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129e année

La vie de château

Melaine du Merle. Œuvrant depuis huit ans dans des châteaux de villégiature du Maine-et-Loire, Melaine du Merle, 33 ans, passionné par le patrimoine, est le nouveau directeur du « Géant » de Sedan.

Melaine du Merle est le nouveau directeur du château de Sedan.

Fils d’un ingénieur informaticien chez IBM, pour qui son père a travaillé dans différentes villes françaises, Melaine du Merle a vécu sa jeunesse à Tarbes, Pau, Toulouse, Saint-Nazaire, Brest et Rennes. « Jusqu’à l’âge de 19 ans, j’ai beaucoup bougé au point de fréquenter huit établissements scolaires. Sans le vouloir, j’ai donc vite été dans le tourisme », s’amuse-t-il. Après avoir obtenu son bac STG au lycée Jeanne d’Arc de Rennes, il ne sait pas quoi faire comme étude et part avec son sac à dos en Irlande, dans un pays celtique se rapprochant de la Bretagne, « là où j’ai développé de manière tout à fait inconsciente ma passion pour la valorisation du patrimoine et les vieilles pierres ».

L’IRLANDE, LES ETUDES ET LES STAGES

À Dublin, durant huit mois, il améliore son anglais en travaillant dans une épicerie fine et un supermarché. « Ce fut ma première vision du monde du travail. J’ai appris la rigueur, l’organisation et le sens du devoir, ce qui m’a servi par la suite. Une manière aussi de m’affranchir et de sortir de mes habitudes ». De retour en France, il entreprend de 2008 à 2013 des études supérieures de management du patrimoine à l’université d’Angers.

Outre la particularité d’être le plus vieil établissement français et d’avoir créé il y a 50 ans l’école supérieure de tourisme et d’hôtellerie, cette université abrite une annexe entièrement dédiée au patrimoine à Saumur. Dans le plus grand pôle européen des différents métiers du tourisme, un endroit très professionnalisant, Melaine apprend durant cinq ans tout ce qui touche à l’histoire de l’art, l’architecture, l’iconographie religieuse et aussi le management à travers l’économie, la gestion et le droit. De quoi disposer d’un bagage solide après avoir décroché licence et master 2.

La première moitié de l’année était consacrée à la théorie, l’autre à des stages. « J’ai effectué cinq sessions de trois à six mois dans de grandes structures françaises et européennes. J’ai fait mes armes au service public du château de Fontainebleau, au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg au bord de la Neva dans le plus grand musée du monde par l’étendue de sa collection puis à la Banque de France où j’étais chargé de communication et du mécénat à la Cité de l’économie, magnifique hôtel particulier du XVIe arrondissement de Paris, classé monument historique. Ce parcours s’est terminé à l’Abbaye Royale de Fontevraud. Pour moi, qui voulais un jour gérer un site, ce fut très enrichissant ».

« C’est génial et passionnant de pouvoir travailler dans de tels cadres et de servir l’intérêt général. »

LES CHATEAUX DE LA LOIRE

Melaine du Merle n’aura pas le temps de travailler son mémoire. Il est recruté au pied levé et par le biais d’un ancien professeur d’université comme responsable de site au château de Brézé, propriété privée située au sud de Saumur (Maine-et-Loire). « Pour moi qui sortais tout juste de mes études, c’était un beau challenge car cet endroit très fréquenté attirait 100 000 visiteurs par an ».

Après cette brève expérience d’un an, il est embauché en 2013 au Château du Plessis-Bourré au nord d’Angers pour occuper la mission de directeur. « Datant de la fin du Moyen-Âge et du début de la renaissance, donc très connu des architectes, ce château est aussi très prisé des cinéphiles. Il a servi de décor à de nombreux films, dont « Peau d’âne », « Le bossu », « Fanfan la Tulipe » et « La princesse de Montpensier ». C’était un des axes de développement de l’endroit. Beaucoup de « Secrets d’histoires », émission TV de Stéphane Bern, furent filmées ici pour des scènes d’évocation historique. Ce fut intéressant pour moi de découvrir cette facette ».

Après ce passage de six ans restant un bon souvenir, Melaine est approché par le directeur général de la société Alfran, lauréate de l’appel d’offres concernant la délégation de service public du château-fort de Sedan, et accepte un nouveau défi en devenant le directeur du « géant » des Ardennes.

« La première fois que je l’ai vu, il m’a paru irréel. Ce château impressionnant a un destin très étonnant. À l’origine, c’est juste une petite annexe un peu fortifiée de l’abbaye de Mouzon qui, par le biais du Seigneur de La Marck, au début du XVe siècle (1424), va vite grossir. L’héritier de cette petite seigneurie a mesuré l’intérêt stratégique de l’emplacement pour ériger un donjon et plusieurs autres fortifications. Le château qui servit aussi de garnison devient ensuite le plus grand d’Europe avec ses 35 000 m2 de superficie ».

UNE ANIMATION PAR MOIS

À la tête d’une équipe de dix salariés dont une médiatrice récemment recrutée, le natif de Brest s’attelle à redonner vie à ce lieu. « On a l’objectif contractuel de passer de 60 000 à 100 000 visiteurs d’ici 2028. Je pense arriver à ce chiffre dès 2024. Pour cela, on va développer les évènements emblématiques qui ont un fort rayonnement sur le territoire comme le festival médiéval (15 000 spectateurs), les tournois de chevalerie et l’exposition Playmobil. Tout en créant d’autres animations familiales. On veut arriver à un rythme d’une organisation par mois dès 2022. C’est le levier principal pour attirer plus de monde ».

Dès juillet, le château abritera dans un bastion un Escape Game unique en France avec une succession de pièces où il faudra arriver à rentrer et sortir. D’autres one shot sont programmés au fil des mois : la chasse aux œufs à Pâques, la reconstitution du départ de Guillaume de La Marck à Liège en juillet, des visites nocturnes et théâtralisées aux flambeaux, un événement sur la Renaissance, « La nuit des châteaux » en octobre, « Le château des sorciers » façon Harry Potter à la Toussaint, la création d’un village en pain d’épices à Noël et une exposition de maquettes type Warner.

Sans oublier un travail de fond sur l’amélioration des parcours de visites nécessitant une remise en place scénographique avec l’appui d’un ancien expert du Puy-du-Fou, Raphaël Daguet. « Nous voulons aboutir à une véritable attraction patrimoniale avec l’idée que les gens qui sortent d’ici aient appris des choses historiques tout en se disant « C’était génial, on a passé un super après-midi ». Avec l’envie de partager cette expérience avec leurs proches ».

Dès 2021, deux catapultes et des campements médiévaux avec de belles tentes colorées et leurs blasons seront installés sur les terrasses extérieures du château. En juillet 2022, ce sont les intérieurs de château qui devraient être achevés. « On prévoit d’étoffer la boutique avec des références terroirs et le café « La Marck » qui ont une bonne marge de progression. De créer une cave à vins dans les sous-sols et de lancer un créneau gastronomique pour attirer un public belge et hollandais ». « Il y a ici un gros potentiel touristique à exploiter », souligne Melaine du Merle, récemment nommé par la Région Grand Est responsable de la filière tourisme, mémoire et patrimoine.

Pascal Remy