« J’ai toujours travaillé dans l’agroalimentaire. Je suis né à Paris et j’ai grandi en Touraine. J’aime la mise en réseau pour développer ce secteur ». Jean Thomas Robichon est surtout un défenseur de tous les producteurs locaux qu’il fédère autour de l’Association Régionale des Entreprises Agroalimentaires (AREA) Champagne Ardenne et de la marque Savourez la Champagne Ardenne. Une soixantaine d’entreprises du Grand Est, de toutes tailles, adhèrent à l’association qui propose des événements, des rencontres professionnelles, des accompagnements pour faire du business et être référencé chez les distributeurs. Elles représentent environ 350 millions d’euros de chiffre d’affaires hors grand groupe comme InVivo ou Bonduelle par exemple.
Jean Thomas Robichon connaît tout le monde. Il est dans l’agroalimentaire depuis toujours. « J’ai obtenu une maîtrise des sciences et techniques en production animale et un DESS de nutrition dans les pays en développement à Montpellier. J’ai grandi un peu en Afrique, mon père travaillait au Congo, ça me plaisait bien ». Alors, après ses études, il part au Togo dans le cadre de son service national volontaire. Là-bas, il crée un biscuit nutritionnel pour les enfants. « J’étais dans un monastère bénédictin. J’étais déjà dans le produire local. C’était génial, c’était une expérience. J’ai appelé le biscuit Aramis, le biscuit de la force ! Il était composé d’arachide et de maïs, une matière première locale. J’étais déjà dans la souveraineté alimentaire totale. » Le biscuit est produit par les Bénédictines et vendu dans les écoles, au monastère, puis dans les supermarchés. Il existe toujours. Une de ses amies est allée dans ce monastère et lui en a rapporté récemment !
La bonne rencontre
De son aventure africaine, Jean Thomas Robichon en tire une force. « Quelque chose qui te pousse vers le haut et qui m’aide encore aujourd’hui, ça m’anime en fait, cela a été un tremplin. » Une très bonne expérience « surtout par le sens qu’on donne au travail ». De retour à Paris, après une formation en marketing des achats, il fait la bonne rencontre. « Un professeur qui était le frère du PDG de Décathlon, me dit : Tiens, tu pourrais aussi aller chez nous pour voir si on peut faire de la nutrition pour les sportifs. » C’était en 1991, il y restera jusqu’en 1998. Embauché après un stage comme ingénieur nutrition, acheteur puis chef de marque, il développe les produits pour l’Europe. « J’ai commencé par une pâte de fruits. Je me souviens encore du code barre : 579 675 ! Je me suis dit qu’il fallait démarrer fort avec le meilleur confiseur de France et le tarif le plus bas. Voilà. J’ai mis tout cela en nez de caisse et c’est parti ! » Tout s’enchaîne et le succès est au rendez-vous. Dix premiers produits sont commercialisés, les 180 responsables de rayon européens sont formés et trente nouveaux produits, barres, boissons et soins, sont lancés.
« Il faut développer des marques fortes de PME pour le territoire. »
Jean Thomas crée alors les marques Aptonia et Hydra pour les boissons énergétiques. « La troisième réussite a été les protéines pour les bodybuilders. Nous avons commencé par un pot pas cher, d’excellente qualité et quatre mois après, j’ai dû faire des seaux de cinq kilos ! Ça se vendait comme des petits pains ! » Jean Thomas Robichon sillonne le monde en quête d’innovations. « C’est une super entreprise très concrète avec une vision à vingt ans. » Quand il quitte l’enseigne de sport, il passe un MBA de management agroalimentaire international et rejoint le service commercial du SIAL(Salon international de l’agroalimentaire). Il assurera ensuite des conférences et des missions de conseils en nutrition et tendances agroalimentaires.
Au coeur de toutes les productions
Depuis 2009, chez AREAà Troyes (qui s’appelait I3A), Jean Thomas Robichon travaille non seulement sur l’accompagnement des producteurs mais aussi sur la création d’un groupement d’employeurs pour l’agroalimentaire. En 2014, la naissance de Convergence permet de centraliser et de mutualiser les ressources humaines aux besoins des entreprises. « Les grands groupes viennent chez AREA pour les problématiques de métier. Le référencement local les intéresse moins. Pourtant pour le recrutement local, si nous disons dans les rayons que les produits Bonduelle ou que les chocolats Jacquot et autres sont fabriqués dans l’Aube, c’est pertinent et cela peut aussi envoyer des candidats dans les sites de production. » Une centaine d’entreprises ont rejoint Convergence, dont 30 % en agroalimentaire.
En quête d’identité locale, Jean Thomas Robichon développe une bannière collective d’appartenance au territoire avec Savourez la Champagne Ardenne. Le label peut être mis sur les emballages et prétexte à des événements. « Nous sommes dans le développement commercial, je crée la connexion avec des acheteurs, c’est notre ADN. Je travaille aussi sur l’attractivité des métiers. Il faut remettre en place des filières, inciter les jeunes à venir dans ces filières. » Les acteurs manquent en effet d’opérateurs de production et de maintenance. Soutenu par la Région, AREA encourage les lycées à proposer des formations dans les lycées. L’association sensibilise les collégiens avec la semaine nationale de l’emploi prévue en novembre pour visiter les entreprises. Pour compléter, son équipe réalise des vidéos métier avec le témoignage de professionnels. « Parce qu’un jeune de Troyes qui voit la vidéo d’une entreprise de Bordeaux ou de Brest sur TikTok, il ne se sent pas concerné. Mais si l’entreprise est à 20 km de chez lui, là, il se dit ‘‘pourquoi pas’’. Et si nous réalisons une vidéo de savoir-faire d’entreprise pour diffuser sur les réseaux, autant faire d’une pierre deux coups et la diffuser dans les supermarchés. » L’attractivité des métiers reste donc un gros challenge pour maintenir la filière.
Avec des salons pour les grandes enseignes de distribution et des événements comme le salon de l’épicerie fine qui s’adresse plus aux producteurs qui n’ont pas forcément le volume pour entrer en grande distribution, Jean Thomas Robichon travaille sur toutes les mises en relation pour faciliter l’accès au marché y compris à l’export. À l’image du tourisme, la Région Île-de-France est une cible pour faire des opérations et implanter Savourez la Champagne dans les magasins et continuer de travailler avec ARIA France. « Il faut faire comme les Bretons et développer des marques fortes de PME et utiliser la force collective. » L’export est aussi une piste. Il y a trois vitesses : celle des petits producteurs, celle des PME et celle des grands groupes. Aussi, l’équipe d’AREA multiplie les visios et ouvre de nouvelles perspectives comme celle des stations-service. « Je trouve cela génial de connecter les gens et de voir nos adhérents satisfaits. Cela fait 17 ans que je suis à Troyes pour AREA et je n’ai pas vu le temps passer… Je ne m’ennuie pas, ce n’est jamais la même chose et toujours en gardant l’idée du service aux entreprises. »