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Une station d’épuration dédiée aux effluents phytosanitaires

Environnement. La station d’épuration d’Épernay-Mardeuil est désormais équipée d’une filière de traitement dédiée aux effluents phytosanitaires viticoles. Une première en France.

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Photo de Patrice Hofman
Patrice Hofman devant les différentes étapes de transformation de l’eau chargée en pesticides. (Crédits : ND)

Dès sa création en 2007, la station d’épuration d’Épernay Mardeuil a intégré dans sa conception le tissu économique local en prenant notamment en compte la présence de plusieurs dizaines de milliers de personnes de plus, lors de la durée des vendanges. « Durant cette période, la station d’épuration est en capacité de doubler son absorption d’effluents », indique le Directeur Général de la Société d’Assainissement de l’Agglomération d’Épernay, Patrice Hofman (la station appartient à Épernay Agglo Champagne et son exploitation est assurée par Suez, à travers une société dédiée, la Société d’assainissement de l’agglomération d’Épernay).

En temps normal, sa capacité correspond à environ 80 000 équivalents-habitants, mais elle peut quasiment doubler sa capacité, jusqu’à 150 000 équivalents-habitants, pendant la période des vendanges. « La charge polluante doit être traitée de manière à pouvoir être restituée au milieu naturel sans impact environnemental. Pendant la période des vendanges, cette charge provient aussi des eaux de lavage des caisses dans lesquelles sont transportés les raisins. » D’autres périodes de l’année peuvent également être marquées par des charges polluantes ponctuelles supplémentaires.

Opérationnelle depuis juin 2026

Après des discussions avec les professionnels, CIVC et CSGV en tête, la station d’épuration d’Épernay-Mardeuil s’est aussi dotée d’une filière de traitement spécifiquement dédiée aux effluents phytosanitaires viticoles, opérationnelle depuis juin 2026. Avec une capacité de traitement de 4 000 m³ par an, « cette installation apporte une réponse de proximité et conforme aux exigences réglementaires pour l’ensemble de la filière », fait savoir le Directeur.

Photo de Patrice Hofman
Patrice Hofman (Crédits : ND)

Avant cela, les Coopératives et Maisons devaient transporter leurs effluents vers des installations dédiées du côté de Nancy ou dans le Nord de la France. « Concrètement, lorsqu’une Maison de champagne lave ses cuves de traitement, les eaux issues de ce lavage ne peuvent pas être rejetées directement dans le réseau. Elles doivent être récupérées dans une cuve dédiée, installée sur le site de l’entreprise. Une fois la cuve pleine, les effluents doivent être pris en charge et transportés, généralement par camion-citerne », explique Patrice Hofman.

La présence de métabolites de pesticides dans l’eau potable fait aujourd’hui l’objet d’une attention particulière car – faut-il le rappeler – un effluent contenant des produits phytosanitaires directement déversé dans le milieu naturel, notamment en bout de parcelle, pollue durablement et de manière dramatique les nappes phréatiques. Or, jusqu’à présent, ces effluents ne pouvaient pas rejoindre le réseau d’assainissement classique car ce dernier n’était pas conçu pour traiter ce type de produits. Le dispositif mis en place repose aujourd’hui sur les aires de lavage collectives, au nombre de 19 dans toute l’appellation Champagne, qui mutualisent les eaux chargées en phytosanitaires viticoles.

L’objectif est donc de proposer un service clé en main aux viticulteurs. « Le producteur peut ainsi appeler le service pour signaler que sa cuve est pleine. Nous utilisons alors un camion hydrocureur, équipé d’une citerne et d’une pompe embarquée qui permet de pomper l’intégralité de l’effluent afin de vider complètement la cuve. Les effluents sont ensuite transportés jusqu’à la station de traitement dédiée de Mardeuil, où ils sont déposés dans nos cuves de stockage pouvant comprendre à la fois la partie liquide et les boues. »

L’unité de traitement est implantée sur le site de la station d’épuration mais fonctionne indépendamment de celle-ci : les eaux usées classiques arrivent à la station d’épuration par canalisations, tandis que les effluents phytosanitaires sont apportés par camion et traités dans l’unité, dans deux cuves différentes pour un volume total de 50 m3.

Revalorisation en GNV

180 analyses sont effectuées par an pour tester la qualité de l’eau rejetée. L’unité est en cela innovante qu’elle traite aussi bien les eaux que les boues. Première station française à avoir adopté le procédé d’oxydation par voie humide (OVH), elle fait partie des trois seuls sites au monde à mettre en oeuvre cette technologie, aux côtés de Rennes et de Bruxelles.

Crédits : ND

Après de nombreux traitements, l’eau est, en bout de filière, rejetée dans le milieu naturel. Les boues constituent quant à elles le sous-produit du traitement et sont acheminées par tuyauterie dans d’autres cuves, à l’intérieur de la station cette fois-ci, dont les produits finaux seront incinérés à Saint-Brice-Courcelles. « Les boues restantes de la station d’épuration sont quant à elles revalorisées en déchets routiers quand d’autres sont mises en méthaniseur pour en faire du bioGNV, dont la production sera lancée en 2027. »

La station d’épuration d’Épernay Mardeuil poursuit par ailleurs sa modernisation avec la pose future de 1 800 m2 de panneaux photovoltaïques devant servir à couvrir 23 % de la consommation totale d’énergie de la station.

L’objectif du nouvel outil est aussi de mutualiser l’investissement afin que plusieurs acteurs puissent bénéficier d’une installation commune et en retirer un bénéfice économique. « C’est une solution unique proposée à un prix compétitif », soutient Patrice Hofman qui annonce un coût inférieur à 200 € du m3 « eaux et boues comprises ». 250 000 € d’investissement auront été nécessaires pour déployer cette unité à part, « un outil au service de la filière viti-vini et pour préserver la ressource en eau. » Et à l’heure où certains pesticides interdits ont été réautorisés, une telle installation semble plus que nécessaire.