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
Lucien Bonenfant innove depuis toujours. Quand beaucoup décideraient de profiter de leur temps libre, lui planifie ses rendez-vous entre Troyes, Sens et Chaumont où il met en place sa nouvelle activité : le Cercle. Un mouvement dans lequel les chefs d’entreprise se réunissent une fois par mois pour discuter de leur vie d’entrepreneur, faire du co-développement et progresser au travers d’ateliers. Un concept éloigné du business de BNI, dont Lucien Bonenfant a été le master franchisé de la Région. En effet, il n’est pas question d’apport d’affaires, mais de mise en relation de personnes dans un objectif commun « de grandir ensemble ».
Son goût du réseau, il le tient du BNI. « En janvier 2009, un ami m’a invité à Melun pour voir un des premiers groupes BNI. En juillet 2009, je créais le premier groupe à Troyes ». S’ensuivront Reims, Sens, puis un second à Troyes avant de prendre la franchise régionale en 2011. S’il a revendu sa franchise depuis, il reste consultant auprès des groupes régionaux. Lucien Bonenfant a tout fait : bonnetier, expert automobile, commercial en coffres-forts, en publicité pour les Pages Jaunes. « J’ai trouvé par hasard une annonce sur le journal. C’est là que je suis entré dans le système de franchise avec WM Systèmes qui proposait de la vente de cadeaux d’affaires. Gérard Sperry, le patron, était un marginal. Il était du côté de Mulhouse et me propose un rendez-vous sur un aérodrome de Reims ». S’il aime les chevaux, Lucien aime aussi voler. Pilote amateur par passion, il décolle de Barberey avec son avion pour se rendre à Reims au rendez-vous.
« Il m’a bluffé avec des objets qu’il m’a montrés. J’ai fait une formation à Colmar. J’y ai appris le métier et les rudiments de l’entreprise individuelle. » L’entreprise de publicité par l’objet Bonenfant Publicité est créée, une activité novatrice en 1985. Sa vie bascule lorsqu’il revient du siège de WM Systèmes où il formait les nouveaux arrivants aux produits, en 1991. Un camion roulait trop vite à la sortie d’un village Haute-Saône, il se déporte dans un virage. Lucien Bonenfant arrive en face, c’est le choc. Six mois d’hôpital et de centre de rééducation à Chaumont. Une blessure qu’il garde encore, mais qui n’a pas altéré son envie d’aller de l’avant, parce qu’il en faut beaucoup plus à Lucien pour l’arrêter. « Ma soeur et mon fils ont assuré la relève au bureau pendant ce temps ».
L’homme de com’
À bientôt 77 ans, il continue de tester ses idées et va quotidiennement au bureau de sa société de publicité par l’objet créée en 1985. « Il y a 40 ans, nous vendions des cadeaux d’affaires et des calendriers. Notre chiffre d’affaires se réalisait en fin d’année. Parce que tout le monde donnait des cadeaux d’affaires, de beaux cadeaux, des articles de bureau, des stylos, des briquets… Tout cela a évolué et maintenant le textile représente plus de 50 % de mon chiffre d’affaires. Il est essentiellement importé pour rester abordable, mais c’est un textile de qualité ».
Suivant les modes et traversant la digitalisation avec résilience, la communication par l’objet s’adapte à l’air du temps et aux budgets des entreprises. « L’identification de l’entreprise reste très demandée. Les employés qui interviennent sur des chantiers comme la centrale de Nogent, par exemple, doivent être identifiés. L’objet publicitaire a beaucoup changé, il a évolué et nous travaillons toute l’année. Le cadeau de fin d’année, il a disparu. Comme les agendas papier ».
L’homme public
L’homme est alors chef d’entreprise et également impliqué dans la vie publique. « J’ai habité Prugny en 1977 et je me suis vite impliqué dans la vie locale en étant sergent pompier. En 1983, je rentre au conseil municipal et devient maire en 1989 jusqu’en 2008. Dans une petite commune, être maire, c’est quand même être à la disposition de tous « H 24 » et 7 jours sur 7 ». De maire, Lucien Bonenfant arrive au Conseil départemental, alors conseiller général notamment en charge des sujets économiques. « À l’époque, le Conseil Départemental avait encore la compétence économique pour attribuer des subventions, des aides aux entreprises ».
