Un agenda copieusement rempli n’a guère laissé au nouvel administrateur du palais du Tau le temps de prendre ses marques, de s’échauffer un peu, en quelque sorte. Entré en fonction ce 1er septembre, il accueillait deux jours plus tard – dans la cour d’un palais du Tau en plein travaux – les mécènes ayant contribué à la réfection du dallage de la chapelle Palatine.
Décontracté, souriant, disert, comme s’il avait toujours été là, Gautier Verbeke parlait déjà de ce « patrimoine vivant », ce « ciment de la société à faire fructifier », qui est « l’affaire de tous » (cf. PAMB n° 8194). Il jouait de toute sa maîtrise de la relation au public dont il a, il est vrai, une certaine expérience. N’a-t-il pas été, au début de sa carrière, guide conférencier à temps partiel au palais des Beaux-Arts de Lille ? « Le guide, c’est le premier médiateur d’un lieu. »
Activité dans laquelle, déjà, le jeune Gautier faisait montre d’une évidente capacité à aller vers les autres. « Je tiens cette sociabilité de mon père, explique-t-il, avec une pointe d’émotion en évoquant ce père trop tôt disparu. Chef d’entreprise, il a toujours regretté de n’avoir pu faire les Beaux-Arts, et il m’emmenait dans les musées. Il m’en a donné le goût. » Ce qui le conduira vers un DEA d’histoire de l’art.
La culture au service de la société
Pourtant, au début des années 2000, c’est à la FNAC de Lille que Gautier Verbeke effectue ses premières armes professionnelles – « Une expérience très intéressante et formatrice ». Chargé de la littérature française et… des beaux-arts, il s’y forme à l’animation et à l’encadrement d’équipe, à la gestion financière, à la négociation. « La rencontre d’auteurs et d’éditeurs fut aussi très stimulante et m’a ouvert des horizons. » D’ailleurs, il n’oublie pas que le palais du Tau abritera bientôt une librairie-boutique et qu’il pourra faire valoir quelques connaissances en ce domaine !
Gautier Verbeke est profondément convaincu qu’il faut ouvrir les portes des musées et des établissements du patrimoine à tous les acteurs d’un territoire, « notamment à ceux qui pensent qu’ils n’ont pas leur place au musée ».
C’est en 2014 qu’il entre vraiment ‘‘au musée’’. Il rejoint alors le Louvre-Lens en qualité de médiateur culturel. En guise de clin d’oeil, il y a vu aussi un hommage à son grand-père qui fut mineur dans sa jeunesse (si l’on peut dire…).
Gautier Verbeke est profondément convaincu qu’il faut ouvrir les portes des musées et des établissements du patrimoine à tous les acteurs d’un territoire – et au-delà si affinités – « notamment à ceux qui pensent qu’ils n’ont pas leur place au musée. Je considère que ma mission, mon devoir, c’est de mettre ce patrimoine au service de tous, et de faire en sorte que ces monuments, ces collections, soient déclencheurs de ‘‘quelque chose’’ chez ces personnes. »
Dans cette optique, il engage au Louvre-Lens un partenariat avec Pôle-Emploi. « Pendant une semaine, il s’agissait pour des demandeurs d’emploi d’étudier une oeuvre de leur choix, d’en définir le contenu culturel. Parallèlement, ils travaillaient sur la confiance en soi et la prise de parole en public, et ils présentaient le résultat à la fin de la semaine. Ce partenariat a été rejoint et soutenu par les mécènes du musée, et nous avons même organisé des séances de job dating avec eux. C’est une façon de mettre la culture au service d’un enjeu concret, au service de la société… »
Un public qui lui est cher
Cette manière d’innover, d’imaginer, d’être à l’écoute des problématiques des individus l’amène au musée du Louvre à Paris, dont il devient directeur de la médiation et du développement des publics. « Une direction riche et dense, où j’ai beaucoup appris. » Mais qui, paradoxalement, l’éloigne de ce public qui lui tient à coeur. « Quand vous avez plus de 200 collaborateurs à manager, vous ne voyez plus le public. Comme je ne pouvais pas aller plus loin dans cette voie, il était temps pour moi d’envisager d’autres responsabilités. »
Et de retrouver un lien plus direct avec ce public qui, on l’a compris, lui est cher. Il découvre le projet du palais du Tau, le plus important actuellement porté par le Centre des Monuments Nationaux (CMN). « J’ai vite été séduit par l’ambition du projet, et tout ce qu’il est possible de raconter autour du grand parcours de l’histoire des sacres et de leur dimension à proprement parler ‘‘extraordinaire’’ ». Au palais du Tau, il s’agit, entre autres, de redéployer des collections muséographiques qui n’ont pas été revisitées depuis l’ouverture du musée, en 1972 ! Or, Gautier Verbeke a un profil très ‘‘musée’’. Il est habitué au langage des expositions. Il postule. Et force est de constater qu’il a su convaincre le CMN qu’il était l’homme de la situation !
Une mission humaine
Certes, administrateur du palais du Tau, des tours de la Cathédrale de Reims et du château de Haroué [1], l’exercice est nouveau pour lui. Mais il se réjouit de cette « mission humaine » qui consiste à « incarner le monument, le faire vivre, veiller à toute sa programmation, à sa renommée et son rayonnement touristique » (‘‘urbi et orbi’’, bien sûr !).
Au-delà des stricts contours de sa mission, Gautier Verbeke sait qu’il va pouvoir donner la pleine mesure du sens du service public qui l’anime. « Il s’agit ici d’un sujet qui est mon moteur, avec un rapport aux autres essentiel. » De quoi mettre en oeuvre, également, ses « notions d’histoire de l’art » (sic !).
Il tarde à Monsieur l’administrateur de rouvrir un monument qui est dans sa quatrième année de travaux, ce qui est en principe prévu au printemps prochain. Pour l’heure, après un gros mois de présence à Reims, Gautier Verbeke se sent déjà très bien accueilli. S’il ne renie en rien ses origines Ch’tis, il avoue – toute honte bue – ne pas être un grand amateur de bière, à laquelle il préfère de loin le champagne. Il devrait s’acclimater rapidement…
[1] Pour… l’anecdote, l’intitulé du poste mérite une explication. Si un monument comme le palais du Tau appartient à l’Etat, les cathédrales ont un statut complexe. Leur partie cultuelle relève du clergé, leur entretien dépend des Directions Régionales des Affaires Culturelles, et le Centre des Monuments Nationaux est chargé de l’exploitation et de la valorisation auprès du public. Quant au château d’Haroué, près de Nancy, il fait partie de la circonscription sur laquelle intervient l’administrateur et, bien qu’il soit privé, son exploitation et sa valorisation reviennent au CMN.