Invités / Entretiens

Laurine Etienne

Un parcours guidé par l’envie de défendre autrui

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Photo de Laurène Etienne
Pour créer son entreprise, Laurène Etienne a bénéficié du concours de la CCI Marne Ardennes, Pépite Champagne Ardenne et Rimbaud’Tech (Crédits : DR)

Distinguée par le ministère chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes et Bpifrance, Laurine Etienne s’est rendue à Paris les 7 et 8 septembre derniers pour deux journées consacrées à l’entrepreneuriat et au partage d’expérience. Une belle reconnaissance pour celle qui a fondé sa propre entreprise individuelle, LME, qui s’organise autour de trois axes : l’information et la vulgarisation juridique, la médiation et l’enseignement.

En parallèle, Laurine Etienne, déjà diplômée d’une licence de droit général et de deux masters (droit social et droit du travail), poursuit un doctorat en droit du travail à l’université de Lille, portant sur les effets de la digitalisation sur les relations individuelles. Fille d’un chauffeur routier et d’une auxiliaire de vie, la jeune femme a passé l’essentiel de sa vie à Douzy, qu’elle a quitté il y a deux ans pour déménager... à Mouzon.

De rêve de chanteuse...

Durant sa jeunesse, l’Ardennaise avait plusieurs passions dont la musique. « Je chantais de la variété lorsque j’accompagnais mon père, membre du groupe de musique carolomacérien “Les Bastathoo”. Il m’arrivait régulièrement de me produire en solo juste avant eux en interprétant des morceaux de variétés dans plusieurs communes ardennaises. Très jeune, j’ai été habituée à chanter et à danser lors de soirées familiales et même de faire des textes. Je rêvais alors de faire carrière dans ce domaine, d’autant que ma grand-mère me poussait à cela. Je voulais devenir artiste mais mes parents m’ont vite ramenée à la réalité en me suggérant de faire des études dans un domaine où je pourrais aussi m’épanouir. » Laurine pratiquait aussi différentes activités sportives (basket, hand, athlétisme) tout en étant une adepte du badminton, qu’elle pratique encore en loisirs.

Ravivage de la flamme du Soldat inconnu

Inscrite au « Concours de la Résistance » lors de ses études secondaires – pour lequel elle empoche le deuxième prix – elle gagne une journée de visite des sites de mémoire à Paris et a l’occasion d’y raviver la flamme du Soldat inconnu. « Ce fut l’un des plus beaux moments de ma vie. Le fait d’avoir l’épée dans la main, de lever les yeux sur tous les noms de disparus va être le déclenchement de tout. Je me suis dit que je voulais être actrice de l’histoire et défendre les gens. C’est là qu’est née ma vocation et que j’ai eu l’envie de me diriger vers le droit. »

Elle entame ainsi des études de droit-santé à l’université de Lille « pour se donner les moyens de devenir avocate ». Elle y connaît un apprentissage difficile. « Durant la première année, passée en pleine autonomie, il a fallu que je m’habitue à la méthode, j’étais complètement perdue. Je doutais de moi, j’avais peur et finalement, j’ai eu de justesse ma première année de droit. Moi qui venais d’un milieu ouvrier, j’ai aussi eu du mal à trouver ma place parmi les autres étudiants. »

Suite à la perte d’une partie de son champ visuel, ce qui la rend aveugle de la moitié d’un œil, Laurine Étienne redouble en 2019 sa seconde année en raison de nombreux rendez-vous médicaux.

Mission humanitaire au Cameroun

« N’ayant plus que très peu d’heures de cours, car j’ai seulement deux matières à rattraper, je décide alors de consacrer mon temps à un voyage humanitaire au Cameroun où, après avoir récolté des médicaments dans les Ardennes, je travaille dans des dispensaires, hôpitaux et orphelinats de Yaoundé tout en donnant des cours dans des écoles à Douala et distribuant des fournitures scolaires. » Une expérience vécue comme un épanouissement et un moment chaleureux au service des autres.

« Un droit que l’on ne connait pas est un droit que l’on n’utilise pas. »

Au retour, Laurine devient durant un mois bénévole à la banque alimentaire avant de reprendre ses études pour valider ses deux matières manquantes : droit des obligations et droit administratif.

Dès 2020, elle œuvre ainsi au château du Faucon comme assistante juridique, puis au stade Louis Dugauguez en tant que responsable des loges pour le CSSA, stagiaire dans le cabinet d’avocat Delval et même collaboratrice parlementaire de Jean-Luc Warsmann. Tout cela afin de payer ses études, d’obtenir un Master 1 en droit social et de candidater pour un Master 2 en droit du dialogue social en entreprise. Elle travaillera aussi en alternance au siège social des agences d’intérim Supplay à Reims.

Par la suite, l’étudiante poursuit dans la voie doctorale pour devenir maître de conférences. Parallèlement à cela, elle signe une Convention industrielle de formation par la recherche (CIFRE), dispositif français géré par l’Association Nationale Recherche Technologie (ANRT) pour le compte du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, qui subventionne toute entreprise de droit français embauchant un doctorant pour mener un projet de recherche en collaboration avec un laboratoire public, en vue de préparer une thèse. Elle trouve ainsi en février 2024 un emploi à plein temps au Conseil départemental des Ardennes comme juriste coordonnatrice à la cellule de lutte contre la fraude au RSA.

...elle fonde sa propre entreprise

Après la suppression de son poste, lui vient alors l’idée de créer sa propre entreprise, « LME ». Baptisée « Loi Médiation Enseignement », LME – qui reprend aussi ses propres initiales : Laurine, Madeleine, Etienne – est une entreprise de juriste indépendante qui a pour vocation d’apporter une information juridique générale à tout public, particuliers, professionnels, associations et étudiants.

« Je ne suis pas avocate et ne me substitue pas aux professions réglementées. J’accompagne des clients sur la compréhension de la loi et je compte développer l’année prochaine l’aspect médiation hors cadre judiciaire. Concernant l’enseignement, je suis vacataire à l’URCA à l’IUT et suis aussi chargée d’enseignement en droit des sociétés et du travail au centre de formation de l’UIMM au Campus des Ardennes où je vais aussi proposer des formations sur l’IA et le droit du travail », détaille la jeune maman.

Désirant rendre le droit plus accessible, plus compréhensible et plus humain, la dirigeante entend également favoriser le règlement amiable de différends professionnels lorsque la situation s’y prête. « Mon parcours m’a convaincue que le droit ne doit pas être un obstacle mais un outil que chacun peut comprendre et mobiliser », conclut-elle.