Elle a foulé les vignes du monde entier. Après six années de baroudage sur tous les continents, Lucie Virey pose ses valises sur le domaine viticole familial de Balnot-sur-Laignes. Elle reprend les rênes de l’exploitation en 2019, seule d’une fratrie de quatre enfants à embrasser le travail des vignes et le champagne Louise Virey, du nom de sa maman. Cinq hectares de vignes dans la Côte des Bar, qu’elle travaille, aidée par ses parents quand elle ne fait pas appel aux saisonniers pour les vendanges, le palissage ou la taille.
La maison a été créée en 2002. Elle rassemble les terres de Louise, sa mère, qui choisit de devenir viticultrice en 1980, et celles de son père. « Quand j’ai repris, la première année n’a pas été facile. J’avais tout à découvrir dans le métier, avec l’administratif aussi et les déclarations à faire tous les mois. » Alors, Lucie Virey rejoint des organisations comme le Groupement de développement viticole pour avoir des conseils techniques et monter en compétence. « Je voulais m’investir dès le départ et apprendre. »
Elle entre à l’Union locale de Balnot-sur-Laignes et passe très vite de membre à secrétaire puis à déléguée MSA. « En 2023, je suis devenue vice-présidente de l’Aube de la Commission des viticultrices de Champagne », une structure interne du Syndicat Général des Vignerons de la Champagne. Élue l’an dernier à la Chambre d’agriculture, elle devient présidente de l’association Terres et Vignes le 31 mars dernier. « C’est vraiment une belle opportunité et une association conviviale. Nous travaillons sur la promotion de l’agriculture et de la viticulture, de leurs métiers. J’avais commencé au Comice agricole, qui est un peu l’ancêtre de Terres et Vignes. La boucle est bouclée ! »
Un parcours riche d’ailleurs
En effet, après une maîtrise d’administration économique et sociale complétée d’une année de marketing stratégique, Lucie décroche son premier emploi au Comice agricole en 2006. Chargée de communication, elle s’occupe des événements de mise en valeur du monde agricole : un dimanche à la campagne, la route du champagne, le marché Jules Guesde de Troyes, le chapiteau agricole des foires de Champagne… « Ça m’a mis le pied à l’étrier et m’a permis de lancer ma carrière. » S’enchaîneront des parcours de deux ans à la FDSEA comme animatrice syndicale, puis commerciale à la Revue agricole de l’Aube. « Mais mon rêve, c’était de partir en Australie. J’ai démissionné et suis partie avec un visa vacances-travail. » Le périple durera six ans !
« En arrivant à Melbourne, j’ai un peu galéré avec la langue. Les habitants étaient gentils, personne ne s’est agacé face à mon niveau d’anglais déplorable ! » Lucie travaille d’abord comme garde d’enfants dans des familles puis comme vendeuse dans des boulangeries avant de voyager dans le pays. « Je suis super fière de l’avoir fait mais on est très bien en France. Là-bas, si vous ne travaillez pas, vous ne pouvez rien faire, ni vous soigner car tout est payant et cher. Les gens sont adorables, respectueux et on se sent en sécurité. Les Français sont idolâtrés en Australie. Quand on dit qu’on vient de France, ils ont les yeux qui brillent. Cependant, la gastronomie française et la culture me manquaient un peu. »
« La force est dans le collectif, cela aide à résister »
Revenue en France la tête remplie de souvenirs, Lucie passe son brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole à Saint-Pouange et Sainte-Maure. Elle se prépare à la reprise de l’exploitation familiale encore dirigée par ses parents et enchaîne avec des formations à la vinification à Saint-Brie-le-Vineux et d’ouvrier viticole au château Corbin de Saint-Émilion. « C’est ma meilleure expérience ! » Mais l’appel du voyage est plus fort et Lucie repart au Chili. Après un court passage dans une grosse usine de vin, elle visite le pays. « J’ai dépensé tout ce que j’avais gagné ! J’ai fait l’ascension du volcan Villarica, je suis allée dans le désert d’Atacama, à Valparaiso et j’ai rencontré une famille qui m’a accueillie quelque temps. » Rentrée en France pour fêter les 60 ans de sa maman, elle repart ensuite en Nouvelle-Zélande, au Canada chez un vigneron, à New York, en Thaïlande puis à Singapour. Pendant six ans, elle réalise son rêve, voyager. Lucie complète son carnet d’amis cosmopolites, sillonne la planète et en 2018, rentre à la maison.
Le partage d’expérience
Avec son nouveau mandat de présidente de Terres et Vignes, Lucie Virey souhaite appuyer les actions de communication. « J’aimerais qu’on communique mieux vers les jeunes en formation et que nous donnions envie à ceux qui cherchent un métier. »
Des idées, Lucie en a beaucoup. Indépendante, elle pense que la force est dans le collectif. D’ailleurs, elle s’appuie sur le Syndicat Général des Vignerons de la Champagne. « Cela nous aide à résister. Nous avons une belle AOC. Pour le champagne, c’est sans doute moins difficile qu’ailleurs et nous sommes aussi bien défendus et soutenus. » Une force collective que Lucie souhaiterait développer entre viticulteurs. « Ce serait bien qu’on arrive à mutualiser nos outils. Dans mon village, nous sommes plusieurs avec de petites surfaces, mais tout le monde fonctionne avec son matériel. Je me dis que si nous arrivions à partager, nous ferions des économies ».
Timide dans sa jeunesse et sans doute aguerrie aux rencontres dans son périple de six ans, Lucie Virey a le goût du contact et apprécie les échanges avec ses pairs. « Quand on a un petit coup au moral, que c’est dur d’être seule dans ses vignes avec beaucoup de travail et qu’on ne sait pas comment faire, rencontrer d’autres viticulteurs ou agriculteurs, cela rebooste. Je m’aperçois que finalement, je ne suis pas toute seule. Voir des personnes un peu plus motivées ou positives que nous dans ces moments-là, ça fait du bien. »
Le champagne Louise Virey qu’elle produit se destine aux tables familiales. Lucie vend en direct lors d’une quinzaine de salons par an et de marchés de terroir. Elle se déplace dans toute la France et dispose de points de dépôt. « Nous avons des clients fidèles, qui étaient déjà clients de mes parents. Avec la guerre, j’ignore ce que cela va donner. Pour le moment, les ventes restent stables. Les gens sont impactés par le contexte. Pour autant, je reviens de Bretagne et c’est mon meilleur démarrage sur un nouveau marché. »
Après avoir couru le monde, Lucie court les marchés et les salons, épaulée par sa famille et ses amis. Elle trouve du temps pour marcher, pour découvrir d’autres vignobles. Et quand elle ne court pas, Lucie danse. La salsa et les danses latines, comme un clin d’œil à ses voyages passés.