« Plutôt que de se recroqueviller, travaillons ensemble pour trouver des solutions. »
Délégué consulaire à la Chambre de commerce et d’industrie de Troyes et de l’Aube, il devient membre associé, titulaire, membre du bureau puis vice-président. « J’y suis resté 25 ans ! » Il est également nommé membre du conseil économique et social, président de la commission économie et vice-président du CESER, le conseil économique et social régional environnemental à Châlons puis Metz et Strasbourg. « Le Conseil régional ne peut prendre aucune décision sans l’avis d’une CESER. Nous donnions notre avis sur le budget. Nous avions par ailleurs pour mission d’étudier des dossiers soumis par le Conseil régional, les grands dossiers régionaux. J’y ai encadré quelques dossiers, notamment sur le recyclage, sur le moyen de mettre en relation entreprises et demandeurs d’emploi et sur la transmission d’entreprise. C’était passionnant. Le CESER est constitué de quatre commissions et de quatre collèges, patronal, syndical/employé et associatif et celui des personnalités désignées par le préfet. Les groupes de travail sont composés de membres de tous les collèges. Nous arrivions à toujours à discuter, à trouver des idées, des solutions. Nous partagions entre personnes de tous bords et convictions ». Comme un préambule au co-développement que Lucien Bonenfant met aujourd’hui en place avec le Cercle pour les entrepreneurs de la Région et de l’Yonne.
« Le business n’est pas la seule chose qui doit mobiliser et intéresser le chef d’entreprise. Il a d’autres sujets que le développement du business », poursuit Lucien. « Le chef d’entreprise est seul face à ses problèmes. Il a besoin d’en parler. Le Cercle présente l’intérêt de rencontrer d’autres chefs d’entreprise. D’échanger sur leurs problèmes, qui sont bien souvent communs, et de pouvoir s’entraider. Il permet de passer une journée en dehors de l’entreprise, en dehors des soucis et de s’oxygéner. De voir d’autre chose et de prendre des décisions aussi grâce au codéveloppement ». Quant à la morosité ambiante liée au contexte économique, Lucien Bonenfant en prend le contrepied. « Quand ça marche mal, faisons de la publicité. Or, la plupart des entreprises ferment le robinet de la publicité, c’est un tort. Là, c’est pareil. Quand ça marche mal, plutôt que de se recroqueviller, en travaillant ensemble, nous pouvons trouver des solutions. »
Si la technologie n’est pas sa tasse de thé, il n’y est pas hermétique. « Je pense que l’intelligence artificielle est un outil. Nous devons nous en servir comme d’un outil. Nous y sommes confrontés en permanence sur nos téléphones. Je vais parfois demander un truc à ChatGPT. Il m’a aidé à trouver une citation pour introduire notre soirée du Cercle organisée à Sens mi-janvier avec une conférence de Franck Leboeuf ! »
Il y a 50 ans, Lucien Bonenfant voulait créer un fichier de mise en relation des personnes en fonction de leur activité professionnelle, de leurs compétences pour qu’elles se rencontrent pour travailler ensemble. Il développe aujourd’hui le Cercle. « Je me dis, je vais créer quelque chose, je vais tenter de pallier le manque, de trouver des solutions. J’ai toujours des tas d’idées. Le travail est payant. Il faut toujours aller au bout de ses idées. Un jour, en formation, l’animateur a demandé quelle est la valeur d’une idée ? En fait, la valeur est nulle si tu ne vas pas au bout de ton idée. Il faut toujours aller au bout de ses idées, au bout de son projet. C’est mon leitmotiv. J’essaie de le suivre pour le Cercle. Je vais aller au bout de l’idée parce que je suis persuadé que même si ce n’est pas moi qui la fais aboutir, cela aboutira ».