

« Ce qui me définit, c’est le service public. Je suis passionné par tous les sujets économiques et financiers et dès la fin de mes études, je souhaitais mettre mon action au service du plus grand nombre, trouver du sens ». À 44 ans, Alan Piat, directeur départemental Aube, a déjà effectué 12 ans à la Banque de France. Il encadre neuf collaborateurs à Troyes, appréciant l’autonomie et la confiance accordée par la direction régionale et celle du réseau et les interactions possibles. « Nous ne sommes pas sur une logique centralisée, nous avons conscience des réalités. D’ailleurs, notre Conseil consultatif, composé de chefs d’entreprises emblématiques du territoire, nous fait remonter ces réalités du terrain, au même titre que les enquêtes de conjoncture menées tous les mois et qui sont un réel baromètre. À la Banque de France, nous ne sommes ni optimistes, ni pessimistes, nous prenons de la hauteur et disons ce que nous voyons ».
Factuel, il doit aussi l’être avec l’activité de correspondant TPE ou de médiation du crédit pour préserver emploi et entreprises. De la très petite entreprise au grand groupe, la Banque de France peut intervenir pour financer des investissements et leur développement « Nous ne sommes pas seulement là quand il y a des difficultés. Nous travaillons collectivement avec la sphère publique et les institutionnels. La Banque de France est au service de tous les Français, chefs d’entreprise et particuliers ». Le directeur aubois va à la rencontre de 250 entreprises par an. Et, si la cotation d’une entreprise, importante pour l’accès aux financements bancaires, ne convient pas, « nous sommes prêts à en parler avec l’entrepreneur. Nos cotations sont assises sur les analyses financières, et sur des éléments extra financiers ».
Alan Piat reste un homme accessible, humain et bienveillant. Il porte un regard admiratif sur les entrepreneurs et leur potentiel à se relever, à résister malgré les soubresauts continus de ces dernières années. « Il y a des cycles économiques et nous sommes dans la culture de court terme. Depuis cinq ans, une crise chasse l’autre, c’est extrêmement éprouvant pour les dirigeants dont je salue la résilience. Je rencontre beaucoup de personnes inspirantes, le département compte de très belles entreprises. Elles doivent continuer d’inventer, d’innover et d’exporter. Certes, les conseilleurs ne sont pas les payeurs, mais les beaux succès d’aujourd’hui sont les investissements d’hier. L’Aube est un petit territoire avec une vraie capacité de mobilisation collective ».
Humilité Et Pragmatisme
Originaire de l’Yonne, cet amateur de patrimoine et de gastronomie marque son attachement à la ruralité. Issu d’une famille d’artisans commerçants, avec son équipe, il veut accompagner celles et ceux qui font vivre l’économie, qui créent des emplois, de la richesse. « Avec beaucoup d’humilité. Nous ne formulons pas de jugement, nous essayons d’être facilitateurs ». Après une prépa HEC et une école de commerce à Dijon avec une dominante audit, management financier, Alan Piat entre très vite à la Banque de France avec des missions de contrôles bancaires sur les opérations de crédit. Puis, il devient contrôleur à l’inspection générale avec des missions sur sites sur toute la France et à l’étranger. Devenu jeune papa, il souhaite retrouver la province pour le bien-être de sa famille. Il aspire aussi à retrouver un lien avec la réalité du terrain « à l’inspection générale, on vérifie des milliards d’euros… ».
« La Banque de France est au service de tous les Français, chefs d’entreprise et particuliers. »
Un retour en province qui le renvoie à Auxerre. En 2013, il y est nommé responsable des particuliers, puis directeur adjoint à Troyes en 2019 et directeur en juin 2023. Fier de travailler pour cette institution, il en salue les actions impulsées par le gouverneur pour lutter contre l’inflation, ramenée aujourd’hui à moins de 1 %, plus vite que prévu, ou la baisse des taux directeurs pour relancer l’économie. Autant de succès de la Banque de France à travers la BCE et le Conseil des Gouverneurs. Quant aux dossiers de surendettement, si leur nombre a augmenté de 3,1 % en 2024 dans le département, comparé à 2019, ils ont baissé de plus de 18 %. En 2024, la banque en a traité 709. Alors, elle mise sur la prévention tant des jeunes que des adultes avec EDUCFI (éducation économique, budgétaire et financière) dont le Rucher Créatif, la Chambre de métiers, le Greta, l’UTT, Yschools en sont quelques relais. « EDUCFI est là pour éviter les pièges et les arnaques. Nous proposons des jeux et des ressources à la disposition des entrepreneurs en création ou reprise d’entreprise, des jeunes et des particuliers pour qu’ils aient plus de connaissance en matière financière et budgétaire, et faire les bons choix ».
L’an dernier, 722 jeunes et 202 travailleurs sociaux et assimilés ont bénéficié du dispositif. Le déménagement de la Banque de France dans le quartier de la gare à Troyes a aussi eu un effet positif. Avec des locaux plus accessibles, elle reçoit 2 000 visiteurs par an, un chiffre en progression. Les enquêtes de satisfaction confirment une image positive de la Banque de France.
Décomplexer L’europe Face Aux États-unis
Face au contexte géopolitique, Alan Piat insiste sur l’importance de s’atteler « aux vrais chantiers qui feront des conditions de notre vie demain. Ce que nous allons laisser à nos enfants. Réduction du déficit, respect des engagements budgétaires, c’est absolument indispensable pour garder notre indépendance et notre capacité à financer la défense, la santé, l’éducation. Il y a beaucoup d’enjeux et un sujet chasse vite l’autre, mais celui-ci ne doit pas être mis de côté. Le gouverneur de la Banque de France avance trois sujets prioritaires, la défense, la dette et le rapport Draghi avec l’harmonisation européenne ». Rappelant l’indépendance de la Banque de France et sa neutralité politique, Alan Piat souligne que le gouvernement Trump doit être « l’occasion pour l’Europe de bâtir collectivement les conditions d’une croissance plus verte, plus durable, plus forte. Nous devons garder en tête que l’économie européenne a le même poids de l’économie américaine. Nous avons les capacités de répondre aux enjeux commerciaux et internationaux, il faut se fédérer et trouver ensemble des modes de fonctionnement. Aujourd’hui, une partie de l’épargne européenne finance les investissements et les entreprises américaines, nous devons travailler à un fléchage de l’épargne pour qu’elle profite à nos entreprises ».
Évoquant la transformation écologique, énergétique et numérique mondiale comme les axes définis par le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, il ajoute que « les jeunes et les séniors sont sous-employés, la France doit envisager la transformation du travail et sa transformation publique. Notre modèle social est comparable à celui de nos voisins, mais nous coûte 260 milliards d’euros par an de plus, soit 9 % de PIB ». D’ailleurs, la Banque de France travaille dans le sens de réduction des coûts avec un repli de 3,5 % de ses dépenses nettes d’activité en volume et des effectifs réduits d’un quart en 10 ans, « nous sommes un exemple de transformation publique. L’idée est de rendre le meilleur service au moindre coût ».
Amateur de karting et coureur de marathon, Alan Piat est aussi bénévole à titre personnel dans une association caritative de soutien aux enfants atteints de cancer ou de leucémie pour financer les nuits d’hôtel des familles quand elles accompagnent leur enfant à l’hôpital, ou pour l’achat de prothèses par exemple. Positif, Alan Piat est fier de sa mission, la Banque de France incarne un repère de stabilité. Alors, dans dix ans, il s’y voit toujours. Peut-être au siège social, sur un autre type de poste pour « continuer cette stimulation intellectuelle rendue possible par l’institution ».