Invités / Entretiens

Marie Beaurain

Le goût des autres et des voyages

Lecture 9 min
Photo de Marie Beaurain
Marie Beaurain a visité plus de pays qu’elle n’a d’années d’âge. (Crédits : CR)

Marie Beaurain est une chef d’entreprise heureuse de se lever tous les matins pour la bonne raison qu’elle adore ce qu’elle fait. Objectif Nature, l’agence de voyage qu’elle a rachetée en association avec son mari Thomas, marche comme sur des roulettes. Son créneau : le safari photo animalier. Sa valeur ajoutée : la mise à disposition de photographes professionnels francophones pour chaque voyage. Son exigence : le respect des populations autochtones, des milieux naturels et de la faune sauvage.

« On est dans un tourisme de niche qui s’adresse à des passionnés. La rencontre avec les animaux se fait en billebaude ou à l’affût. On ne traque pas. Il faut de la patience, peu de monde, de bonnes conditions de sécurité pour les humains comme pour les animaux. Notre savoir-faire est reconnu depuis 35 ans. » Les quelque 400 clients qu’elle envoie chaque année aux quatre coins du monde sont en quête d’expériences uniques et prêts à dépenser du temps et un peu de monnaie pour voir de leurs propres yeux et photographier le gorille des montagnes au Rwanda, le gypaète barbu en Espagne, le jaguar au Pantanal ou encore les ours polaires au Spitzberg. « Nous répondons aussi à la demande de voyages sur mesure motivés par la découverte plus que par la prise de vue, qui représente 20 % de notre activité », précise-t-elle.

Travailler de la maison

Sur la centaine d’expéditions montées annuellement, une majorité atterrissent en Afrique. Suivent l’Amérique – plus Nord que Sud avant, plus Sud que Nord en ce moment -, puis l’Europe et l’Asie, et accessoirement les Pôles. Le tout est orchestré depuis Reims par Marie Beaurain, à l’aise dans le télétravail et le management à distance. « Nous voulions que l’entreprise soit 100 % digitale pour pouvoir travailler de la maison ou d’ailleurs. »

« On est dans un tourisme de niche qui s’adresse à des passionnés. »

Les six conseillers voyage et la vingtaine de photographes accompagnateurs appointés par Objectif Nature sont géographiquement éclatés et ne se retrouvent ensemble que deux fois par an, dont une fois en novembre à l’occasion du Festival international de la photo animalière et de nature de Montier-en-Der dont l’agence est partenaire. « C’est important pour nous de participer à cette manifestation qui met en avant la beauté du monde et la protection de la nature sans donner de leçon », estime la dirigeante qui croit en un tourisme animalier à la fois source de revenus pour les communautés locales et levier pour la préservation des espèces.

L’expérience Technipat

Or Marie Beaurain n’est pas née dans un environnement de pleine nature mais à Paris, dans une famille au sein de laquelle elle a développé une grande curiosité et le goût de l’autre. Un DESS à dominante marketing acquis à Paris-Dauphine en 2002 lui ouvre les portes d’Unilever. Ce qu’elle appelle sa « première vie professionnelle » s’interrompt en 2008 pour cause de transplantation à Reims où elle accompagne son mari dans la reprise de la biscuiterie Technipat de Cormontreuil qui emploie une cinquantaine de personnes. Las, cette première aventure entrepreneuriale se conclut au bout de cinq ans par la revente à un grand groupe biscuitier. « On croyait être une petite entreprise sur un gros marché alors qu’on était une grosse entreprise sur un petit marché. On s’est plantés », admet-elle.

La leçon lui servira plus tard. Peu accessible au découragement, Marie se lance dans l’agrandissement de sa « tribu » et dans le conseil et la formation : consultante en marketing et stratégie commerciale avec Fonction Marketing puis Le Quatuor d’Octave en même temps qu’enseignante à NEOMA BS. Sa « deuxième vie professionnelle ».

Être indépendante, d’accord, mais pas question de rester seule dans son coin. Parallèlement à ses activités, elle s’engage dans des réseaux marnais, moins pour le business que pour l’entraide et le partage des connaissances : Créez comme elles, le Centre des Jeunes Dirigeants, et plus tard le club APM (Association Progrès du Management). « Ça me nourrit », apprécie-t-elle. Par ce biais, elle découvre aussi le rôle de Madame Loyale dans les conférences et tables rondes et y prend goût. Montée sur ressorts, Marie parvient à glisser en plus dans son emploi du temps une occupation inattendue : à l’insu de sa famille, elle répond à une offre de la chaîne KTO et passe un casting avec succès, moyennant quoi elle anime en direct pendant trois ans l’émission mensuelle « Associons-nous ». « Je voulais tester mes qualités en dehors de mon cercle, plaide-t-elle. Ça a bien fonctionné et ça m’a donné confiance. »

Clin d’œil du destin

Sur son temps libre, Marie Beaurain sillonne la planète. Piquée depuis longtemps par la mouche du voyage, elle a à ce jour visité plus de pays (58) qu’elle n’a d’années d’existence (49). « Le voyage est dans l’ADN de notre couple, confie-t-elle. Avant de nous marier, Thomas et moi avons fait un vrai tour du monde de six mois. Il y a eu un arrêt avec les naissances de nos trois enfants mais nous sommes repartis de plus belle ensuite en les emmenant avec nous : tour du monde de trois mois dans l’autre sens quand notre petit dernier a eu 7 ans, suivi depuis d’un voyage en famille par an. »

Ce qui était un loisir est devenu en avril 2025 son cadre de travail principal. « Deux de nos enfants avaient quitté le nid, c’était le moment d’investir dans un nouveau projet. On s’est mis en quête d’entreprises à vendre rentrant dans nos critères. Objectif Nature cochait presque toutes les cases. On a suivi le processus de reprise, étape par étape. » Un clin d’œil du destin a emporté la décision du couple : des années plus tôt, Thomas avait confié l’organisation de leur voyage de noce en Namibie à… cette même agence de voyage, qui avait parfaitement compris leurs attentes.

L’avenir avec philosophie

Affaire conclue donc et Marie Beaurain a inauguré sa « 3e vie professionnelle », accompagnée pendant neuf mois par le cédant, cofondateur d’Objectif Nature en 1990 et néo-retraité. « Je suis encore un peu en phase de découverte des sujets. Mais à 49 ans, je me connais. C’est plus facile de reprendre une entreprise à cet âge-là. C’était le bon moment et le bon endroit. » Spécialiste de fusion-acquisition, à la tête d’un cabinet parisien, Thomas est l’associé de sa femme dans cette reprise mais aussi son « sparring-partner », qui se charge plus particulièrement de la stratégie financière et de la couverture de change. Leur ambition n’est pas de faire grossir Objectif Nature démesurément. « On tient à garder le côté humain qui est partout dans cette petite entreprise. »

Marie Beaurain regarde l’avenir avec philosophie. Elle a les poches pleines de projets pour l’entreprise et de défis pour elle-même. Après avoir couru deux marathons et gravi le Mont-Blanc, elle se verrait bien partir à l’assaut du Kilimandjaro. Un jour. Quand elle aura le temps.