureau pour s’en rendre compte. Loin d’être un étalage de trophées ou d’objets déco en tous genres, il est couvert de dossiers, de devis, de factures… Il faut dire que Philippe Gayet a la (co)responsabilité de faire perdurer une entreprise profondément enracinée dans le paysage rémois depuis 115 ans... et qui porte toujours le patronyme familial, celui de son arrière-grand-père, Fernand Gayet, fondateur en 1911 d’une société alors uniquement spécialisée en couverture plomberie.
Reconnaissable des champardennais à ses camions vert d’eau, l’entreprise actuellement dirigée par la 4e génération – et dont la 5e se met progressivement en place – bénéficie d’une solide image de marque acquise avec le temps. « Dans les années 70, nous avons participé au développement de plusieurs quartiers de Reims à travers la création d’un groupement d’entreprises solidaires appelé BGLM et réunissant quatre sociétés : Berdeaux, Gayet, Lion et Migeot-Perrier. Les quatre entreprises avaient créé un bureau d’études commun, qui répondait à l’ensemble des appels d’offres et réalisait les chiffrages pour le groupement. Ensuite, en fonction des commandes obtenues, telle ou telle entreprise réalisait le chantier. » Au fil des années, les entreprises du groupement périclitent les unes après les autres… Seule subsiste Gayet.
« Comme les entreprises étaient solidaires, nous avons dû en assumer les conséquences. Mais la contrepartie, c’est que nous sommes passés d’une vingtaine de salariés à environ 150. Nous avons récupéré le bureau d’études ainsi qu’une grande partie des ouvriers afin de réaliser les chantiers qui restaient à terminer. » Devant l’augmentation conséquente des effectifs, l’entreprise qui se trouvait alors rue Martin-Peller à Reims, déménage à Tinqueux, dont elle occupe toujours les locaux avec un doublement de surface en 2011 lors de son centenaire.
Consolider et progresser
Quand Philippe Gayet entre dans l’entreprise en 1985 aux côtés de son frère et de sa soeur, entrés eux un peu plus tôt, l’objectif est de consolider les marchés, la clientèle et de faire en sorte d’avoir un chiffre d’affaires assez solide pour être en sécurité. « La croissance externe n’a jamais été un but en soi mais plutôt une nécessité devant la nature de nos activités. À l’époque, mon père avait été précurseur dans le domaine de l’isolation extérieure, notamment en bardage. Nous nous sommes rapidement aperçus que cette activité prenait beaucoup d’ampleur et que, si nous n’étions pas en mesure de réaliser également la peinture ou le ravalement qui accompagnaient les travaux sur les façades, nous étions vite limités. C’est comme cela que nous avons acquis quelques sociétés venues compléter notre offre et nous permettant de répondre à de nombreux projets. »
Des opportunités de rachat qui ont toutes un dénominateur commun : que les entreprises aient la même philosophie, une dimension familiale ou, en tout cas, une histoire de longue date, avec un personnel compétent et un véritable savoir-faire. « Nous sommes très attachés aux compétences. C’est notre principale richesse et c’est aussi ce qui fait notre réputation. Aujourd’hui, chez Gayet, nous sommes pratiquement 200 salariés. Si l’on compte l’ensemble des entreprises du groupe, au nombre de onze, nous devons être un peu plus de 500. » Des exigences de savoir-faire et un attachement au patrimoine qui poussent l’entreprise, lors de son centenaire, à se tourner vers le Mécénat. « Nous avons commencé par être mécènes d’une sculpture de la grande rose de la cathédrale de Reims. Pour les 100 ans de l’entreprise, le patrimoine, le savoir-faire, les compétences, la durabilité étaient forcément des valeurs que nous voulions mettre en avant. Ce mécénat constituait donc une belle vitrine. » Et l’expérience prend tellement de sens aux yeux de la famille Gayet qu’ils renouvellent depuis régulièrement leur partenariat avec la Fondation du Patrimoine lors de différentes opérations de mécénat : « Un des plus beaux projets a été celui de l’orgue de la cathédrale. Nous avons été mécènes de la console déportée. Comme il fallait donner un nom à cette console, nous avons choisi celui de notre grand-mère, Marthe. » Une grand-mère ô combien importante puisque, pour la petite histoire, le logo de l’entreprise est celui de sa propre signature…
« Chez Gayet, nous sommes très attachés aux compétences. C’est notre principale richesse et c’est aussi ce qui fait notre réputation. »
Plus récemment, Gayet a participé à la réalisation des vitraux de la chapelle Palatine en se positionnant sur un vitrail aux couleurs de l’entreprise, aux tonalités de vert… Et si le dirigeant aura la joie de voir le nom familial gravé sur un des vitraux pour la postérité, il aura aussi la fierté d’en voir deux autres marqués des noms de la FFB, dont il est président Grand Est, et du club des Mécènes dont il est un des membres actifs. Son engagement à la Fédération du bâtiment est intervenu alors qu’il lâchait peu à peu les rênes de l’entreprise familiale. D’abord président de la FFB de la Marne, il a été élu à la tête de la Fédération Française du Bâtiment du Grand Est en décembre 2025 avec deux grands sujets d’ampleur immédiats à porter : le vote du budget et les futures politiques en faveur du logement dans les programmes des candidats aux élections présidentielles. « Le marché immobilier reste très compliqué. Dans le Grand Est, entre les premiers semestres 2025 et 2026, les ventes de logements neufs ont diminué de plus de 16 % pour les promoteurs et de près de 10 % pour les maisons individuelles. En 2026, la production française devrait approcher les 300 000 logements neufs. Or, dans le cadre du plan de relance, l’objectif affiché était de parvenir à construire deux millions de logements d’ici 2030. À ce rythme, nous serons donc très loin de l’objectif », souligne-t-il. Un programme conséquent qui va donc occuper Philippe Gayet pendant trois ans déjà, voire plus s’il est réélu en 2028. Quant à sa place dans l’entreprise, son départ devrait être effectif d’ici 2029…
« Mon père est parti de l’entreprise à 60 ans. Et nous avons une devise dans la famille, celle de vendre nos parts lors du départ, afin de laisser les coudées franches à la relève et ainsi, éviter les conflits de génération et de stratégie de gestion. » Aujourd’hui, ses deux enfants, ses trois neveux et nièces et sa petite soeur détiennent donc 60% des parts de l’entreprise, pour laquelle, à six, il faut avoir une véritable vision commune. « C’est important d’avoir confiance et d’avoir une même philosophie. Et cela, je pense que tout le monde l’a toujours bien compris », dit celui qui met toujours le collectif en avant, employant plus volontiers le « nous » plutôt que le « je ».