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Abdou Fall

De Dakar à Mouzon, un parcours forgé à l’international

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Abdou Fall
A la tête d’ArcelorMittal Mouzon, Abdou Fall occupe son premier poste de direction. (Crédits : PR°

Depuis avril, le site ArcelorMittal de Mouzon (100 salariés) a un nouveau chef d’établissement. Il s’agit d’Abdou Fall, 44 ans, père de deux enfants qui va vivre une nouvelle étape de sa longue carrière au sein d’un des leaders mondiaux de la métallurgie.

Spécialisée dans les produits galvanisés et le revêtement industriel dans les pièces de sécurité automobiles, le secteur ferroviaire, la pétrochimie, les produits ménagers (barbecue, lave-linge, lave-vaisselles) et l’industrie générale, l’unité ardennaise est « considérée comme un incubateur de solutions » par son nouveau directeur.

« Beaucoup de nouveaux produits sont nés ici pour être ensuite déployés sur les gros sites d’ArcelorMittal. Mais Mouzon a aussi la capacité de faire de la production. Une double casquette qui fait sa force et positionne cette entreprise historique, bénéficiant de 40 ans d’expérience au plus haut rang stratégique au sein du groupe ».

Abdou Fall entend ainsi s’appuyer sur le savoir-faire du groupe « pour mettre en place de nouveaux produits qui répondront aux normes du futur ». Et de fixer ses objectifs prioritaires : « assurer la sécurité des équipes pour que les salariés rentrent chez eux sains et saufs, être 100 % conforme sur le plan environnemental et pérenniser l’avenir du site en s’adaptant à l’évolution des marchés ».

Pour atteindre ces ambitions, Abdou Fall prévoit d’améliorer le parc-machines pour répondre à de nouvelles charges de production. Des études sont en cours pour trouver les financements nécessaires à ce développement. En 2025, le site de Mouzon a produit 497 000 tonnes d’acier pour 203 clients situés en France, en Allemagne, Espagne, Belgique et aux Etats-Unis.

Un brillant parcours universitaire

Après avoir beaucoup baigné dans le milieu sportif durant sa jeunesse à Dakar, ce solide gaillard de 1,92m a notamment joué au basket au lycée. Par la suite, les études ont pris le dessus sur sa passion. Abdou Fall obtient de 2002 à 2006 un bac, un Deug en Mathématiques et une licence en physique au Maroc, puis un Master ingénieur en mécanique à l’École nationale d’électricité et de mécanique de Nancy ainsi qu’une maîtrise en mécanique et acoustique à l’université du Maine, au Mans. « J’ai toujours été attiré par des études scientifiques, c’est quelque chose qui m’a constamment tiré vers le haut ».

Devenu ingénieur en 2008, Abdou Fall cherche un stage professionnel de fin d’études dans le secteur des matériaux et trouve un poste à ArcelorMittal Global en R&D. « Six mois plus tard, j’ai été embauché en tant qu’ingénieur de recherche et chef de projet spécialisé dans les procédés des laminoirs à tôles et à bandes à chaud ».

Durant sept ans, il effectue diverses missions : responsable d’un projet de traitement thermique pour l’optimisation des procédés de trempe, aider l’usine mosellane à obtenir des produits de bonne qualité en terme de forme et de dureté et développer un modèle 3D complet par éléments finis, récompensé par l’AIST (The Association for Iron & Steel Technology) de Cleveland en 2012.

« En passant du monde de la recherche à la réalité du terrain, j’ai découvert le management des équipes et la volonté de faire progresser un collectif. »

Le jeune homme d’alors en profite aussi pour vivre des expériences de gestion et de coordination avec différents centres de recherches (dans les Asturies à Gijón et Avilès, Chicago et Maizières-lès-Metz) et plusieurs usines (Burns Harbor, Indiana Harbor, Charleroi, Florange Gijón, Kessales, Le Creusot…). En 2015, il devient responsable du pôle lignes de finition de l’usine mosellane en encadrant une équipe composée d’un titulaire de doctorat, trois ingénieurs et quatre techniciens au sein du centre de recherches du groupe. Il est alors en étroites relations avec les clients du secteur automobile (PSA et Renault notamment). Il remplira même durant six mois une mission d’appui technique à Chicago pour aider les salariés de Burns Harbor à mieux apprivoiser certaines machines dans la technique du blindage.

Cap sur l’Afrique du Sud

« Après cela, en 2017, prêt à accepter une mission longue durée à l’étranger en faisant preuve de mobilité, j’ai eu l’opportunité de partir, accompagné de ma famille, dans une usine située à 70 kilomètres de Johannesburg. Durant trois ans, j’ai occupé là-bas différentes fonctions : manager des équipes qualité, suivi de l’avancement des processus et trouver des mesures pour supprimer les cinq principaux défauts de l’usine. Nous sommes arrivés à obtenir des améliorations significatives en réduisant de 30% des produits non fabriqués de façon conforme ».

Lors des deux autres exercices en Afrique du Sud où il a ajouté l’Afrikaans aux langues anglaise, arabe, wolof, allemande et française qu’il pratique aisément, Abdou Fall, était aux commandes de 169 salariés. Il s’attache d’abord à prioriser la sécurité, la productivité et le rendement, à améliorer le carnet de commandes et à garantir les délais de livraison. Ensuite à respecter strictement les indicateurs clés de performance et à réduire les irrégularités et les rebus. « Ce qui a permis d’augmenter le rythme de production de 23% ».

Retour en France

En 2020, il revient en France. Bien décidé à passer à la réalité du terrain, il quitte la recherche et sort de son domaine de confort pour devenir manager et responsable de la ligne de décapage et de laminage à froid de Florange. Abdou Fall met alors en œuvre ses connaissances scientifiques et techniques au service de la production, de la maintenance et des équipements « tout en assumant de temps à autre la responsabilité de l’intégralité de ce site de 400 personnes lors des absences du chef du département ». Le laminoir de Sainte-Agathe produit en 2021, 1,54 million de tonnes d’acier sans le moindre accident du travail.

« En travaillant pour un leader mondial, j’ai eu la chance de remplir de nombreuses responsabilités successives. Au départ, j’étais plutôt axé sur l’aspect scientifique en essayant de comprendre les phénomènes avant leur application dans les usines. Puis, j’ai progressivement pris une autre dimension en basculant dans le monde industriel. J’y ai découvert le management des équipes et la volonté de faire progresser des collectifs pour obtenir des objectifs définis. Cela m’a tout aussi motivé. C’est aussi une valeur ajoutée supplémentaire à mon CV », conclut-il.