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129e année

François Schmidt, portrait à grands traits

François Schmidt. L’artiste marnais ne s’est en vérité jamais posé de question sur le fait de dessiner - mais davantage sur sa capacité à dessiner. Sa carrière tend à démontrer qu’il ne doit plus avoir trop de doute à cet égard. Il vient de co-signer un nouvel album, en compagnie de Catherine Stevenot, qui donnera lieu à une exposition, à Reims, au cours du dernier trimestre.

François Schmidt ne se sépare jamais d’un carnet dans lequel il note toutes ses idées de dessin.

Un arrière-grand-père, un grand-père et un oncle maternel férus de peinture, une mère qui donne des cours de peinture et qui expose encore aujourd’hui, un père ne dédaignant pas non plus les pinceaux, par ailleurs excellent coloriste, sont-ils autant de raisons de devenir un artiste ? Ne parlez surtout pas d’atavisme à François Schmidt ! « J’ai vécu dans un univers familial aimant, ludique et artistique. Il y avait autour de moi cet ‘environnement’ : je voyais peindre les membres de ma famille et cela semblait naturel à l’enfant que j’étais. »

D’ailleurs, lorsque sa mère et ses copains de Vitry-le-François lui conseillèrent de s’inscrire aux Beaux-Arts de Reims à l’heure de se dessiner une voie professionnelle, il ne s’y résolut qu’à défaut de savoir quoi faire d’autre. Et c’est comme ça que François Schmidt est devenu… graveur !

Stéganographie et paréidolie

« Aux Beaux-Arts de Reims, j’ai vécu des années passionnantes de liberté totale - même s’il y avait beaucoup de rigueur et de discipline à l’école. La technique exige sans doute cette rigueur et cette discipline, mais l’art, c’est d’abord du plaisir et de l’émotion ! » Si François Schmidt quitte les Beaux-Arts en 1981, diplôme de gravure en poche - « La gravure, qui est une technique de reproduction de dessin, constitue un univers très complexe » - il refuse de se laisser déborder (enfermer ?) par « la technique qui noie le dessin ».

En devenant un « graveur paresseux » il fera son miel du trait spécifique de la discipline, plus ou moins appuyé, plus ou moins serré, qui donne les volumes et le ton d’un dessin, et constituera sa patte, son style.
Son style ? Il est tout de poésie, dans une sorte de génial fouillis qui raconte une grande histoire à coup de détails dans les détails.

« Je ne peux pas m’empêcher de dessiner. C’est ma raison d’être, ma manière de respirer. Je suis fabriqué comme ça ! »

« La vie est détail, et je découvre au fur et à mesure d’un dessin des choses que je n’avais même pas imaginées ! » C’est ainsi que François Schmidt pratique la stéganographie, cet art de dissimuler les choses sans les cacher, ou encore la paréidolie, phénomène psychologique conduisant à identifier une forme familière dans un paysage, un nuage, une tache d’encre, par exemple.

On comprend alors qu’il n’a pour seul repentir - cette erreur que le dessinateur corrige en la gommant - que de surajouter, enrichir, développer, puisque jamais il n’efface. Cela le conduit, bien sûr, à des dessins de longue haleine dans lesquels il se plonge avec gourmandise sinon avec jubilation, en tout cas avec bonheur : « Je ne peux pas m’empêcher de dessiner. C’est ma raison d’être, ma manière de respirer. Je suis fabriqué comme ça ! »

Artiste heureux

À la sortie des Beaux-Arts, il effectue sa première exposition à la MJC de Saint-Dizier où il trouve par la même occasion son premier job. Il œuvrera ensuite dans divers lieux culturels, dans le domaine de l’art et de l’enfance, et notamment au Manège et au Cirque de Reims où, en sa qualité de responsable des expositions et du jeune public, il organisera une dizaine d’expositions chaque année.

En 1992/1993, François Schmidt est sollicité pour créer des affiches de spectacles monumentaux, puis pour dessiner des images destinées à être projetées sur des façades de bâtiments (la Basilique de L’Epine, par exemple), préfiguration des actuels spectacles multimédias sur nos cathédrales.

En 1998, son premier album illustré pour la jeunesse, en collaboration avec l’écrivain Christian Grenier, reçoit le prix Octogone. Un certain besoin d’autonomie lui fait alors franchir le pas de l’indépendance, en 2000. Aujourd’hui, il a bien une quarantaine d’ouvrages à son actif (il ne sait pas très bien), seul ou en collaboration, dont une vingtaine composés uniquement de dessins. En 2005, il sera l’un des co-fondateurs des Editions de l’Effervescence. Depuis 2008, il intervient sur France 3 pour illustrer l’actualité.

Il répond à des commandes - à titre privé ou liées à une activité professionnelle -, il expose aussi ses créations… François Schmidt est un artiste heureux qui dessine selon son inspiration comme à la demande. « Aujourd’hui, on vient me voir parce que l’on sait ce que je fais. C’est à la fois confortable et inconfortable parce qu’il y a quand même un peu de pression. » N’empêche, François Schmidt n’aime rien tant qu’avoir carte blanche pour noircir le trait.

« 21 grammes (et autres images) »

Son dernier opus, « 21 grammes (et autres images) » est un travail à quatre mains qu’il a mené avec Catherine Stevenot, sa coreligionnaire des Beaux-Arts. « Nous avions depuis longtemps le projet de travailler ensemble. “21 grammes” est une très belle idée poétique par laquelle Catherine entend rendre hommage à l’âme* de sa maman, aujourd’hui disparue. Nous nous sommes lancé le défi de mélanger nos dessins, elle travaillant au crayon, et moi à l’encre.

Ces 21 dessins racontent une histoire. » Une exposition devait avoir lieu en avril 2020. Faute d’exposition, les artistes ont décidé d’en faire un album, en y adjoignant des dessins qui leurs sont propres (les « autres images » du titre), le tout agrémenté de courts textes. « 21 grammes (et autres images) » est disponible auprès des auteurs. Une exposition est de nouveau programmée durant le troisième trimestre au magasin DP Home, à Reims.

* En 1907, le médecin américain Duncan MacDougall a émis l’hypothèse que le corps humain aurait une âme, dont il a estimé la masse à 21 grammes. Le résultat des expériences du Dr MacDougall n’a jamais pu être confirmé et ses méthodes ont été largement critiquées.

Jacques Rivière