Invités / Entretiens

Aubin Leduc

Un fleuron tout sauf artificiel

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Photo de Aubin Leduc
« Ici, il y a une culture zéro gaspillage, économie à tout niveau dans les processus de production. » (Crédits : MBP)

« Je recherchais une entreprise ayant une longue existence, un parcours familial, une entreprise de niche avec une valeur perçue par le client. Une entreprise qui fonctionne bien avec une certaine taille et un management intermédiaire. » Quand Aubin Leduc recherche une reprise d’entreprise, il n’imagine pas arriver à Radonvilliers dans l’Aube avec ses 320 âmes et 14 habitants au km². Après avoir travaillé dans le conseil, puis dix ans dans des grands groupes comme Suez etSéché Environnement, il reprend la société Théveninet plonge dans l’univers des fleurs artificielles. « Dans mes précédentes activités, j’ai eu l’occasion de reprendre deux PME. Cela m’a sensibilisé à cet univers changeant et m’a donné le goût d’entreprendre. J’ai donc suivi une formation à la création et reprise d’activité quand j’étais encore en poste, en me disant « je vais reprendre quelque chose, je me forme d’abord. » Bien m’en a pris, parce qu’à l’issue des trois semaines d’une formation intensive avec des avocats, des experts-comptables et des entrepreneurs, je me suis rendu compte que l’entreprise que j’avais visée n’était pas adaptée à mon projet et à ce que je pouvais apporter en termes de développement. J’ai donc revu mes ambitions. »

Aubin Leduc, accompagné par des professionnels de la mise en relation d’entrepreneurs et d’investisseurs, se voit proposer l’entreprise auboise Thévenin en quête d’un repreneur après quatre générations familiales. Lui qui avait rayé le Grand Est des régions cibles refuse. « Je viens du service et de l’industrie, la fleur artificielle, ce n’est pas mon univers. » Pourtant, il suffira de deux jours sur place pour qu’il soit convaincu que la reprise de l’entreprise créée en 1952 est son nouveau challenge. Il se positionne. Les équipes jeunes et engagées qui ont intérêt à ce que l’entreprise fonctionne le séduisent.

« La fleur artificielle est un marché très stable et même en croissance, notamment sur tout l’univers de la décoration. J’ai trouvé qu’il y avait un potentiel très important justement dans des axes complémentaires. Le produit est de belle facture et l’idée de participer à la réindustrialisation de la France me plaît. » Thévenin commercialise des compositions en fleurs artificielles pour toutes les occasions depuis 52 ans et les distribue principalement via la grande distribution.

700 000 compositions par an

Le chef d’entreprise ambitionne de porter à 10 millions d’euros, à 2030, le chiffre d’affaires de la fleur artificielle, stable depuis quelques années à 5 ou 6 millions d’euros. Pas forcément par l’export, sauf opportunité, pour Thévenin qui réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires en France et est présente dans les pays limitrophes.

« L’idée, c’est d’aller vraiment chercher tout l’univers de la jardinerie et de consolider le marché autour de la décoration florale et des cimetières. Si on a de beaux produits et les moyens de pouvoir les distribuer habilement, nous reprendrons l’habitude de refleurir ». Avec qui plus est, un argument écologique non négligeable à l’heure où le manque d’eau limite la plantation de fleurs. « La Toussaint reste un temps fort de l’année, d’autant plus dans un contexte de sécheresse avec l’interdiction d’arroser, le vent et les intempéries, les fleurs artificielles affichent un bon bilan carbone. » Et ce, malgré un sourcing de la matière première en Asie où se rend Aubin Leduc deux fois par an pour s’assurer de la qualité de la production, du respect du cahier des charges et des conditions de travail. Parce que les fleurs éternelles de Thévenin se revendiquent d’une qualité irréprochable avec des touchers réalistes et des produits haut de gamme qui peuvent résister six mois en extérieur.

« On fait de l’économie circulaire depuis 52 ans sans le dire ! »

« Si vous voulez durablement décorer, pendant quelques semaines ou quelques mois, vos espaces intérieurs ou extérieurs, effectivement, la fleur artificielle affiche très vite un bilan global qui devient meilleur que pour des fleurs naturelles ». La feuille de route porte donc sur la consolidation des marchés existants et l’élargissement à des marchés connexes comme la montée en gamme de la jardinerie, de la décoration, du funéraire avec des collections et des univers élargis. Nouvel ERP, refonte des gammes, marketing, digitalisation et création d’un site e-commerce, Aubin Leduc souhaite aussi travailler sur la pénibilité du travail. Les monteuses, les personnes qui composent les créations de fleurs dans la manufacture implantée sur la commune voisine, répètent continuellement les mêmes gestes.

« Nous avons des axes d’investissement pour accompagner les équipes dans la modernisation du port de charge avec des tables de montage réglables en hauteur par exemple. Aujourd’hui, tout est fait à la main et nous réalisons 700 000 compositions par an. Un de mes axes de travail consiste donc à réduire les troubles musculosquelettiques. » Les pots des compositions artificielles sont lestés pour résister aux intempéries, un process que l’entrepreneur souhaite également travailler. « Ici, il y a une culture zéro gaspillage, économie à tout niveau dans les processus de production. Il est assez extraordinaire de dire que nous allons réemployer des collections et que nous ne détruisons pas nos invendus. Alors, on garde, on réemploie, on réutilise, etc. À vrai dire, quand on nous parle d’économie circulaire, Thévenin le fait sans le dire depuis 52 ans ! »

Une culture politique

« Dans l’Aube, je viens le lundi et le mardi puis le jeudi et le vendredi. » Marié et père de trois enfants de 11 à 15 ans, il entrecoupe sa semaine dans l’Aube pour rejoindre sa famille à Levallois-Perret en région parisienne. Une pause qui lui permet aussi d’oeuvrer pour sa commune, où il est conseiller municipal et encadre les jeunes scouts du secteur. Engagé auprès d’Agnès Pottier-Dumas élue en 2020, il est délégué aux associations et aux grands événements sportifs. « Mon père était maire dans le 77, nous sommes baignés dans une culture politique à la maison. Le dimanche, on s’écharpe sur les questions politiques et je trouve que le mandat local est particulièrement intéressant. Avec le tissu associatif, je trouve formidable de pouvoir compléter ce que la politique ne peut pas faire. » Une fonction qui lui a permis de vivre les Jeux olympiques de près avec une ville Terre de Jeux. « Nous avons eu l’équipe américaine de basket qui s’est entraînée chez nous, on a eu les équipes de Taïwan, les équipes paralympiques d’Australie ! Nous n’avions pas d’épreuve sur le site, c’était assez extraordinaire. En revanche, la ville a une vraie culture, une histoire et un savoir-faire dans le haut niveau. »

Amateur de tennis et de course à pied, l’élu qui navigue entre l’Aube et les Hauts-de-Seine poursuit d’ores et déjà son engagement dans la prochaine campagne municipale, mais en fin de liste pour cesser les marathons. « Je me rends compte que j’ai besoin de passer beaucoup de temps ici. »