Invités / Entretiens

Jérémie Labat

Apprendre, former, transmettre

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Photo de Jérémie Labat
A travers un parcours atypique, l’humain est une préoccupation constante chez Jérémie Labat. (Crédits : JR)

Responsabilité, adaptabilité, vision stratégique, leadership, sens de la communication, rigueur… il faut bien tout cela pour diriger un campus rassemblant deux écoles privées* et quelque 200 élèves (prévision pour la rentrée 2026). À plus forte raison lorsque l’on forme ces jeunes gens pour qu’ils fassent preuve à leur tour de ces qualités afin de répondre aux exigences du marché et aux attentes des professionnels de secteurs économiques en pleine évolution. Mais, en la matière et comme on va le voir, Jérémie Labat sait de quoi il parle.

Le pied à l’étrier

Pourtant, rien – ou presque – ne le prédisposait à la fonction. Né à Reims, élevé sous l’aile protectrice de sa grand-mère maternelle dans les quartiers de Murigny, Croix-Rouge, Châtillons, le jeune Jérémie quitte vite le lycée dont l’enseignement n’était pas assez concret à son goût, et s’engage à 16 ans dans l’apprentissage, puisqu’il fallait bien faire quelque chose. La boulangerie, la vente, la mécanique ne l’attirent guère. Une amie lui dit « la coiffure » ; il répond « pourquoi pas ? ». Le voilà au CFA de Châlons. On lui promettait une voie de garage : lui, il met le pied à l’étrier. « La coiffure est un métier de contact humain. Ce fut une belle étape. » Et si les femmes n’ont plus de confesseur, elles ont un coiffeur. On apprend aussi de ce que l’on entend, et l’apprenti sait écouter… CAP, BP, il voit des commerciaux qui passent dans le salon pour vendre leurs produits ; pense encore « pourquoi pas ? » ; intègre un BTS Force de vente, en alternance, à l’EPVM de Reims (devenu AFPAM Formation) ; devient commercial.

« Le programme Mentoring Excellence by Tunon incarne l’esprit de famille que je veux instaurer, fait d’échange et d’entraide avec les anciens élèves. »

Il effectue quelques missions dans une petite Maison de champagne où il s’enquiquine sans tarder. Change de domaine et entre dans les assurances, aux AGF (devenu Allianz), où il est, à 22 ans, le plus jeune commercial du réseau national. Si l’ambiance ne l’emballe pas (« il manquait le volet humain »), les formations lui font découvrir la vie parisienne. Il retourne bientôt dans le monde de la coiffure, chez Champagne Ardennes Distribution (commerce de gros en parfumerie et produits de beauté), tout en effectuant des missions d’accueil, certains soirs et week-ends chez Moët & Chandon, car ce grand sportif (sport de combat, VTT…) a de l’énergie à revendre.

Rêves d’adolescence

De l’énergie, il en faut assurément lorsque l’on décide de poursuivre ses rêves d’adolescence. Celui de Jérémie Labat était de faire une belle école de commerce. Le voilà donc qui s’inscrit aux cours du soir du CNAM puis de l’Institut des Cadres Supérieurs de la Vente, pour enchaîner licence et maîtrise en matière commerciale et management de projet. Il quitte Champagne Ardennes Distribution, fait jouer son droit individuel de formation et, à 30 ans, se présente au MBA de Neoma BS, avec au passage quelques mois chez Wall Street Institute, vu que « j’étais nul en anglais ». MBA en poche, il atterrit chez Yves Rocher, comme responsable de secteur pour animer le réseau des franchisés. « J’y ai mes premières armes de manager. » Puis ce sera Maxi Zoo (équipement et alimentation animale) en qualité de directeur régional : « 15 magasins en direct, 75 personnes sous ma direction ». Ne pouvant évoluer chez Maxi Zoo, il arrive chez Audio 2000 (groupe Optic 2000), spécialisé en audioprothèse. La gestion de l’humain chez Audio 2000 ne lui convenant pas, il passe chez Feu Vert (entretien et vente d’accessoires automobiles), comme directeur régional d’une trentaine de centres du Grand Est, pour animer, développer, etc., routine qu’il commence à connaître et dont il fait rapidement le tour.

De belles personnes

En 2019, il se lance dans un doctorat de philosophie sur le thème du « leadership éclairé », ou comment devenir un meilleur leader pour contribuer à la réussite du collectif… Quatre ans de travail. À l’heure où il voit Feu Vert un peu moins vert, l’idée de s’orienter vers la formation, le management, le titille de plus en plus. Même s’il aime à dire qu’il n’est expert de rien mais curieux de tout, son parcours témoigne en sa faveur et, aux portes de la quarantaine, il parle d’expérience. Pour poursuivre, citons ici Graham Greene : « Il y a toujours un moment où la porte s’ouvre et laisse entrer l’avenir. » En l’occurrence, la porte est celle de Tunon, à Reims. Ce que Jérémie traduit par « un alignement de planètes en ma faveur ». Tunon connaissait quelques vicissitudes et le patron d’Eduservices* lui promet un challenge musclé (« Il ne m’a pas menti ! ») : il est chargé de redorer le blason de l’école, redonner confiance aux partenaires, reconstituer une équipe pédagogique solide, attirer les étudiants vers un projet d’excellence. Avec empathie, il entend transmettre aux élèves des valeurs qui feront d’eux, au-delà de professionnels compétents attestés, « de belles personnes, parce que le commerce, c’est bien, mais il est aussi important de s’investir à l’égard des autres ».

Philosophie, justement, qu’il met lui-même en pratique en développant sur le campus rémois ce qu’il avait déjà mis en oeuvre à Neoma : le mentoring. « À Neoma, avec quelques copains, nous étions devenus mentors de jeunes diplômés qui n’avaient pas trouvé de job après leur diplôme. Le programme Mentoring Excellence by Tunon consiste à soutenir nos jeunes diplômés qui n’ont pas obtenu un emploi dans leur domaine au bout de six mois. Nous les coachons bénévolement pour les aider dans leurs recherches. Ce programme incarne l’esprit de famille que je veux instaurer, fait d’échange et d’entraide avec les anciens élèves. » Une jolie vision de la formation supérieure, non ? La carrière de Jérémie Labat semble prouver que – comme on le dit en général du journalisme ! – la coiffure mène à tout à condition d’en sortir… Les étudiants rémois de Tunon et de Win ne devraient pas avoir à s’en plaindre.

* Depuis 1964, l’École Internationale Tunon forme aux métiers de l’événementiel, du luxe, du tourisme, de l’hôtellerie et de l’aérien, jusqu’à Bac+5, à travers ses 20 campus (France métropolitaine, outre-mer et Suisse). Win, école de management du sport, forme au management, marketing, événementiel sportif, sponsoring et développement commercial dans ses 23 sites en France, plus Genève et Madrid. Les deux écoles font partie de l’Alliance Eduservices, groupe familial fédéré en 2010 et dirigé par Philippe Grassaud, et spécialiste français de l’enseignement supérieur privé en apprentissage.