Invités / Entretiens

Lucyle Jussy

L’art du réseau et du lien

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Lucyle Jussy
Lucyle Jussy dans son cabinet de sophrologie, à Cormontreuil. (Crédits : ND)

Lucyle Jussy analyse sa volonté et son besoin de se tourner vers autrui depuis toujours par l’éducation qu’elle a reçue de ses parents. Avec un père instituteur et une mère à la tête d’un Centre Communal d’Action Sociale, se diriger vers le monde associatif a finalement toujours été une évidence. Diplômée du CREPS de Reims, elle part en 1989 « avec [sa] 104 et [sa] guitare » direction la Normandie pour faire ses armes au sein d’un centre CAF. Au bout de 6 mois, elle voit une annonce pour un poste de déléguée départementale dans un foyer rural marnais, à Châlons-en-Champagne. Originaire de Sainte-Menehould, elle décide alors de revenir en terres champenoises. Là, elle entame ce qui sera le fil rouge de toute sa carrière, l’animation d’un réseau associatif. « Une grande partie de mon activité consistait à aller chercher des financements pour des projets. Concerts, expositions, théâtre, spectacles de conteurs, sensibilisation à l’environnement par le biais de supports de communication… C’était très dynamique et extrêmement intéressant. On a même organisé de grosses manifestations et festivals », se remémore-t-elle, enthousiaste.

Emploi et insertion

Des champs et espaces crayeux, elle passe aux grands ensembles urbains, puisqu’elle poursuit sa carrière au sein de la MJC Brassens, dans le quartier Maison Blanche, à Reims. Directrice adjointe, elle est plus particulièrement chargée des missions concernant l’emploi et la jeunesse. « J’y ai organisé mon premier Forum Job, ce qui, pour ces jeunes n’était pas négligeable puisqu’à cette époque, on parlait vraiment de frontière pour aller trouver du travail au centre-ville », explique Lucyle Jussy. Souhaitant aller plus loin et passionnée par ces deux problématiques, elle intègre pendant sept ans la Mission Locale d’Épernay, comme conseillère emploi-formation. « Durant cette période, j’ai monté de nombreux projets, notamment sur le savoir-être et la présentation en entretien. Nous avions construit un partenariat avec un salon de coiffure à Châlons qui faisait du relooking. Le projet était global : mobilité, image, recherche d’emploi. » Sur cette dernière partie, elle aide non seulement les jeunes à décrocher un emploi mais elle les accompagne également dans les mois qui suivent en lien avec de nombreux organismes, dont Pôle emploi. « C’était stratégique et passionnant. J’ai toujours travaillé en développant un réseau de partenaires. Le réseau, c’est la base, le fil conducteur. »

Se recentrer

Curieuse et ne se laissant jamais enfermée dans une seule case, elle opère, en 2008, un virage professionnel et personnel. Avec un besoin de se recentrer sur elle-même, elle perd plus de 20 kg grâce à une gamme de produits nutritifs. « J’ai trouvé cela tellement génial que j’ai décidé de me lancer comme indépendante pour distribuer les produits de la marque. J’étais représentante de ces produits, en vente à domicile par réseau : réunions bien-être, présentations, salons. J’y ai gagné pas mal d’argent. » Mais la crise des subprimes passe par là et le contexte rend la chose plus compliquée. Lucyle Jussy décide alors de reprendre une activité salariée à mi-temps. Et c’est au Point accueil Cancer à Reims qu’elle entame une nouvelle page de sa vie professionnelle, avec des missions très gratifiantes et tout à faire : « Il y avait un budget et une consigne. Il fallait tout créer. Trouver le lieu, gérer les travaux, commander la documentation, acheter le mobilier, décorer. Nous dépendions de la Ligue contre le cancer et étions situés à l’Espace Fléchambault. J’étais chargée de mission, avec une collègue, Valérie, qui y travaille encore. Nous avons créé un lieu d’accueil et d’information pour les personnes atteintes de cancer. Nous avons été formées à cet accueil spécifique. Nous n’étions pas médecins. Nous apportions de l’information pratique : garde d’enfants, dossiers de surendettement – beaucoup d’indépendants n’avaient pas d’assurance. Nous avions un coin canapé, les gens venaient boire un café, parler. Il y avait des ateliers, une psychologue, un programme régulier. »

« Le réseau, c’est la base, le fil conducteur de toute ma vie professionnelle. »

Devant reprendre une activité à 100%, elle opère alors un passage à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, au Centre d’Aide à la Décision en y accueillant des jeunes sur les questions d’apprentissage et met en place des outils toujours utilisés aujourd’hui (notamment un petit carnet de « cartes Joker » pour aider les jeunes à gérer le stress et préparer leurs entretiens). « Ces cartes existent encore, près de vingt ans plus tard. J’en suis très fière. »

Dans le même temps, Lucyle Jussy rejoint un autre réseau de vente à domicile, Club Parfum, dont elle fait toujours partie, non seulement pour compléter ses revenus, mais surtout car, comme elle l’avoue, elle « adore jouer à la marchande ». En 2010, retour au milieu associatif en devenant conseillère chargée des relations avec l’Entreprise au sein de l’association APPUIS. Durant quatre années, elle déploie tous ses talents de mise en réseau en montant des groupes de travail, des partenariats, en organisant des modules de formation, notamment sur le savoir-être et la communication. Pigiste à ses heures perdues (pour peu qu’il y en ait !), elle réalise un reportage sur un cabinet spécialisé dans les ressources humaines. Cela lui plaît tellement, qu’elle-même fait appel à eux, « cela m’a permis d’apprendre la confiance, la communication et la compréhension des situations ».

