Alors que Laurent Vermot-Desroches restaurait chez lui un canon de 7 tonnes et de 8 mètres de long, Bénédicte, son épouse, lui signifia que… ce n’était plus possible. Il est vrai que depuis son enfance Laurent Vermot-Desroches collectionne tout ce qui touche aux deux guerres mondiales – « du bouton de culotte au char d’assaut » –, en lien avec les combats meurtriers qui se sont déroulés dans la région de Fismes. Il a commencé, bien sûr, par remplir sa chambre, puis la maison de ses parents, puis la sienne, jusqu’à ce que Bénédicte dise « stop » ! Mais que faire, alors ? Ouvrir un musée, tout simplement...
Naissance d’une passion
Faudrait-il se méfier des classes vertes ? Heureusement, elles ne donnent pas toutes naissance à une passion aussi dévorante que le devint celle de Laurent Vermot-Desroche lorsqu’en CM2, du côté de Villers-Allerand, il tomba littéralement sur une vieille gamelle rouillée de 14-18 au fond d’une tranchée servant de cadre à une leçon d’histoire grandeur nature. « Un choc ! » dit-il encore aujourd’hui. Une passion, donc, que n’ont jamais contrariée ses parents, attentifs toutefois… à ce qu’il passe son Bac d’abord !
Après le Bac, Laurent s’engage dans un BTS Automatismes industriels au lycée Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, à Reims. Mais, au moment de poursuivre sa formation en école d’ingénieur, il opte pour l’armée. Las, quelque temps après, en 1996, à l’heure de la professionnalisation des armées françaises entraînant une réduction des effectifs, son contrat n’est pas renouvelé. Il trouve un emploi dans l’industrie de service avant de fonder sa propre entreprise en 1998, Toiles et Bâches, à Fismes, commune qui s’est toujours trouvée sur la ligne de front entre Reims et Soissons. « Avec Toiles et Bâches, je fabriquais des articles textiles, de la laisse de chien à la montgolfière, en passant par les housses pour barbecue et celles, plus techniques, destinées à l’industrie nucléaire – pour emballer notamment des composants de l’EPR de Flamanville. » Tout en restant proche de l’environnement militaire en qualité de capitaine de réserve commandant la compagnie de réserve du 1er régiment d’artillerie de marine de Laon-Couvron (Aisne), « pendant 8 ans, à raison d’une centaine de jours par an – c’est aussi une partie de ma vie ». Et tout en continuant à enrichir sa collection.
39-45 Au rez-de-chaussée, 14-18 à l’étage
Donc, un musée… « Tous les collectionneurs rêvent de créer un musée. Mais un musée c’est une entreprise, des locaux, des salariés, des financements, un modèle économique… » Autant dire « un projet irréaliste de la part d’un utopiste » – commentaire qui accompagna un des dossiers qu’il constitua pour chercher quelques soutiens. Alors… alors Laurent Vermot-Desroche a acheté en 2015 l’ancienne sucrerie de Fismes qui, pour la petite histoire – ou la grande ? – fut successivement utilisée par les Français, les Allemands et les Américains, tant en 1914-1918 qu’en 1939-1945. On passera sur le travail titanesque, avec l’aide de bénévoles tout aussi mordus, nécessaire à la restauration des bâtiments en ruine qui accueillent aujourd’hui le Musée France 40 – Véhicules. Laurent Vermot-Desroches se flatte d’ailleurs d’avoir fondé ce musée (travaux, collections, etc…) sur fonds propres, sans un seul centime de subvention ! Un musée à l’ancrage volontairement local, qui raconte la guerre au plus près du territoire à travers les éléments qu’il a rassemblés depuis plus de 50 ans : des milliers d’objets, une vingtaine de véhicules dont certains sont uniques au monde (!), des canons, des chars, et plus de 120 mannequins en tenues d’époque pour donner vie (sic !) à des scènes de bataille reconstituées. Le rez-de-chaussée (environ 1 000 m2) est consacré à la Deuxième Guerre mondiale et, depuis un an, le premier étage (800 m2) a été aménagé autour de la Première Guerre mondiale. Osons dire que la visite mérite le détour, à plus forte raison lorsque les visiteurs ont la chance d’avoir le maître des lieux pour guide.
Conseiller des productions cinématographiques
Laurent Vermot-Desroches a cédé il y a peu Toiles et Bâches, pour recréer bien vite une nouvelle société, L’Atelier Historique. Là, il restaure du matériel technique historique relatif, on l’a deviné, aux deux guerres mondiales ; il en crée aussi, pour le cinéma (parce que lorsque tout explose sur la pellicule, difficile d’y consacrer des pièces rares), des organismes nationaux, d’autres musées (il fabrique actuellement un char Renault FT, le véhicule de combat blindé et chenillé le plus efficace de la Première Guerre mondiale, pour le musée d’Albert, dans la Somme), voire des collectionneurs privés. Autre facette de son activité, qui découle assez naturellement de la précédente, Laurent Vermot-Desroches est devenu au fil du temps un spécialiste de tout ce qui a trait aux combats des deux guerres mondiales. Dans un milieu restreint, « où tout le monde se connaît », il intervient régulièrement à ce titre en qualité de conseiller sur les productions télévisées ou cinématographiques – auxquelles il peut également fournir du matériel d’époque ou reconstitué via L’Atelier Historique.
« Tous les collectionneurs rêvent de créer un musée. Mais un musée c’est une entreprise, des locaux, des salariés, des financements, un modèle économique… »
Hard rock et travail manuel
On aurait cependant tort de ne voir en Laurent Vermot-Desroches qu’un homme enfermé dans sa passion et son musée. Fan de hard rock et le heavy metal (AC/DC, Metallica, Iron Maiden, pour les connaisseurs), également découverts à l’adolescence, il n’hésite jamais à assister à un concert, accompagnés de ses deux fils de 25 et 20 ans, auxquels il a transmis le virus en même temps que celui du Musée France 40. Il empoigne aussi de loin en loin sa guitare électrique, qu’il a commencé à gratter à 12 ans... Il s’intéresse aux civilisations anciennes (il parle avec émotion de sa visite de Rome), à la peinture, à l’architecture : « Je suis un admirateur du travail manuel et je m’arrête volontiers au bord d’un chantier pour regarder les artisans travailler et discuter avec eux. »
Mais puisqu’il faut sans doute en revenir au Musée France 40, qui emploie deux salariés, précisons que 6 000 visiteurs l’ont découvert lors de sa première année d’ouverture, et qu’ils étaient quasiment 12 000 en 2025. Avec pugnacité ‘l’utopiste’ a donné corps à son ‘projet irréaliste’.