Invités / Entretiens

Anne-Laure Brunaud

Calme, en avant et droit !

Lecture 8 min
Photo de Anne-Laure Brunaud
Anne-Laure Brunaud, déjà 20 ans à la tête du centre équestre de Menois et toujours de l’avant. (Crédits : MBP)

La maxime de renom du général L’Hotte, écuyer du Cadre noir de Saumur, devenue la doctrine de l’équitation de tradition française, « calme, en avant et droit », colle à la peau d’Anne-Laure Brunaud. Elle, qui a été l’élève de Nicolas Sanson, de François Fontaine et de Jean-Jacques Boisson à l’école nationale d’équitation de Saumur, l’applique au quotidien avec les valeurs qui vont de pair. « J’ignore ce que je ferai dans dix ans, mais je sais que je serai toujours entourée de chevaux », confie-t-elle. Fille d’un père agriculteur, né à Paris mais qui a préféré la ferme de Lagesse à la tour Eiffel, Anne-Laure passe sa vie à cheval depuis toujours. « Mon père faisait de l’élevage de chevaux, puis il s’est diversifié pour proposer de la pension pour chevaux et a créé un centre équestre poney club. Moi j’ai connu des chevaux toujours, je rentrais de l’école, je montais à poney. Je faisais de la compétition de sauts d’obstacles sur 1,20 m/1,25 m. » Pour autant, ses parents lui demandent de passer son bac d’abord, ce que fait Anne-Laure qui est en section littéraire, avant de s’inscrire au Haras du Pin à 18 ans pour passer son diplôme BEES1. « C’est une passion et j’ai toujours voulu faire ça. À cette époque, nous pouvions uniquement prendre la discipline du complet pour l’examen au Haras du Pin. Elle comprend du dressage, du saut d’obstacles et du cross. » Anne-Laure s’occupe alors de deux chevaux qui lui sont confiés et du sien. Quand elle rentre, elle reprend la gestion du centre équestre de son père « mais il est difficile de travailler en famille ! » Ainsi, elle décide de poursuivre sa formation. Elle passe une licence d’enseignement d’équitation à Angers avant de postuler à l’école de Saumur pour obtenir un BEES 2 d’instructeur. Elle fait partie des vingt candidats annuels admis par an après avoir passé les tests d’entrée. « Il n’y avait que cette structure et il ne formait qu’une vingtaine d’instructeurs par an. »

Un challenge à 28 ans

Anne-Laure Brunaud
(Crédits : MBP)

Quand elle rachète le centre équestre de Menois de Rouilly-Saint-Loup, en 2005, Anne-Laure Brunaud reprend sans doute le plus ancien centre équestre du département. Créé dans les années 1960, il est à 10 minutes de Troyes. Avec ses 20 chevaux et 80 licenciés. « Maintenant, j’ai mûri, et j’ai acquis de l’expérience. Mais diriger un centre équestre, c’est difficile pour une femme, il faut faire ses preuves. C’est un métier physique avec beaucoup de travail manuel. Sur les terrains de concours, il y a beaucoup de coachs hommes. Les jeunes en compétition aiment aussi voir leur coach monter et moi j’ai arrêté la compétition quand j’ai eu mes enfants. À un moment, il est difficile de monter en concours et de diriger une structure, on ne peut pas tout faire. »

Carrière, écurie, paddock, manège et, récemment, construction d’une nouvelle écurie de propriétaires : au fur et à mesure, à coup d’investissements réguliers, elle transforme, équipe et modernise le centre équestre pour le confort des animaux, celui des cavaliers et de son équipe. « J’ai la chance d’avoir une équipe fidèle. » Aujourd’hui, le centre équestre compte une soixantaine d’équidés et plus de 200 cavaliers de tous profils, de 3 ans à 70 ans.

« Se donner des objectifs et faire progresser le couple cavalier-cheval. »

« Quand on est chef d’entreprise, la charge mentale est énorme. J’ai la responsabilité des animaux, des chevaux en pension, des cavaliers. Il est difficile de prendre du temps pour soi. Mais, avec l’expérience, les ressources, on les trouve. Puis, de toute façon, je ne me vois pas faire autre chose. » Alors, elle s’entoure de bonnes personnes, de moniteurs diplômés, dévoués au club depuis des années. Pour assurer une bonne gestion, Anne-Laure Brunaud diversifie les activités proposées au centre équestre. L’une de ses monitrices est formée à l’équi-handi et encadre les personnes en situation de handicap. Le centre équestre accueille aussi des groupes, des scolaires, des entreprises. Il organise des stages pendant les vacances, travaille avec les centres aérés. Depuis cette année, Anne-Laure met les enfants de trois ans sur les shetlands ! Pour les 20 ans du club, l’identité du centre vient d’être revisitée, plus épurée et plus moderne. Un nouveau souffle qui fait aussi prendre du recul sur sa mission avec tant une idée du travail accompli que des pistes constantes de progression. La dirigeante travaille sur elle-même pour mieux exercer. « J’aime former les couples cavalier et cheval à tous les niveaux, les faire évoluer et progresser, que ce soit un enfant avec son poney, un adulte avec son cheval ou un ado en compétition. Ce que j’aime, c’est le fait de se donner un objectif. Les nouvelles générations veulent vite se faire plaisir. Tout est dans l’instantanéité pour les jeunes, alors que l’équitation est un sport ingrat qui demande beaucoup de travail. »

Connais-toi toi-même

Anne-Laure Brunaud
(Crédits : MBP)

Pour bien comprendre les autres, l’an dernier, Anne-Laure Brunaud retourne à la fac. Elle entreprend une formation et décroche son diplôme universitaire de coach en préparation mentale à l’université de Bourgogne. « J’avais besoin de prendre confiance en moi et de mieux cerner les autres, leurs attentes, de mieux cerner le stress que peut ressentir un cavalier compétiteur. C’est savoir encourager quand il faut, c’est essayer d’avoir la bonne attitude en fonction de ce qui se passe en face. » Née sous le signe de la Balance, elle avoue douter beaucoup et trancher difficilement. Elle poursuit aujourd’hui sa formation en coaching. « J’ai appris que le doute fait partie de moi et qu’il faut que j’aie confiance en ce que je sais faire, en mes compétences, en mon expérience. » Anne-Laure assume, prend de l’aplomb et sa façon d’enseigner évolue. « Je donne confiance à mes cavaliers. À partir du moment où on a confiance en soi, forcément pour accompagner quelqu’un, c’est plus facile. » Compétitrice dans l’âme, elle relève les défis et deviendra prochainement conseillère prud’homale agricole déléguée par la CPME de l’Aube. « C’est donner de soi, de son temps pour quelque chose qui me parle. Parce que le milieu agricole me parle : mon père est agriculteur, mon frère est agriculteur, j’ai grandi dans une ferme. C’est un milieu avec lequel j’ai des affinités. Puis je pense que ça va m’apporter des choses intellectuellement. Je pense être quelqu’un d’intègre, cette mission va me solliciter et m’apporter encore d’autres expériences humaines et intellectuelles », poursuit Anne-Laure, calme, en avant et droite.