Fille d’une pharmacienne et d’un ingénieur automobile ayant exercé dans différentes PME ardennaises (Valfond Mécanique, Janves, Faurecia), Camille Muller a passé « une jeunesse heureuse et très simple, studieuse à l’école, solide en amitiés et passée à lire, faire des ballades le long de la Meuse et sur la Place Ducale mais aussi à pratiquer la danse à Arduina, à Charleville-Mézières ».
Alors installée dans le Nord de la France, depuis mars 2024, elle est revenue dans les Ardennes pour rejoindre la team Cabaret Vert en devenant responsable développement durable. « En 2023, alors qu’il était juriste en entreprise pour Castorama à Lille, mon conjoint a décidé de participer avec sa sœur à un nouveau projet familial au sein de la bijouterie Moglia à Charleville-Mézières pour assurer la succession de ses parents. Cela impliquait aussi pour moi un retour aux sources. Et après quelques mois de télétravail de consultante RSE pour mon employeur lillois, Imagreen, je me suis sentie un peu seule. J’ai donc répondu à une offre parue sur LinkedIn et émanant de Flap qui recherchait un responsable de développement durable, ce qui correspondait parfaitement à mon ADN », se remémore Camille, sensible à cet enjeu.
Elle postule immédiatement et envoie une lettre de motivation : Elle est reçue par les directeurs Julien Sauvage et Cédric Cheminaud et le coordinateur Mathieu Dubois qui fait aussi office de RH.
« Ce que j’avais fait jusque-là dans l’évènementiel et la démarche RSE m’ont préparé à cette entrevue. En tout cas, j’ai senti que c’était ma chance, j’alignais beaucoup de cases et étais prête à tout lâcher pour obtenir ce poste. Le courant est bien passé et je suis sortie confiante de ce rendez-vous ». Deux jours après, Camille Muller reçoit un coup de fil. Elle est embauchée et prend son poste dans la foulée.
Une troisième édition
« La passation avec mon prédécesseur, Jean Perrissin, a été facilitée par son travail en amont. Durant plusieurs semaines ensuite, il m’a aidé à prendre mes marques en me présentant à la fourmilière de bénévoles, aux membres du conseil d’administration et aux prestataires ainsi qu’aux équipes en place tout en répondant à mes questions. Avec une équipe aussi bienveillante, ça ne pouvait que bien commencer ! »
Pour l’ex-festivalière, passée cette fois de l’autre côté des barrières, l’édition 2024 sera celle des repères. Au cours de cette prise de pouls, elle a su faire valoir son sens du relationnel. En 2025, la trentenaire entre pour de bon dans le vif du sujet. Elle retrouve le pilotage d’évènements et la mise en œuvre opérationnelle sur le terrain. « Avec le raccordement du réseau électrique à une grande partie du festival, la suppression de 63 % des groupes électrogènes par rapport à 2024, le déploiement de la vaisselle réutilisable sur cinq stands gérés par des bénévoles et la mise en place d’une trentaine de stands de restauration, soit 77% de fournisseurs de denrées alimentaires issus du territoire et 55 % de plats proposés, végétariens, ce fut l’année des grandes nouveautés ». Sans oublier la séparation et la valorisation des dix flux de déchets triés.
En termes de mobilité, autre fort enjeu de l’évènement musical ardennais, Camille Muller a eu là aussi de quoi se réjouir des progrès affichés. « Avec la mise en place après les ultimes concerts de deux lignes TER à destination de Givet et en direction de Reims, de six lignes de cars desservant une trentaine de communes ardennaises et de navettes gratuites vers les quartiers carolomacériens, on a vraiment bien maillé les choses. Cela, main dans la main avec la Région, Ardenne Métropole et les opérateurs Ardelia, le TAC et Cyclam ».
En pleine préparation de l’édition 2026, Camille Muller n’en pense pas moins aux prochaines échéances. « Avec la transformation future de la friche de la Macérienne, l’étude en cours sur la réhabilitation de la centrale hydroélectrique toute proche, l’injection d’énergie dans une boucle d’autoconsommation collective grâce à des panneaux photovoltaïques installés sur les toits de plusieurs bâtiments, je m’apprête encore à prendre part à de beaux projets structurants. »
« Avec la transformation future de la friche de la Macérienne, je m’apprête encore à prendre part à de beaux projets structurants. »
Après avoir obtenu un bac économie sociale en 2009 au lycée Chanzy, Camille avait éprouvé l’envie de quitter le département pour se projeter vers… l’architecture en intégrant l’ENSA à Paris-la Villette. « J’ai vécu deux ans là-bas, c’était super, j’adorais même mon studio de 13 m² situé sous les toits au sixième étage d’un immeuble sans ascenseur. Mais hormis les visites de bâtiments, je n’appréciais pas plus que cela les cours d’architecture. Reste que j’ai fait beaucoup de belles découvertes avec des amis des quatre coins de la France ». Après cela, elle se réoriente vers une licence en histoire des arts en mettant le cap sur Lille où elle rejoint son conjoint.
De l’événementiel…
Deux ans plus tard, elle repart à Paris pour obtenir à l’IESA un Master en commercialisation et diffusion lié au marché de l’art contemporain. « Je me sentais bien car, outre l’aspect recherches, j’ai effectué pas mal de stages en découvrant l’univers des galeries d’art et des musées (Orsay, Pompidou, la Cité de l’architecture et du patrimoine dans le Palais de Chaillot) en m’occupant des privatisations d’espaces pour les évènements d’entreprises ». Au terme de cette alternance, Camille se voit proposer un premier poste en CDI. « Une situation confortable qui m’a permis de rester dans la capitale avec une mission plus étoffée : la mise en place d’évènements en lien avec les techniciens, les régisseurs, les prestataires et les clients de partenaires. Je m’occupais aussi de la tenue d’évènements d’ampleur comme les remises de prix, les défilés de mode ou des dîners de prestige. Mais aussi le suivi budgétaire et la conception de supports (book et vidéos) ». Mais ce travail enrichissant tant sur le plan humain que professionnel et au cours duquel, durant cinq ans, elle a déployé beaucoup d’énergie finit par lasser Camille, avide de redonner un peu de sens à son parcours.
…au développement durable
En veille sur d’autres opportunités, la Carolomacérienne bifurque en 2018 dans le développement durable en répondant à une offre de l’association Réseau Alliances à Marcq-en-Barœul dans le département du Nord : un poste en CDD de neuf mois consistant à devenir chargée du projet « Trophées de l’Economie responsable » dans les Hauts-de-France. « Il s’agissait d’organiser un évènement annuel récompensant les entreprises ayant une démarche RSE avancée ou innovante ».
Elle devait dénicher des PME de différents secteurs répondant à ce critère avant de les aider à faire un dossier de candidature et à structurer leurs démarches dans le développement durable. « La personne qui m’avait recrutée a fait confiance à mon savoir-être tout en me formant. Ce qui a donné un autre tournant à ma carrière. Par la suite, elle m’a demandé de l’accompagner dans un cabinet de conseil pour soutenir des entreprises sur le prisme de la RSE en les aidant à obtenir des certifications et à lancer des feuilles de route sur ce sujet ».
Après avoir vécu diverses expériences à Paris, Lille et dans les Hauts-de-France qui lui auront servi de socle, Camille Muller est revenue avec plaisir dans les Ardennes écrire une nouvelle page de son existence. Un choix assumé qui lui permet de continuer son engagement dans la décarbonation et le circuit court. Une manière aussi de conserver son identité.