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129e année

Professionnel de la traction animale

Georges Villeval. Après avoir travaillé dans la restauration et dans la grande distribution, Georges Villeval, 56 ans, s’est reconverti en 2011 dans le métier de cocher-charretier.

Georges Villeval.

Après avoir été élevé par ses grands-parents, Madeleine et Gustave, à Charleville-Mézières, Georges Villeval va passer son CAP de cuisine pour devenir apprenti durant deux ans au restaurant Au Tout va bien. « Si l’expérience n’a pas forcément été agréable à vivre, il n’empêche. À l’âge de 16 ans j’ai bien appris le métier en devenant un professionnel digne de ce nom. Capable en tout cas de faire de bon repas avec une carotte, des oignons et un bout de truc. Et sans avoir besoin d’aliments en poudre ! » lance-t-il.

Après quatorze mois de service militaire au 9e Régiment des chasseurs parachutistes de Pamiers, il passe quelques mois à Paris dans une entreprise de sécurité. Avant de commencer une décennie entière dans le monde de la grande distribution à différents endroits du territoire. « N’ayant pas assez de fonds pour ouvrir un restaurant, j’ai démarré en super et hypermarché comme poissonnier, ce qui n’a pas été un souci car j’avais l’habitude des produits frais, avant de devenir chef de rayon et de département pour finir comme directeur d’un magasin de bricolage après avoir passé un diplôme de technicien supérieur en gestion d’entreprise. À l’époque, j’étais jeune marié, et cette période de mon existence m’a permis de gagner de l’argent. »

« Je suis devenu un professionnel de la traction animale à temps complet avec une écurie, du matériel de transport et huit chevaux de 800 à 900 kg amenant toute leur inertie. »

Concédant avoir connu beaucoup de rebonds dans sa vie, Georges Villeval va ensuite revenir à sa première passion, à Charleville-Mézières. Derrière les fourneaux, il sera alors tour à tour gérant du Balard, rue de Tivoli, directeur de la brasserie Garden Ice, implantée sous les arcades de la Place Ducale et de façon plus éphémère, d’un restaurant de son quartier de naissance. Après avoir suivi une formation pour adultes à l’AFPA de Laon, il intègre par la suite un centre défense deuxième chance à Langres en Haute-Marne puis l’association Ardennes Patrimoine Insertion, basée au Fort des Ayvelles. Mission durant laquelle, il travaillera sur les abords de la voie verte avec des chevaux.

Vivre de sa passion pour les chevaux

C’est alors, qu’en 2011, « en pleine crise de la quarantaine », Georges qui en avait assez de tout ce qu’il faisait et des responsables qui l’entouraient, remet beaucoup de choses en questions. Il opère un virage important en décidant de vivre de sa passion pour les chevaux de trait. Après être retourné à l’école, il décroche en l’espace de huit mois une certification en spécialisation « utilisateur de chevaux attelés » à l’EPL Agro de Verdun. Aussitôt, il plaque tout pour renouer avec le rythme de la nature et crée une entreprise de traction animale, baptisée « Trait Cheval Attitudes ».

« Epicurien et aimant le travail en plein air, je suis alors “venu au cul des chevaux” pour vivre de ce métier ». À partir de là, Georges va passer plus de temps en charrette qu’en voiture. Et, depuis dix ans, le cocher ardennais savoure cette vie et prend beaucoup de plaisir en effectuant différents travaux : labour en vignes, débardage, tonte, entretien d’espaces verts, travaux sous des lignes à haute tension pour coucher et aplatir les fougères et ballades touristiques en calèche sur réservation.

Ramassage urbain des déchets recyclables

Sans oublier la collecte et le ramassage de déchets recyclables sélectifs pour l’entreprise Urbaser, à Charleville-Mézières et la communauté d’agglomération Ardenne Métropole à Sedan, au moyen d’une voiture hippomobile. Un concept pratique et économique qui remplace les traditionnels camions-poubelles. « Ce procédé attractif pour les usagers est aussi éco-responsable. L’empreinte écologique est bonne et cela crée du lien dans les différents quartiers traversés », soutient Georges Villeval qui défend une méthode de tri économique et moins polluante. Il lui arrive aussi de projeter son entreprise hors des Ardennes pour soutenir d’autres collègues et réaliser un certain volume d’affaires à travers les randonnées.

« En assurant tous ces services, je suis devenu un professionnel de la traction animale à temps complet avec une écurie, du matériel de transport et huit chevaux de 800 à 900 kg amenant toute leur inertie. Il s’agit d’Upsi, Axel, Crack, Duc, Caramel, Modeste, Tino et Major. 80 % de l’ensemble de mes charges sont consacrés au vivant. A savoir les salaires et la nourriture, l’abri et l’entretien de mes chevaux de trait ardennais de cinq ans et plus. Mais à l’heure actuelle, on ne gagne pas d’argent, on se contente de nourrir les animaux ».

Nouveaux projets

Aujourd’hui secondé par son fils, Valentin, ancien charpentier comme compagnon du devoir et revenu dans les Ardennes pour préparer la succession de son père, Georges peut ainsi échafauder de nouveaux projets pour pérenniser et faire grandir sa société en nom propre.

« Pour monter en compétences et atteindre un certain seuil de rentabilité, on envisage d’abord d’améliorer notre force de traction en passant d’un attelage à une paire à trois de front (dite « à l’évêque ») voire à quatre chevaux. Ce sera aussi du confort pour nos chevaux et un acquis supplémentaire pour le meneur. Et puis, nous aimerions nous lancer dans l’organisation de ballades gourmandes en calèches, ce qui nécessitera l’acquisition d’un matériel spécifique. Il y a du commerce à faire à travers cette activité », souligne celui qui, hormis quelques weekend « volés au travail », n’a plus pris de vacances depuis huit ans.

Pascal Remy