Le Macaron Bleu à Bezannes, c’est avant tout l’histoire d’un projet un peu fou mené par Frédérique Watremet. Originaire de Cambrai, dans le Nord-Pas-de-Calais, elle effectue une carrière d’ingénieure d’affaires dans l’industrie textile dans sa région d’origine dans les années 80 et 90. En 1999, elle arrive à Reims au gré d’une opportunité professionnelle et intègre le groupe Trèves, spécialisé dans l’équipement automobile. Dix ans plus tard, l’entreprise met en place un plan social et Frédérique Watremet cherche une nouvelle orientation à sa carrière professionnelle. « Début 2009, avant de quitter l’entreprise j’ai réfléchi à ce que je voulais faire et j’ai eu envie de créer ma propre entreprise : une boulangerie-pâtisserie ». Un changement radical de carrière qui n’effraie toutefois pas la quadragénaire, plus déterminée que jamais à réussir sa reconversion. Après avoir réalisé son business plan et une fois son dossier validé par le CSE, elle doit désormais passer son CAP Pâtisserie pour poursuivre son projet. « Il n’existait pas de formation dans la Marne, j’ai dû alors me rendre à Rouen pour me former », se souvient-elle. Cinq mois de formation express pour décrocher le précieux sésame en décembre 2009 et enfin pouvoir poursuivre la création de son entreprise.
Après avoir d’abord cherché en vain une affaire à reprendre, Frédérique Watremet revoit son projet pour acquérir un terrain à Bezannes, où elle construira sa propre boulangerie-pâtisserie. Après un parcours du combattant pour obtenir l’intégralité de ses financements puis un an de travaux, c’est donc en avril 2011 qu’ouvre le Macaron Bleu, une des toutes premières entreprises de la zone de Bezannes encore quasiment inoccupée.
Meilleure galette de la Marne
Quinze ans plus tard, tout comme la zone d’activités, l’entreprise a bien grandi, passant de 5 à 16 collaborateurs et raflant de nombreux prix dans les concours auxquels a participé l’équipe. Dès 2012, le Macaron Bleu remporte le prix de la meilleure galette des Rois à la frangipane de la Marne, une performance que les pâtissiers ont réédité en 2022, 2024 et 2026. Lauréate de la région Grand Est en 2024, la galette de Bezannes a aussi atteint la quatrième place du concours national en 2025. Le fruit d’une régularité dans la qualité à laquelle est fortement attachée la fondatrice de la boutique, qui ne ménage pas son implication.
« À la création du Macaron Bleu j’étais spécialisée dans la création de gâteaux personnalisés. J’ai dû arrêter cette activité en 2017 car elle était trop chronophage », regrette un peu Frédérique Watremet qui se reconcentre alors sur la boulangerie-pâtisserie plus classique et développe aussi une activité traiteur. Après une expérience mitigée de recrutement d’une adjointe pour lui permettre de se libérer du temps après plus de 10 ans d’activité très intense, seule à la barre de l’entreprise, un potentiel acquéreur se présente à elle en 2024. « J’étais résignée à vendre. J’ai alors fait valoriser la boutique et nous avons entamé les négociations », se souvient-elle. Lors d’un appel en visio, elle fait part de ses intentions à sa fille Raphaëlle qui était alors en Nouvelle-Zélande à l’issue de ses études en d’ingénieur agronome et d’œnologue. « Je lui ai dit : ne fais pas ça ! Je rentre et je vais venir t’aider », sourit la jeune femme. Il faut dire que cette dernière a littéralement grandi dans le Macaron Bleu.
« Nous nous entendons extrêmement bien et nous sommes très complémentaires ».
Âgée d’une douzaine d’années à la création de l’entreprise, elle en connaît tous les recoins. « J’ai fait tous mes jobs d’été ici, j’ai travaillé avec les filles de l’équipe, elles m’ont vu grandir et ce sont aussi elles qui m’ont formée à la vente », se souvient-elle. « Je n’avais pas pour projet de reprendre l’entreprise, j’étais partie dans une toute autre voie. Mais à force de fréquenter des entrepreneurs dans le cadre de mes études et de mes stages, j’ai eu moi aussi envie d’entreprendre et d’apprendre le métier de dirigeant. Et puis je dois avouer que j’avais quelque part dans un coin de ma tête l’envie que le Macaron Bleu reste dans la famille… ».
En parallèle, signe du destin, les négociations avec le repreneur piétinent et n’aboutissent pas. Frédérique Watrement revoit alors ses plans. À l’été 2024, Raphaëlle rentre de Nouvelle-Zélande, effectue une mission déjà programmée dans une grande Maison de champagne, puis rejoint sa maman. « L’idée était de gérer l’unité de production de l’entreprise pendant quelques mois puis de retourner dans le monde du vin. Mais l’expérience m’a tellement plu que je n’avais plus envie de repartir d’ici ».
Une guinguette qui détonne
Depuis, mère et fille travaillent en binôme, chacune avec son expérience et ses idées, en toute complémentarité. « Je ne viens pas juste pour reprendre l’activité », souligne Raphaëlle. « Je veux aussi apporter ma touche personnelle, avec tout ce que j’ai pu observer au cours de mes voyages. Partout, il y a de nombreux concepts intéressants que nous pouvons développer ici », ajoute-t-elle sous le regard approbateur de Frédérique : « Nous nous entendons extrêmement bien et nous sommes très complémentaires ». C’est ainsi que le Macaron Bleu a organisé une Guinguette en septembre 2025, avec cinq intervenantes, artistes, vigneronnes et DJ pour un événement festif. Une réussite immédiate qui connaîtra une suite avec une deuxième édition déjà programmée le 20 juin prochain.
Il faut dire que l’une comme l’autre ne manquent ni d’énergie ni de volonté. Pour Frédérique, pouvoir se libérer du temps ne signifie pas se reposer. Témoignage supplémentaire de son caractère déterminé et de sa persévérance à toute épreuve, cinq ans après s’être mise au karaté, elle a déjà décroché sa ceinture noire. « Serai-je capable de m’arrêter un jour ? », s’interroge-t-elle en souriant. Si elle prévoit bien de laisser les clés de la boutique à sa fille, pas question de rester inactive pour autant ! « J’aime les maths et la physique », rappelle celle qui a fait math sup et math spé. « Je me verrais bien repasser le bac pour voir ce que cela donne avec 40 ans de recul. J’ai besoin de défis.... »
Nullement étonnée, de son côté, Raphaëlle, devenue co-gérante de l’entreprise, poursuit son apprentissage et sa formation. Elle aussi va passer son CAP Pâtisserie, au lycée Gustave Eiffel de Reims, qu’elle espère intégrer rapidement pour obtenir son diplôme au plus tôt. Une manière de s’intégrer encore davantage dans l’entreprise. Sans oublier les projets de travaux initiés par Frédérique et que les deux femmes ont pour objectif de concrétiser d’ici 2027. « Après 15 ans d’existence, nous sommes un peu à l’étroit ici. Nous avons un peu de place autour de la boutique et nous avons besoin de nous agrandir. Reste à savoir ce que nous allons faire exactement », explique Frédérique qui étudie sérieusement toutes les éventualités en binôme avec Raphaëlle. Car au-delà d’être un pari un peu fou réussi par Frédérique Watremet, le Macaron Bleu c’est aussi une histoire de transmission entre une maman et sa fille. Une transmission tout en douceur, à l’image de celles que l’on trouve dans leurs vitrines.