Hommes et chiffres

La taxe sur les petits colis menace la filière du fret aérien

Marne. Imaginée pour lutter contre l’arrivée de colis au contenu douteux (poupées à caractère pédopornographique, armes…) la taxe sur les petits colis est-elle en train de se retourner contre la filière du fret français ?

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(Crédits : BB)

Imaginée pour lutter contre l’arrivée de colis au contenu douteux (poupées à caractère pédopornographique, armes…) la taxe sur les petits colis est-elle en train de se retourner contre la filière du fret français ? C’est bien ce que tentent de faire comprendre plusieurs sénateurs dont les Marnais Anne-Sophie Romagny et Christian Bruyen au Gouvernement. « Cette taxe avait pour objectif initial de protéger les industries françaises face à la concurrence accrue du e-commerce international mais sa mise en oeuvre révèle des effets contre-productifs majeurs », souligne Anne-Sophie Romagny. En effet, depuis qu’elle est appliquée, cette taxe de 2 euros par article pour les colis d’une valeur inférieure à 150 euros en provenance de pays tiers à l’Union européenne, a surtout eu pour conséquence de détourner les flux de marchandises arrivant par fret aérien vers les pays voisins.

« Depuis plusieurs semaines, l’activité recule fortement sur des plateformes stratégiques comme Roissy ou Vatry. À Roissy, l’arrivée de petits colis a chuté de 92 %. Dans la Marne, la plateforme de Vatry est passée de 4 000 tonnes de fret en février à 800 tonnes attendues en mars. Et on annonce déjà une absence totale d’activité en avril. Nos filières logistiques sont en train de se casser la figure, puisque les avions détournés contiennent aussi d’autres marchandises qui atterrissent hors de France », insiste la Sénatrice.

En effet, en l’absence d’harmonie à l’échelle européenne, les flux de marchandises sont désormais massivement détournés vers les aéroports d’autres États membres comme la Belgique ou les Pays-Bas avant d’être réacheminés vers la France par la route. « Cela se traduit par la circulation de près de 4 000 camions supplémentaires chaque semaine sur les routes, sans impact sur les volumes de colis livrés, puisque nous n’avons pas les moyens de contrôler tous les camions ».

Au-delà de mettre en péril de nombreux emplois, la situation engendrée par cette taxe et son contournement entraîne également une perte nette de recettes fiscales pour l’État. Et alors que d’autres partenaires européens, comme l’Italie, ont fait le choix de suspendre leur dispositif national, dans l’attente d’une harmonisation européenne annoncée dans les prochains mois, la France se retrouve donc isolée. « Nous appelons à une réponse pragmatique et responsable », poursuit la Sénatrice marnaise. « La suspension temporaire de cette taxe, dans l’attente de la mise en place d’un dispositif européen commun, permettrait d’éviter une désorganisation durable de notre tissu logistique et industriel, tout en préservant la compétitivité de nos territoires ».