Son évolution professionnelle déjà liée à son évolution personnelle se renforce encore un peu plus. Une connaissance lui parle d’une formation découverte au salon Zen à Paris : la sophro-analyse. Formation qu’elle se paye grâce à la vente des parfums, « il fallait en vendre une vingtaine par mois ». C’est une révélation, et, en juin 2014, elle décide de se mettre à son compte et de créer sa propre structure de sophro-analyse. « En 2018, j’ai voulu ajouter “Faculté de médecine” sur mon CV. J’ai repris des études et obtenu un DU d’éducation thérapeutique du patient. Mon mémoire portait sur l’impact de l’éducation thérapeutique sur l’image du corps modifié par le cancer. » Lors d’un stage à Aix-en-Provence, au centre Ressources, Lucyle Jussy apprend qu’un centre similaire se monte à Reims et décide ainsi de faire partie de l’aventure.

Création d’une application mobile

Petit à petit, d’autres petites briques se mettent en place. « Mon projet universitaire consistait à créer un livret pour les personnes qui apprennent leur cancer : un support avec cartes, dessins, CD, pour travailler le ressenti pendant que le corps médical s’occupe de la maladie. Mais le projet était trop conséquent à porter pour les équipes, j’ai donc développé une application mobile : ‘‘Trouver sa clé’’. » Il lui faut environ un an et demi pour tout créer : enregistrements audio, contenus, visuels. « Je réalise moi-même les enregistrements. J’ai récemment investi dans un matériel professionnel pour améliorer la qualité sonore : pluie, oiseaux, eau… », précise-t-elle.

Aujourd’hui, ses différentes activités sont constituées à 20% de particuliers, à 60% de structures et entreprises, le reste est lié aux réseaux professionnels. « En entreprise, j’interviens comme consultante à différents niveaux : accompagnement individuel, formation, supervision dans le médico-social, accompagnement des managers. L’objectif est toujours le même : se connaître, comprendre son fonctionnement, identifier les interactions. Je travaille beaucoup avec des tests, notamment pour évaluer le burn-out. Les dirigeants me sollicitent pour des problématiques d’équipe, de communication, de posture managériale. L’adhésion volontaire est essentielle », insiste-t-elle. Une clientèle qui lui vient notamment des réseaux BNI, dont elle a tout d’abord été membre avant de créer cinq autres groupes dans la région. C’est d’ailleurs grâce à ce réseau qu’elle est mise en relation avec le Mercato de l’Emploi, une franchise spécialisée dans l’accompagnement au recrutement… « Tout est basé sur le savoir-être, ce qui correspond parfaitement à mon expertise. C’est une franchise : je suis indépendante, mais formée et outillée par le réseau. Il n’y a pas d’objectif de chiffre d’affaires mensuel imposé. En revanche, les mandats, c’est à moi de les trouver. La plateforme nous apporte un vivier de CV national, auquel s’ajoute mon propre réseau local. »

Se laisser bercer...

En plus de toutes ces activités, Lucyle Jussy – qui a transféré son espace bien-être à Cormontreuil après avoir été installée au centre-ville de Reims – propose des prestations de « Parenthèse cocooning ». « Cela dure de une à quatre heures. Les personnes utilisent différents outils. J’ai investi dans du matériel professionnel : siège massant (testé et approuvé !), appareils de luminothérapie – douze que je déplace aussi en entreprise – dispositif de “turbo-sieste” fonctionnant sur des fréquences lumineuses et vibratoires où cinq minutes peuvent équivaloir à quinze minutes de récupération... » Et comme son emploi du temps n’était pas encore assez complet, elle a rédigé un ouvrage interactif sur « Savoir prendre soin de soi au quotidien » qui comprendra des photos, des exercices pratiques, des cartes bien-être et devrait sortir sous peu. Enfin, dernier projet en date, Lucyle Jussy a créé son propre réseau, le Campus Bien-Être, regroupant les événements et professionnels de la région qui s’apprête à fêter sa première année d’existence, sur le salon « Tendance Nature », qui se déroulera du 20 au 22 mars au Parc des expositions de Reims. « Aujourd’hui, mon fil conducteur reste le même : accompagner les personnes à mieux se connaître et à prendre soin d’elles, que ce soit en individuel, en entreprise, en réseau ou à travers mes différents projets. » Et avec la pluralité de ses compétences et services, chacun devrait pouvoir – à coup sûr – y trouver son bonheur !