Cela commence discrètement par une immersion en observateur, dans les coulisses de l’effervescence. Puis arrive une nouvelle identité visuelle, un nouveau logo et une nouvelle affiche qui marquent le virage d’un festival desNuits de Champagne revisité. « Après huit mois de préparation, nous sommes impatients », lance Michael Scherer, directeur du festival, qui est le rendez-vous automnal des artistes et des choristes à Troyes. « Je connaissais Troyes et pas seulement pour ses magasins d’usine ! Prendre la direction du Festival des Nuits de Champagne est un projet à la croisée des chemins avec un besoin de le rajeunir, de le renouveler et de le redynamiser. Arriver quand tout roule, c’est moins intéressant. Là, il y a un projet à redévelopper et à structurer. C’est un challenge à relever pour apporter aux Nuits de Champagne l’aura qu’elles avaient il y a plusieurs années. »
Michael Scherer baigne dans la musique depuis toujours. Il a débuté dans les Vosges à Vittel et son dernier poste était à Talant près de Dijon où il était directeur culturel. « J’ai l’expérience de la gestion du personnel, du budget, de la programmation et la maîtrise de l’organisation d’événements et de manifestations culturelles. » Des compétences indispensables pour reprendre la baguette et orchestrer le temps fort des Nuits après les années Pierre-Marie Boccard, fondateur du festival.
Directeur de médiathèque, chargé de gérer le « fonds musique » du Conseil départemental de la Moselle, directeur culturel en collectivités… Son parcours n’aura échappé à personne. « J’étais en relation avec le cabinet en charge du recrutement. J’ai commencé les contacts en avril 2024. Ce n’est pas un jury comme dans la fonction publique, cela se passe dans l’échange et le feeling. » À 50 ans, Michael Scherer prend le relais des Nuits de concert, les Nuits qui chantent, les off off off et même « offrez une chanson comme une fleur ». Sur réservation, des artistes se déplacent à domicile pour pousser la chansonnette chez les gens. « Je veux proposer une programmation qui plaise au plus grand nombre, permettre l’accessibilité aux concerts et faire rayonner les Nuits de Champagne. »
Réveiller les Nuits
Quand il arrive à Troyes en 2024, le nouveau directeur reste en retrait. Il observe, analyse les rouages de la grosse machine, vit le festival de l’intérieur et se fait sa propre idée du fonctionnement. Passée cette période d’observation, il passe à l’action. Le virage amorcé l’an dernier s’affirme avec un festival revisité et dont les changements, sans révolutionner le modèle, contribuent à réveiller son image. « Nous allons être dans le détail qui fait la différence. Comme l’accueil du public sous une arche à l’entrée et de la décoration à l’extérieur pour marquer le festival. Nous avons retravaillé la communication digitale en amont et pendant le festival en publiant tous les jours. L’accueil des partenaires a aussi été revu. Les changements ne modifient pas la globalité du festival, nous sommes davantage dans les détails d’organisation. » Il faut dire que, de deux personnes, l’effectif passe à 150 durant la durée de Nuits de Champagne, les rouages doivent rester fluides.
Michael Scherer veut positionner l’événement à la place qu’il mérite, c’est-à-dire parmi les grands festivals de l’hexagone. De 18 000 entrées payantes pour l’édition 2025, l’objectif passe à 25 000 cette année. La programmation attractive est pensée pour y contribuer. « Nous retrouvons les mêmes artistes qui sont au Printemps de Bourges ou aux Francofolies, il n’y a pas de raison qu’on ne soit pas parmi ces festivals. » La nouvelle charte graphique réveille d’ailleurs l’intérêt des médias, des producteurs, des prestataires. « Nous nous ouvrons à plus d’artistes plus importants comme Benjamin Biolay ou Suzanne. Et déjà pour l’année prochaine, nous avons des noms d’artistes intéressés qui vont commencer de grosses tournées. » Avec toujours la diversité des styles et la volonté de plaire au plus grand nombre.
« Si on n’est pas bien dans sa vie, on ne peut pas s’épanouir professionnellement. »
Le Grand Choral s’impose aussi comme un marqueur, original et unique des Nuits. « Tant qu’on ne l’a pas vu, on ne peut pas s’imaginer ce que c’est vraiment que 800 choristes avec des musiciens et des artistes confirmés. Nous avons une création qui doit se repenser sur la forme, c’est un sujet. » Parce que les 3 000 spectateurs sur trois séances n’assurent pas l’équilibre financier, le directeur doit trouver le moyen d’élargir le public. Pour autant, côté choristes, les Nuits de Champagne refusent du monde tant l’aventure reste aussi palpitante qu’humaine. Cette année encore ils seront 800 à chanter ensemble.
Serein, avec une équipe rodée et une billetterie bien lancée, Michael Scherer voit l’édition 2026 d’un bon œil même si l’épée de Damoclès reste la recherche de l’équilibre dans un contexte d’augmentation. « Je fais un métier passion, ce n’est pas l’usine mais j’ai un objectif financier. Il y a une réalité économique à prendre en compte. Tout augmente, mais mécaniquement, nous ne pouvons pas répercuter ces hausses sur le prix des places. » Les 40 % de subventions de Troyes Champagne Métropole, du Département et de la Région et les mécènes sont donc une chance pour l’événement. « Mon objectif est de programmer des artistes qui remplissent les salles, ce n’est pas un choix personnel. Je suis à la fois directeur et financier, gestionnaire des ressources humaines, directeur de la communication. J’ai beaucoup de casquettes au quotidien et sans doute l’avantage de l’expérience avec la capacité de passer rapidement d’un sujet à l’autre. » Les Nuits de Champagne comptent deux permanents à l’année et une douzaine de prestataires pour la direction technique, la production, la billetterie. Pendant le festival, 150 personnes sont sur le pont.
Prendre le temps
La transition vers de nouvelles Nuits de Champagne s’opère, sans rupture, progressivement la partition s’ajuste. Originaire de Forbach, père de trois grands enfants, Michael Scherer a opté pour Troyes avec son épouse en même temps que les Nuits. « Si on n’est pas bien dans sa vie, on ne peut pas s’épanouir professionnellement et inversement. Je pense que les deux sont liés. Avec ma femme, j’ai cet équilibre-là pour concilier les deux. J’ai appris avec le temps aussi à très bien gérer mon temps de travail par rapport à mon temps personnel, pour faire du sport. Je fais de la course à pied, du badminton et d’autres choses. » Comme sillonner les festivals, parce qu’on ne se refait pas.
Dans quelques semaines, en octobre prochain, Michael Scherer et les 150 personnes du festival ne dormiront pas beaucoup pendant huit jours. Bercés par des Nuits de Champagne animées et des journées intenses à préparer le spectacle du lendemain. 42 concerts. Épuisant. Palpitant. Mais tellement satisfaisant. Puis la magie se prolongera avec les Nuits en Plus, que Michael Scherer a créées, avec des concerts tout au long de l’année. Histoire de maintenir l’étincelle jusqu’aux prochaines Nuits...