Agriculteur de père en fils, Guillaume Maman préside la Chanvrière de l’Aube depuis fin janvier, bouclant ainsi les liens qu’il tisse avec le chanvre depuis l’enfance. « Je suis passionné par mon métier. Je pense qu’il le faut pour être agriculteur, et particulièrement pour l’élevage. Mes parents étaient agriculteurs à Ossey-les-Trois-Maisons, ils travaillaient sur les grandes cultures avec des céréales, de la betterave et du chanvre. » Alors, quand Guillaume Maman reprend l’exploitation en 2003, il poursuit. D’abord accompagné par ses parents, ensuite en solo six ans plus tard. Il ajoute également la production de semences et récolte les graines qu’il revend à des distributeurs et une activité d’élevage avec quelques 400 brebis. « Sur une exploitation familiale comme la mienne, l’élevage rapporte du revenu. Le cours de la viande ovine est plutôt bon en ce moment. Nous sommes déficitaires en production de viande en France. Nous importons environ 60 % de la consommation de mouton. » Positionné par ailleurs sur une filière certifiée, Guillaume Maman produit une viande qualitative et donc rentable mais contraignante. « Tous les matins, vers 6 h 30, je m’occuppe des moutons, des soins des petits, de ceux qui peuvent être malades. Ensuite, je vais sur les grandes cultures puis à la Chanvrière ! »
Le bon sens paysan
Quarante hectares de chanvre, trente de graminées, quarante cinq de betteraves, vingt de luzerne et prairies. Résilient, il intègre naturellement les particularités du changement climatique dans ses pratiques. « L’orge de printemps, avec les changements climatiques, je le sème plutôt à l’automne. L’hiver est moins rude avec moins de risque de gel et on peut espérer un meilleur rendement. Le métier change, mais on est toujours dans les champs et sur le même modèle. Quand je me suis installé, nous parlions de diversification, mais lorsque je regarde autour de moi, il y a peu d’exploitations avec des cultures particulières. Nous dépendons du marché mondial. Si nous faisons une mauvaise récolte, les prix n’augmenteront pas pour autant parce que la récolte est bonne ailleurs. Pour autant, nous subissons les hausses de charges, le coût des matériels et maintenant les carburants. Dans les cultures qui ne s’en sortent pas trop mal, il y a les betteraves et le chanvre. » Avec des prix maîtrisés par la coopérative, les producteurs savent ce qu’ils seront payés. Une culture rentable. En vingt ans, Guillaume Maman a doublé son volume de chanvre, passant de 15 à 35 hectares.
« Je veux que les agriculteurs soient fiers de produire du chanvre et qu’on soit envié ! »
Le site de Saint-Lyé arrive à saturation avec 100 000 tonnes transformées pour la quinzaine de marchés du chanvre dont les litières pour chevaux, la papeterie ou l’oisellerie qui génèrent du volume quand ceux du textile, de la cosmétique, de l’alimentaire, produisent de la valeur. Avec l’ouverture d’une deuxième usine dans les Ardennes, les besoins en chanvre vont augmenter pour mieux alimenter les marchés. « Il faut bien comprendre que le chanvre n’a d’intérêt et n’est rentable, que si l’ensemble de la plante est valorisé. Donc il faut trouver des marchés pour tous les composants de la plante pour faire évoluer ces marchés les uns par rapport aux autres en fonction de nos productions. L’idée, c’est d’augmenter à peu près de 1500 hectares par an. Et pour avoir 1500 hectares, il faut compter une centaine d’adhérents environ. Nos adhérents font en moyenne 16 hectares. La Chanvrière compte 800 adhérents et cette année nous devons avoir cinquante nouveaux producteurs. L’objectif des prochaines années est que nous soyons à cent nouveaux producteurs chaque année. » Lorsque la Chanvrière est construite en 2015, Guillaume Maman s’investit beaucoup dans la commission usine industrielle. Il acquiert ainsi une bonne base pour la construction de la nouvelle unité qui ouvrira à l’automne 2027. La nouvelle usine permettra de faire du vrac de chènevotte ou des sacs de 20 kg. Elle pourra réaliser 50 000 tonnes de défibrage envoyées ensuite à Saint-Lyé pour affiner les fibres.
Se retrousser les manches
Aujourd’hui, Guillaume Maman a trouvé son rythme de croisière. Lui qui a suivi une filière agricole au lycée de Saint-Pouange (10) puis en production végétale à Dijon avant de se former à la gestion et comptabilité, ignore si l’un de ses trois enfants choisira aussi de suivre sa route et d’embrasser l’agriculture. Il n’y a pas de formation spécifique dédiée au chanvre dans les écoles auboises, pour autant, les acteurs de la Chanvrière rencontrent les futurs agriculteurs pour les sensibiliser à sa culture et à l’organisation à mettre en place. Le président de la Chanvrière conseille ainsi aux jeunes agriculteurs « d’y aller progressivement, ne pas s’emballer et de ne pas hésiter à se retrousser les manches pour rechercher de la valeur sur son exploitation. » Cultiver du chanvre demande une organisation avec un investissement matériel avec des espaces de stockage. Le président de la Chanvrière conseille aussi une mutualisation des équipements et de la main d’oeuvre via une CUMA par exemple.
« Nous sommes une dizaine d’agriculteurs regroupés et nous cultivons environ 300 hectares par an. Pour le chanvre, c’est mieux d’être à plusieurs. On apprend plus vite et on libère les champs plus rapidement. » En 2026, 13 000 hectares de chanvre ont été cultivés, l’objectif est d’atteindre 20 000 hectares à cinq ans. « Il y a un pas à faire, un ticket d’entrée qui peut paraître compliqué. Mais quand on a fait ses deux ou trois premières récoltes, on est content et c’est intéressant ! » Le chanvre offre des débouchés dans tous les secteurs au delà de ses vertus pour les sols. Depuis quelques années, les marchés sont demandeurs du produit sous toutes ses formes et la matière manque. D’autant qu’in 2025 le rendement a été affecté notamment par le climat et quelques lots de semence moins productifs. Si la France et la Chanvrière de l’Aube sont leaders en Europe, « le chanvre intéresse tant en France qu’à l’étranger et nous sommes directement sollicités pour accompagner des projets tant sur le territoire national qu’à l’étranger. Je souhaite que le chanvre trouve toute sa place dans l’agriculture auboise et française et que nous soyons enviés. Qu’il y ait une file d’attente pour entrer à la Chanvrière ! Je veux que les agriculteurs soient fiers de faire du chanvre et qu’ils y trouvent un intérêt ». Un intérêt agricole, financier, mais aussi un intérêt environnemental et sociétal.