Patrick Deloche a grandi très tôt avec les valeurs du monde rural et de l’agriculture ardennaise. « J’ai passé toute ma jeunesse avec les pieds dans les bottes et au cul des vaches en suivant systématiquement mes parents Cécile et Bernard. L’agriculture, je suis donc né dedans. Mais à la ferme, j’aimais aussi toucher à la maçonnerie, fabriquer des choses que j’accrochais au tracteur et aussi souder ». Tout naturellement, Patrick obtient son Brevet de technicien agricole, « l’équivalent du Bac », au lycée agricole de Rethel. Et, très tôt engagé dans la vie agricole locale, il rejoint ses parents sur l’exploitation de Jandun avec le statut d’aide familial.
Parallèlement à cela, de 22 à 27 ans, il remplit aussi des mandats professionnels pour les Jeunes Agriculteurs. « Je leur ai prêté main forte jusqu’à occuper le poste de secrétaire général pendant près d’une décennie. Au cours de cette expérience marquante qui a forgé mon attachement au territoire, à la transmission et à la défense du monde paysan, je me suis aussi familiarisé avec le fonctionnement de divers organismes : MSA, Crédit Agricole, coopératives, Chambre d’Agriculture, ou le Groupement de défense animale du bétail au sein duquel j’ai été stagiaire administrateur. J’ai aussi organisé des concours de labour et fait de l’événementiel pour fédérer les jeunes ».
À la même époque, Patrick Deloche poursuit également son engagement local en devenant adjoint municipal de la commune, participant activement à la vie et au développement rural de son territoire.
Reprise de la ferme familiale
En 2000, il s’installe officiellement sur l’exploitation familiale. Il reprend la ferme en s’associant à ses parents. « J’ai répondu à ma sensibilité car à Jandun, la nature est pleine de richesses et de ressources. Géologiquement, les sols sont riches en argile et en calcaire et l’herbe y pousse toute seule si vous l’entretenez. Sachant pouvoir m’appuyer sur les atouts de ce terroir, je suis donc devenu éleveur ».
Il y développe alors l’élevage, la production fermière et la transformation artisanale, avec une volonté forte de valoriser les produits locaux et les circuits courts.
« Pour entretenir notre grande prairie de 200 hectares, j’ai jugé bon de faire appel à une diversité d’animaux. Je suis donc allé chercher des vaches montbéliardes dans le Doubs pour développer l’élevage laitier et on a donc fini par mettre ensemble vaches, moutons et chevaux ».
Viandes, charcuteries, plats cuisinés fermiers et spécialités artisanales sont venus progressivement enrichir l’activité de la ferme, tout en gardant une approche familiale et authentique.
Un basculement
À partir de 2012, la Ferme du Lion d’Or prend un tournant majeur avec le lancement d’une importante activité de diversification. Passionné et hyper actif, Patrick Deloche choisit d’ouvrir davantage les portes de son exploitation au public. Il multiplie les visites pédagogiques et guidées, les balades en calèche, les animations autour de la ferme dont la naissance des agneaux en direct et la participation à la traite et aux soins des vaches, l’accueil touristique, les repas fermiers et les activités autour du patrimoine rural ardennais.
« L’objectif était de faire découvrir aux gens notre savoir-faire et notre métier d’éleveur ». En évoluant alors au-delà du simple cadre agricole, la Ferme du Lion d’Or devient un lieu reconnu dans les Ardennes pour son ambiance conviviale, ses grands espaces, son authenticité et sa capacité à réunir les gens autour du terroir et du partage. Mariages, réceptions, événements festifs, marchés fermiers et moments familiaux contribuent à faire vivre ce lieu emblématique de Jandun.
« Avec le recul, je pense avoir abouti dans mes ambitions en valorisant mon terroir et en transmettant mes valeurs à mon fils, Emilien, 21 ans. »
« En 2014, la ferme a connu une belle mise en lumière nationale grâce à un reportage de TF1 consacré à l’agnelage. Réalisé par les équipes de Jean-Pierre Pernaut, ce reportage mettant à l’honneur le travail agricole, la transmission des savoir-faire et la vie quotidienne à la ferme a marqué un moment fort dans l’histoire de notre exploitation », se rappelle Patrick.
En 2022, l’ancien relais rural des Crêtes Préardennaises sert même de lieu de tournage aux équipes des films « Tirailleurs » et « La Guerre des Lulus », avec entre autres la présence de Omar Sy. « Une aventure humaine et culturelle qui a encore enrichi l’histoire du lieu » se réjouit-il encore.
Ouverture d’un restaurant
« Les gens qu’on accueillait ici ont exprimé le souhait de vouloir goûter nos produits. Nous nous sommes donc lancés, à partir de 2016, dans une aventure assez particulière en créant d’abord un commerce de produits fermiers tenu par ma mère puis une conserverie avec vingt recettes de grand-mère sous forme de plats cuisinés et bocaux, ce qui nous permet de ne pas gaspiller nos invendus. Cela nous a amenés à embaucher un boucher sur place afin d’écouler tous ces produits dans une dizaine de magasins dépôts à Charleville-Mézières, Sedan, Rethel, Reims et Châlons. Ce qui m’a aussi contraint de suivre une formation d’auto-clavistes à Amiens ».
Et, enfin, le 17 mars dernier, Patrick Deloche a ouvert le restaurant « Le buffet de grand-mère ».
« Nous avons franchi cette nouvelle étape après avoir constaté le succès connu lors des événements festifs que nous organisions déjà les week-ends et pour lesquels on ne désemplissait pas comme en attestent des privatisations quasiment assurées pour toute l’année 2026. Et là encore, on a d’excellents retours. Il y a donc un fort potentiel d’accueil en perspective, ce dont je suis fier car la mise en valorisation de nos produits dans les assiettes est l’aboutissement du métier d’éleveur ».
Aujourd’hui, la Ferme du Lion d’Or dispose d’un atelier laitier avec 80 vaches Montbéliardes produisant 1.000 litres de lait par jour, 200 brebis Texels en sélection, donc de l’agneau de boucherie et aussi une cinquantaine de chevaux ardennais dans le cadre d’un programme de maintien et de dressage pour l’attelage. Soit un équivalent de dix temps plein en terme d’effectif entre l’exploitation agricole, la conserverie, la boutique, l’activité de traiteur et le restaurant.
La qualité des produits de l’exploitation ardennaise a séduit trois restaurants carolomacériens (La Table d’Arthur, Le Diapason et le 58, Avenue) et même l’Assiette Champenoise chère à Arnaud Lallemand à qui la ferme du Lion d’Or livre une production de 20 kg de beurre par semaine.
« Avec le recul, je pense avoir abouti dans mes ambitions en valorisant mon terroir et en transmettant mes valeurs à mon fils, Emilien, 21 ans. Cette ferme, en tout cas, dégage une âme », note Patrick Deloche qui a aussi ouvert avec sa mère un gîte rural.